La COVID-19 maintient son emprise sur les marchés financiers

Wall Street a enchaîné cette semaine avec une évolution en dents de scie.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Wall Street a enchaîné cette semaine avec une évolution en dents de scie.

Autre dure semaine boursière, dominée une nouvelle fois par les risques d’expansion de la COVID-19 et par les probabilités accrues de récession. Concluant à la portée limitée de la baisse surprise de 50 points de base des taux directeurs des banques centrales nord-américaines et regrettant l’absence d’engagement fiscal ou budgétaire coordonné et ciblé, les participants ont poussé les rendements obligataires à des bas historiques.

Après avoir encaissé sa pire chute hebdomadaire depuis la crise financière de 2008, avec un repli moyen de l’ordre de 12 %, Wall Street a enchaîné cette semaine avec une évolution en dents de scie. Les indices de référence ont toutefois bénéficié d’achats de dernière minute vendredi pour limiter la casse. Le Dow Jones a ramené sa baisse sous les 1 % vendredi. Pour sa part, le Nasdaq a chuté de 1,9 % et le S&P 500, plus représentatif, a perdu 1,7 % à 2972,37 points. Le plongeon a été plus brutal en Europe, autour de 3,5 % pour Milan, Madrid, Francfort et Londres, et de 4,1 % à Paris.

Après leur pire semaine depuis octobre 2008, et enchaînant plusieurs séances en dents de scie, le Dow Jones a affiché une progression de 1,8 % sur la semaine, le Nasdaq, de 0,1 % et le S&P 500, de 0,6 %.

4,40 $US
C’était la valeur de l’once d’or vendredi, un sommet en sept ans.

Pour sa part, le VIX a dépassé les 54 points en cours de séance pour clôturer à 43,80, en hausse de 10,5 %. Cet indice, qui mesure la volatilité du S & P 500, évolue généralement sous la barre des 30 points. Au-delà, il atteint un niveau à partir duquel le marché entre en territoire où l’émotivité prend alors le dessus sur le rationnel.

L’attention a toutefois été portée sur cette course des investisseurs vers les valeurs refuges, propulsant l’or à son sommet de sept ans, en hausse de 4,40 $US l’once vendredi, à 1672,40 $US. Mais aussi, surtout, vers les bons du Trésor américain à échéance de 10 ans, tombant sous les 0,7 %, tandis que le taux allemand de même échéance est revenu à son plus bas historique atteint début septembre. Le taux américain sous 1 % est du jamais vu, retient la firme de recherche Oxford Economics.

« Les investisseurs délaissent leurs actifs à risque, poussant le rendement des bons du Trésor à leur bas. Mais les actions ne sont pas les seules à écoper. Les obligations de pacotille sont aussi abandonnées et les écarts de crédit s’élargissent. Cela pourrait avoir un effet plus dommageable qu’une correction boursière », craint Oxford. Dans un environnement d’endettement des entreprises à un sommet d’après-crise, Oxford observe que le ratio de couverture des intérêts a chuté fortement malgré la faiblesse des taux d’intérêt. Les ratios de liquidités se sont également détériorés, suggérant que les entreprises pourraient éprouver de la difficulté à se sortir de la tempête.

Le scénario de base d’Oxford pour l’économie américaine suggère désormais une croissance du PIB de 1,3 % en 2020. Ses probabilités de récession pour la plus grande économie de la planète passent toutefois de 25 à 40 %. Pour l’économie mondiale, sa cible est passée sous les 2 %, soit la progression du PIB la plus faible depuis la crise de 2008.

La Russie dit non à l’OPEP

S’ajoute à l’équation la dégringolade des cours pétroliers, déjà nourrie par la peur du coronavirus. La qualité de référence aux États-Unis a plongé de 10,1 %, à 41,28 $US le baril vendredi, un niveau jamais vu depuis avril 2016. Le baril de Brent de la mer du Nord a abandonné 9,4 %, à 45,27 $US à Londres, à son prix de clôture le plus bas depuis près de quatre ans. L’OPEP + voulait tailler sévèrement dans la production de pétrole ; la Russie a dit non. À l’issue d’une journée de pourparlers, le ministre russe de l’Énergie Alexandre Novak a annoncé vendredi un retour au chacun pour soi : il n’y aura plus d’obligation, à partir du 1er avril, de continuer à observer les stricts quotas que les 23 pays producteurs de l’OPEP s’étaient fixés depuis 2017, écrit l’Agence France-Presse.