La croissance de l’endettement non hypothécaire ralentit

En valeur, l’endettement moyen des consommateurs se chiffrait à 72 950 $ à la fin de 2019, en hausse de 2,7 % sur un an.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir En valeur, l’endettement moyen des consommateurs se chiffrait à 72 950 $ à la fin de 2019, en hausse de 2,7 % sur un an.

Le marché du crédit a été dominé par un rebond des prêts hypothécaires et une décélération du crédit non hypothécaire au Canada en 2019. Côté sombre, le taux de défaillance est remonté à un sommet vieux de sept ans.

Les données ressortent du rapport d’Equifax Canada publié jeudi. On y observe un accroissement de 4,4 % de l’endettement des Canadiens, qui frôle les 2000 milliards de dollars à la fin de 2019. Par segment, l’endettement non hypothécaire a augmenté de 2,7 % entre les quatrièmes trimestres de 2018 et de 2019 alors que l’endettement hypothécaire, qui compte pour les deux tiers du crédit, a bondi de 5,2 %.

En valeur, l’endettement moyen des consommateurs se chiffrait à 72 950 $ à la fin de 2019, en hausse de 2,7 % sur un an. L’endettement moyen non hypothécaire, qui comprend les cartes de crédit, les prêts et les marges de crédit, n’a augmenté que de 1 %, à 23 800 $. Equifax attribue cette faible progression à une diminution du recours à la marge de crédit et à une diminution de 1 % du financement automobile. Dans le segment hypothécaire, le montant moyen atteignait 289 000 $, une hausse de 7,2 % sur 12 mois influencée par les disparités régionales du marché canadien. « Les acheteurs de propriété se sont adaptés aux règles établies en 2018 concernant le test de tension », constate Equifax.

Mais il y a eu baisse de pression sur le marché du crédit. « En dehors du secteur hypothécaire, nous avons constaté un recul important de la demande de produits de crédit, a ajouté Bill Johnston, vice-président, Données et analyses chez Equifax Canada. Si nous tenons compte de la croissance démographique, l’endettement non hypothécaire n’a même pas suivi le rythme de l’inflation au deuxième semestre de 2019. »

Et une détérioration de la qualité du crédit est mesurée. « Le ralentissement de la croissance de l’endettement et la stagnation de l’économie ont entraîné une augmentation du taux de défaillance de plus de 90 jours » ajoute la firme, qui définit ce taux comme étant le pourcentage d’utilisateurs de crédit ayant trois paiements ou plus en retard. Le taux de défaillance sur les dettes non hypothécaires est passé à 1,19 % à la fin de 2019 en hausse de 11 points de pourcentage sur un an, un sommet depuis 2012. Ce taux est le plus élevé dans le groupe des 26-35 ans (1,71 %) suivi des 18-25 ans (1,65 %), le plus faible chez les 56-65 ans (0,9 %). Par région, il est plus bas en Colombie-Britannique (0,98 %) quoiqu’en forte hausse, de plus de 14 points de pourcentage sur un an. Suivent le Québec avec un taux de défaillance de 1,06 % (en hausse de 6,7 points de pourcentage) et l’Ontario (1,07 %, en augmentation de 14 points.)

Tendances maintenues

Equifax note également une montée du taux de défaillance sur les prêts hypothécaires en 2019, à 0,18 %. « Il s’agit du taux le plus élevé pour un quatrième trimestre depuis 2016, mais il demeure faible en termes historiques. »

Bill Johnston a précisé qu’« il est probable que ces tendances se maintiendront pendant la majeure partie de 2020, en supposant une absence de changement majeur des conditions économiques ou des taux d’intérêt ». La veille, la Banque du Canada annonçait une baisse de son taux directeur de 0,5 point de pourcentage, à 1,25 %, en réaction au choc négatif ressenti de l’épidémie de COVID-19 sur les économies canadienne et mondiale. Elle imitait ainsi la Réserve fédérale américaine.


Préoccupations de la Banque du Canada

La Banque du Canada envisageait une réduction de son taux d’intérêt directeur cette semaine avant que le nouveau coronavirus ne l’incite à opter pour une mesure plus musclée dans l’espoir d’amortir l’impact qu’aura l’épidémie sur l’économie, a affirmé jeudi le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz. Dans le cadre d’un discours prononcé à Toronto, celui-ci a expliqué que l’institution voulait abaisser le taux directeur de « manière décisive » afin de permettre à l’économie d’encaisser les secousses provoquées par le COVID-19, comme cela avait été le cas il y a environ cinq ans lorsque les prix du pétrole avaient dégringolé.

M. Poloz a expliqué que les préoccupations à l’égard de la santé de l’économie du pays étaient plus importantes que les craintes liées à certaines répercussions, comme l’augmentation de l’endettement des ménages, découlant d’une diminution des taux d’intérêt. « Nous avons opté pour une mesure décisive et claire afin que les gens observent un impact immédiat lors des renouvellements d’hypothèques et pour tous ceux qui ont des prêts hypothécaires à taux variables », a déclaré M. Poloz au cours d’une conférence de presse après son allocution.

La Presse canadienne