À quoi s’attendre du budget du gouvernement Legault?

Fin février, Québec a estimé à 1,7 milliard l’excédent sur lequel il pourra compter à la fin de l’année financière.
Photo: iStock Getty Images Fin février, Québec a estimé à 1,7 milliard l’excédent sur lequel il pourra compter à la fin de l’année financière.

C’est mardi que le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, déposera le budget de son gouvernement. On sait déjà que les coffres présentent un surplus de 1,7 milliard et qu’on peut s’attendre à un budget vert. Mais qu’en est-il de la santé, de l’éducation, de l’emploi ? Des textes d’Alexandre Shields,  de Marie-Michèle Sioui et d’Isabelle Porter.

 

Climat

 

Le gouvernement Legault a laissé entendre à plusieurs reprises que le prochain budget mettrait l’accent sur les enjeux environnementaux, et plus spécifiquement la lutte contre la crise climatique. Des groupes environnementaux aux associations patronales, les différentes sphères de la société québécoise ont d’ailleurs voulu souffler dans la voile du gouvernement en réclamant des mesures concrètes, financement à la clé, pour amorcer le virage vers une « transition » énergétique essentielle pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au Québec. Ce changement de cap, qui doit mener la province à réduire enfin significativement ses émissions, passe par une électrification accélérée du secteur des transports, responsable à lui seul de plus de 40 % des GES. On s’attend aussi à ce que le transport en commun fasse l’objet d’investissements majeurs. Dans plusieurs régions, la réduction de l’utilisation de l’auto solo passera obligatoirement par le développement de solutions de remplacement efficaces pour les citoyens. Mais Québec devra également accompagner les industries qui veulent se tourner vers des procédés moins polluants, tout en évitant de financer des mesures qui donnent très peu de résultats concrets, comme on l’a vu au fil des ans avec le Fonds vert.

Main-d’œuvre

 

Le premier budget Girard s’attaquait déjà à la pénurie de main-d’œuvre par le biais de mesures fiscales incitant les travailleurs à poursuivre leur carrière après l’âge de 60 ans. Mais le travail est loin d’être terminé, selon les associations patronales et les syndicats. D’emblée, le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière pourrait être « bonifié » et s’appliquer dès 55 ans, estime la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). « Le gouvernement devrait mettre en place des mesures qui favorisent le retour sur le marché du travail des personnes qui perçoivent déjà une rente de retraite », croient aussi les grands syndicats. Le budget 2019-2020 offrait à de nombreuses PME — mais pas toutes, précise la FCEI — une exemption des cotisations salariales afin de favoriser le maintien en emploi des travailleurs d’expérience. L’an dernier, Eric Girard s’était montré ouvert à étendre cette mesure aux grandes entreprises, tel que le réclame notamment le Conseil du patronat du Québec. Autre poignée pour s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre : l’intégration et l’accueil des immigrants. L’an dernier, 146 millions de dollars avaient été prévus pour mieux les intégrer au marché du travail et les franciser.

 

Matières résiduelles

 

La crise des centres de tri de Montréal, avec ses images de matières recyclables accumulées, est venue rappeler récemment l’ampleur de la tâche qui attend le Québec s’il veut se doter d’un programme de recyclage à la fois efficace et durable. Pendant longtemps, la province, comme plusieurs autres régions de la planète, a été très dépendante de l’exportation de matières recyclables de piètre qualité, ont d’ailleurs souligné plusieurs intervenants. Un constat que partage le gouvernement Legault, qui a déjà pris des engagements pour améliorer la collecte sélective et le tri des matières recyclables. La consigne fait également partie des mesures prises au cours des derniers mois. Mais avec un taux de recyclage d’à peine plus de 50 % des matières recyclables au Québec, certains estiment que le gouvernement devrait aller beaucoup plus loin, notamment afin de développer le concept de l’économie dite « circulaire ». Et que fera Québec pour détourner les matières organiques des sites d’enfouissement ? Les objectifs fixés il y a près d’une décennie prévoyaient de recycler 100 % de ces matières dès 2020, mais moins de la moitié des municipalités offrent aujourd’hui le service de collecte et la participation demeure très insuffisante.

