Analyse: et après l’épidémie?

Le Fonds monétaire international se contentait mercredi d’affirmer que l’épidémie de COVID-19 abaissera la croissance mondiale cette année sous son taux de 2019, mais «difficile de prédire de combien». Sur cette photo, la directrice générale du Fonds, Kristalina Georgieva.
Photo: Samuel Corum Getty Images Agence France-Presse Le Fonds monétaire international se contentait mercredi d’affirmer que l’épidémie de COVID-19 abaissera la croissance mondiale cette année sous son taux de 2019, mais «difficile de prédire de combien». Sur cette photo, la directrice générale du Fonds, Kristalina Georgieva.

Le passé ne peut être garant de l’avenir. Cette phrase, tel un leitmotiv, sert de mantra dans l’univers de l’investissement. Ce qui n’empêche toutefois pas de rechercher dans les événements antérieurs similaires les éléments pertinents à une analyse de l’actualité, de ses conséquences et de ses projections. L’épidémie du coronavirus n’y échappe pas, disposant pour ce faire d’un passé riche en références. La différence cette fois vient du poids qu’occupe désormais la Chine dans l’économie planétaire et son omniprésence dans les chaînes d’approvisionnement, qui vient atténuer la portée d’une comparaison historique.

Le Fonds monétaire international se contentait mercredi d’affirmer que l’épidémie du COVID-19 abaissera la croissance mondiale cette année sous son taux de 2019, mais qu’il est « difficile de prédire de combien ». Avant lui, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) se permettait d’esquisser un scénario de base empruntant au schéma des récentes épidémies, mais considérait le coronavirus comme la plus importante menace pour l’économie mondiale depuis la crise financière de 2008.

Les interdépendances dans l’économie mondiale sont désormais bien plus grandes qu’elles ne l’étaient [en 2003] et la Chine joue aujourd’hui un rôle bien plus important dans la production, les échanges et sur les marchés du tourisme et des produits de base au niveau mondial

En partant de l’hypothèse que le pic épidémique sera atteint en Chine au premier trimestre 2020 et que, dans les autres pays, l’épidémie se révélera plus modérée et circonscrite, la croissance mondiale pourrait être inférieure d’environ un demi-point de pourcentage cette année à ce qui était attendu dans les perspectives de novembre dernier. Ce faisant, la croissance annuelle du PIB mondial devrait baisser globalement à 2,4 % en 2020, partant du chiffre déjà faible de 2,9 % enregistré en 2019, et elle pourrait même être négative au premier trimestre de 2020, retient l’OCDE.

Il ressort de ce modèle une configuration articulant un choc temporaire dont les effets peuvent s’étendre sur un semestre, pour être suivis d’une récupération rapide au second. Dans le cas du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), en 2003, la courbe était caractérisée par une période de six mois de fort déclin de l’activité, suivie par une période équivalente de reprise. Ce qui amène l’OCDE à revoir à la hausse ses perspectives pour 2021 publiées en novembre, ajoutant 0,3 point de pourcentage à une progression de PIB mondial désormais chiffrée à 3,3 %. « C’est le cas typique de l’impact temporaire d’un choc négatif », conclut l’économiste indépendant Jean-Pierre Aubry.

Bémols

En Bourse, le cabinet financier Claret publiait la semaine dernière un tableau faisant la corrélation entre la réaction des marchés boursiers et la douzaine d’épisodes d’épidémie recensés depuis juin 1981. Le rendement des actions américaines a terminé, en moyenne, en hausse de 1,9 % au terme du premier mois d’éclosion, de 17 % après 12 mois. RBC Gestion mondiale d’actifs et Bloomberg en ont retenu cinq pour conclure qu’en moyenne, le S&P 500 avait reculé d’environ 2 % au cours des 20 premiers jours d’éclosion, pour ensuite afficher une progression de quelque 18 % après 180 jours.

Avec pour bémol ici que ces observations renferment une poussée des cours après une période de correction boursière parfois sévère, comme ce fut le cas pour le SRAS (2003) ou pour la grippe H1N1 (2009). Aujourd’hui, avec la valorisation très élevée des cours, le marché semblait déjà enclin à une correction, l’épidémie du coronavirus devenant le prétexte et l’accélérateur de cet ajustement.

Avec pour bémol également qu’une épidémie plus durable et plus importante de coronavirus, qui se propagerait à la région Asie-Pacifique, à l’Europe et à l’Amérique du Nord, assombrirait considérablement l’horizon. Dans cette hypothèse, la croissance mondiale pourrait tomber à 1,5 % en 2020, la moitié du taux de croissance prévu avant la survenue de l’épidémie. « Par rapport à la situation qui prévalait lors d’épisodes comparables, comme celui du SRAS en 2003, les interdépendances dans l’économie mondiale sont désormais bien plus grandes qu’elles ne l’étaient et la Chine joue aujourd’hui un rôle bien plus important dans la production, les échanges et sur les marchés du tourisme et des produits de base à l’échelle mondiale. Les retombées sur les autres économies d’un choc négatif survenant en Chine n’en sont que plus fortes », avertit l’OCDE.

La Chine compte aujourd’hui pour plus de 16 % du PIB mondial, contre 6 % en 2002, et pour près de 22 % de l’industrie mondiale, contre 8 %. Son poids dans le commerce mondial est passé de 4 à près de 12 %, de 2 à 9 % dans le tourisme mondial. La Chine représentait en 2008 entre 12 et 55 % de la demande mondiale de matière primaire, selon qu’il s’agisse de pétrole ou d’aluminium, contre un poids variant de 5 à 15 % en 2000.