Journée sous haute tension sur les marchés

À peine quelques minutes après l’ouverture, la chute du S & P 500, baromètre des marchés, a entraîné les coupe-circuits.
Photo: Timothy A. Clary Agence France-Presse À peine quelques minutes après l’ouverture, la chute du S & P 500, baromètre des marchés, a entraîné les coupe-circuits.

Des cours pétroliers en chute libre, un coronavirus qui continue d’ébranler la confiance et un vent de panique sur les places européennes : une tempête a entraîné les Bourses nord-américaines dans une nouvelle spirale descendante lundi, déclenchant au passage les coupe-circuits pour la première fois depuis les années 1990 afin de permettre aux marchés de prendre du recul.

Après des semaines d’incertitude grandissante vis-à-vis de la COVID-19, la guerre de prix lancée par l’Arabie saoudite a ajouté une nouvelle dimension à l’horizon 2020, les experts se disant forcés de revoir leurs prévisions économiques. Certains évoquent une récession mondiale.

Les Bourses nord-américaines ont vécu leur pire journée depuis la crise financière de 2008-2009. À Toronto, l’indice principal S & P / TSX a perdu plus de 10 % à 14514 points. À Wall Street, le S & P500 a fondu de 7,6 % à 2746,70, le Dow Jones a cédé 7,8 % à 23849,20 points tandis que le Nasdaq a chuté de plus de 6 % à 7948,03.

À peine quelques minutes après l’ouverture, la chute du S & P 500, baromètre des marchés, a entraîné les coupe-circuits. La Bourse de Toronto a ensuite imité Wall Street, comme le prévoient les règles en place. Les échanges ont donc été suspendus 15 minutes avant de reprendre.

Depuis son sommet il y a trois semaines, l’indice principal de Toronto a perdu 19 % de sa valeur, en plein territoire de correction et désormais à un point de pourcentage de la définition classique d’un marché baissier.

Pour le Canada, ce n’est jamais une très bonne nouvelle quand c’est volatil et que ça baisse comme ça. Pour l’Alberta et la Saskatchewan, c’est épouvantable.

Le cours du baril de pétrole WTI, référence pour le marché américain, a plongé de 24 % (plus de 10 $US) à 31,13 $US, comparativement à une baisse similaire pour le pétrole Brent (mer du Nord), qui a terminé la journée à 34,36 $US.

Les deux sont plus ou moins revenus au niveau de 2016, au sortir d’un choc pétrolier qui avait entraîné une brève récession au Canada et causé des maux de tête en Alberta, berceau du secteur pétrolier.

Le gouvernement canadien est « extrêmement préoccupé », a dit le ministre des Ressources naturelles, Seamus O’Regan. « Voyons comment ça va évoluer. Le Canada est le quatrième exportateur mondial de pétrole. Je n’ai pas besoin de vous le rappeler. J’ai commencé ma journée avec un appel téléphonique en compagnie de mon homologue albertain. Ils ont des réunions d’urgence. »

« Pour le Canada, ce n’est jamais une très bonne nouvelle quand c’est volatil et que ça baisse comme ça. Pour l’Alberta et la Saskatchewan, c’est épouvantable; pour eux autres c’est la panique », a dit Patrick Gonzalez, professeur au Département d’économique de l’Université Laval, où il se spécialise notamment dans les questions énergétiques.

« Et pour le reste du pays, ça va être difficile de faire avancer la lutte contre les changements climatiques avec des prix du pétrole bas comme ça, si jamais ça dure longtemps. »

Récession de 2015

L’économie canadienne s’était contractée sur deux trimestres consécutifs au début de 2015, les économistes évoquant à l’époque une « récession technique ». Quelques mois auparavant, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) avait causé la surprise en maintenant sa production au même niveau, une décision qui s’était fait sentir sur les prix. Le recul des cours pétroliers avait eu un effet direct sur le dollar canadien.

L’économie du Québec, importatrice nette de pétrole, figurait au rang des bénéficiaires. Dans son budget de mars 2015, le ministère des Finances avait signalé que cela augmenterait notamment la rentabilité des sociétés et diminuerait la facture des consommateurs à certains égards, entre autres à la pompe. L’économie totale pour les consommateurs québécois a été de 1,4 milliard en 2014.

En Alberta, cependant, il est estimé qu’une baisse d’un dollar du cours du pétrole prive les coffres du gouvernement de 200 millions. Avant même la guerre entre l’Arabie saoudite et la Russie, certaines compagnies des sables bitumineux avaient prévu une baisse de leurs investissements en raison du contexte volatil.

Réviser les prévisions

Pour l’économie canadienne, « les impacts nets sont négatifs compte tenu du statut d’exportateur net », a fait remarquer la Banque TD dans une note d’analyse aux clients.

« Nous sommes en train de réviser nos prévisions du produit intérieur brut pour l’année au complet. […] L’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador verront des réductions de prévisions significatives. »

Aux yeux de la Banque Laurentienne, « le risque d’une récession imminente est de 45 %, car l’économie mondiale se contracte déjà, et plusieurs chocs négatifs pourraient survenir avant de voir une stabilisation des cas de COVID-19 ».