 

Surplus, incertitudes

 

L’État québécois profite encore d’une marge de manœuvre appréciable. Fin février, Québec a estimé à 1,7 milliard l’excédent sur lequel il pourra compter à la fin de l’année financière. Un surplus dont il faudra toutefois déduire les 600 millions équivalant à la réduction de la valeur du placement de Québec dans l’avion de ligne A220, autrefois la CSeries de Bombardier. Le ministre Eric Girard avait été limpide l’an dernier : les baisses d’impôts aux particuliers ne seront au menu qu’une fois les objectifs de réduction de la dette atteints — en 2024, selon ses estimations d’alors. Sauf que le contexte actuel est incertain, les blocages ferroviaires et le coronavirus ayant des répercussions sur la vigueur économique. Québec pourrait-il investir dans les infrastructures pour dynamiser l’économie ? Ou procéder plus tôt que prévu avec des baisses d’impôts ? Eric Girard pourrait autrement poursuivre dans la voie qu’il avait empruntée l’an dernier et lors de la mise à jour économique de novembre 2019, en mettant « plus d’argent dans le portefeuille » des Québécois par le biais d’allégements fiscaux ciblés.

 

Soutien aux élèves

 

Avec la négociation en cours dans le secteur public, le ministre de l’Éducation ne peut pas intervenir directement sur les conditions de travail des professeurs, mais il pourrait le faire indirectement. Cela pourrait passer par l’ajout de professionnels dans les classes du primaire et du secondaire, ou encore la création de classes spéciales pour les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA), mesures ayant l’avantage de donner de l’oxygène aux enseignants tout en étant populaires auprès des parents. Chose certaine, les attentes sont élevées. Élu en présentant l’éducation comme sa priorité, le gouvernement Legault s’est surtout aliéné le milieu, ces derniers mois, avec le bâillon du projet de loi 40 et des offres patronales jugées très décevantes dans les négociations du secteur public. Les enseignants espèrent enfin trouver dans le budget un « signal » positif du ministre Jean-François Roberge, indiquait cette semaine une source syndicale. Dans le milieu, on craint que le ministre se contente d’ajouter des classes de maternelle 4 ans et de financer la construction de nouvelles écoles. Une inquiétude d’autant plus vive que le gouvernement prévoyait, dans le dernier budget, une diminution de la croissance des dépenses du ministère de 5,1 % en 2019-2020 à 3,7 % en 2020-2021.

 

Projets ratios

 

Cette fois, c’est la bonne ? Au dernier budget, les infirmières avaient exprimé haut et fort leur déception de ne pas y trouver d’argent pour les « projets ratios », qui visent à augmenter le nombre d’infirmières par patient. Les projets-pilotes étant terminés, elles estiment que le fruit est mûr. « Si on est capable de lancer ça, ça va avoir tout un effet », soulignait, cette semaine, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard. Lors des consultations prébudgétaires, elle a demandé 600 millions de dollars sur cinq ans à cette fin, avec, en prime, un investissement spécifique de 60 millions pour les urgences où la situation est la plus critique. Une demande stratégique, alors que le temps moyen d’attente aux urgences stagne à 2 h 30, au grand dam de la ministre Danielle McCann, qui a promis de le ramener à 90 minutes. Mais, avec le vieillissement de la population et la hausse des coûts du système, la marge de manœuvre en santé demeure limitée. La ministre pourrait toutefois tabler sur de petites mesures ciblées, telles que le rétablissement de la couverture publique de la fécondation in vitro (FIV), dont on sait déjà qu’elles vont figurer au budget, tout comme le soutien accru aux parents d’enfants handicapés adultes du côté des services sociaux.
 



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