La relation entre les contribuables et l’État est une histoire à long terme

Durant leur vie active, les Québécois versent généralement plus d’argent à leurs gouvernements qu’ils ne reçoivent de transferts et de services publics en retour. 
Photo: Timothy A. Clary Agence France-Presse Durant leur vie active, les Québécois versent généralement plus d’argent à leurs gouvernements qu’ils ne reçoivent de transferts et de services publics en retour. 

Les Québécois versent généralement plus d’argent à leurs gouvernements qu’ils ne reçoivent de transferts et de services publics en retour. Du moins, cela est vrai durant leur vie active, montre un nouvel outil informatique, parce que, durant leurs études, mais plus encore après leur retraite, ce déséquilibre s’inverse au point de se conclure en leur faveur s’ils vivent assez vieux.

C’est l’histoire de trois Ella. La première restera toute sa vie célibataire et sans enfant, la deuxième vivra en couple et aura deux rejetons, alors que la troisième finira par élever son enfant seule. Le nouvel outil mis en ligne par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke permet de suivre en parallèle le récit de leurs trois vies en ce qui a trait aux impôts, aux taxes et aux autres charges sociales qu’elles devront verser aux gouvernements, mais aussi aux prestations et autres transferts qu’elles recevront en retour et aux services d’éducation, de garderie ou encore de santé dont elles bénéficieront.

Ainsi, on peut voir, par exemple, qu’avec un maigre salaire d’étudiant de 7500 $ par année, les Ella de 18 à 20 ans versent l’essentiel de leur contribution à l’État (1500 $) sous forme de taxe à la consommation, mais que cela ne pèse pas lourd en comparaison des quelque 12 000 $ investis par le gouvernement dans leurs études au cégep. À 37 ans, l’Ella en couple avec deux jeunes enfants doit reverser aux gouvernements fédéral et québécois un peu moins du tiers des quelque 111 000 $ qu’elle gagne avec son conjoint sous forme d’impôts, de taxes et d’autres prélèvements, comme ceux de la Régie des rentes du Québec (RRQ), que compensent seulement en partie les 20 000 $ reçus en services de garde, d’école primaire et de soins de santé, ainsi que les 6000 $ en allocations pour enfants et autres prestations. Après 60 ans, le rapport s’inverse de nouveau. La mère célibataire, ancienne technicienne dans la fonction publique, reçoit, par exemple, deux fois plus de prestations de la RRQ ou de soins de santé qu’elle ne paye encore d’impôts, de taxes ou de cotisations à l’assurance médicaments.

Au total, l’Ella qui a vécu en couple et a élevé deux enfants aura reçu plus de l’État durant toute sa vie que ce qu’elle lui aura donné à partir de son 74e anniversaire, alors que l’Ella divorcée et mère d’un enfant devra attendre ses 80 ans pour devenir bénéficiaire nette et l’Ella célibataire, ses 85 ans.

Ces scénarios se veulent les plus représentatifs possible

 

Ella et vous

« Notre objectif est de faire quelque chose qu’on ne voit pas souvent, c’est-à-dire élargir la perspective et montrer l’évolution des prélèvements perçus et des prestations reçues sur l’ensemble du cycle de vie », a expliqué en entretien téléphonique au Devoir l’un des concepteurs de l’outil de la Chaire en fiscalité, Michaël Robert-Angers.

Comptant sur l’aide d’experts en informatique de Polytechnique Montréal pour la présentation des données, on n’exclut pas, à la Chaire, la possibilité de permettre un jour aux utilisateurs de personnaliser leurs parcours de vie. Les trois scénarios présentés cette fois-ci collent autant que possible aux moyennes rapportées par les statistiques officielles. Si l’on a pris soin d’inclure les principaux éléments des régimes fiscaux et des services publics en 2020, il a fatalement fallu faire des choix pour éviter de se perdre dans trop d’hypothèses. On ne trouve ainsi nulle trace, par exemple, de l’impôt foncier, des prestations d’assurance-chômage ou du maintien des autoroutes dans l’histoire de nos trois Ella.

« Ces scénarios se veulent les plus représentatifs possible, résume le professeur et chercheur principal à la Chaire en fiscalité Luc Godbout. Et ce qu’on voulait que les gens en retiennent, c’est fondamentalement qu’ils reçoivent des services publics en contrepartie des impôts qu’ils payent. »