Des bâtons dans les roues de Louis Garneau

Les ennuis du fabricant d’équipement de sport Louis Garneau ont commencé il y a 36 mois, lorsque deux de ses plus importants clients à l’international ont fait faillite.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les ennuis du fabricant d’équipement de sport Louis Garneau ont commencé il y a 36 mois, lorsque deux de ses plus importants clients à l’international ont fait faillite.

Endetté de 32 millions de dollars, le fabricant québécois d’équipements de sport Louis Garneau s’est placé à l’abri de ses créanciers mardi et cherche activement de nouveaux investisseurs. Pas moins de 66 travailleurs du siège social de Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, ont perdu leur emploi dans l’exercice.

« Aujourd’hui c’est un manque de liquidité qu’on a. Ce n’est pas une faillite, c’est une protection. C’est une loi qui existe au Québec pour nous protéger, pour régler nos créanciers », a expliqué le président fondateur de l’entreprise, Louis Garneau, en conférence de presse mardi après-midi.

Les ennuis ont commencé il y a 36 mois, raconte-t-il, lorsque deux de ses plus importants clients à l’international ont fait faillite. Cela a entraîné une importante pression sur les liquidités de l’entreprise, menant à des retards dans les paiements dûs à de nombreux fournisseurs. Son équipe des finances l’a, dans la foulée, complètement laissé tomber. Il est d’ailleurs présentement à la recherche « du meilleur directeur des finances » de la province.

En se plaçant sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, l’entreprise, qui est en affaires depuis 37 ans, compte ainsi opérer des « changements stratégiques et opérationnels » pour devenir rentable à long terme.

La firme Raymond Chabot inc. a été mandatée pour superviser le processus de restructuration. Un plan de redressement sera présenté aux créanciers et aux partenaires financiers.

Les activités internationales de l’entreprise, au Mexique, aux États-Unis, en France et en Asie ne sont par contre pas touchées. L’approvisionnement se poursuivera, mais avec une équipe réduite. « Il n’est pas question de laisser tomber », assure M. Garneau.

Quant aux 66 personnes qui ont perdu leur emploi mardi matin, ces « suppressions sont temporaires », promet M. Garneau, se disant très « peiné » et « désolé » d’avoir pris cette décision. Ils seront réemployés dès que possible. « On n’avait pas le choix de travailler avec une plus petite équipe. »

Il y a cinq mois, l’entreprise avait déjà dû fermer sa division textile et supprimer 46 postes à l’usine de Saint-Augustin-de-Desmaures.

« C’est la course la plus difficile à laquelle j’ai participé », a admis l’ancien cycliste, expliquant avoir tout fait pour remonter la pente. Il a même investi dans l’entreprise en puisant dans ses finances personnelles, mais en vain.

Appel à l’aide

Louis Garneau a profité de la conférence de presse pour lancer un message dans toute la province : « On est à la recherche d’investisseurs pour nous aider à compléter notre financement. » Il se dit même prêt à céder l’entreprise, mais uniquement si elle tombe dans les mains d’un investisseur québécois.

« Ça aurait été facile d’être multimillionnaire et vendre à des étrangers […], mais j’ai décidé, avec mon équipe, de me battre et de tout faire pour garder l’entreprise à Saint-Augustin », laisse-t-il tomber d’un ton ferme.

Aux yeux de Charles de Brabant, directeur exécutif de l’École Bensadoun du commerce au détail de l’Université McGill, l’entreprise Louis Garneau a pris la bonne décision en se mettant à l’abri de ses créanciers. « Ça va certainement lui permettre de rebondir. » Le problème ne vient pas de la marque ou de la qualité des produits proposés, selon lui, mais simplement de ses deux principaux clients qui ont fait faillite.

Charles de Brabant fait même remarquer que le secteur du commerce de détail se porte bien depuis quelques années et connaît une croissance importantes. Faut-il encore, cependant, que les entreprises réussissent à faire face à la concurrence toujours plus grande dans le secteur. « Aujourd’hui, être bon dans le milieu ce n’est pas assez pour survivre. Il faut être très bon, voir le meilleur », dit-il.

L’entreprise Louis Garneau n’est d’ailleurs pas la seule dans cette situation. Le détaillant d’articles de sport La Cordée s’est aussi placé sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité il y a une dizaine de jours. La chaîne de magasins est endettée de 22 millions de dollars et doit 75 000 à Louis Garneau.


 
1 commentaire
  • Marcel Vachon - Abonné 4 mars 2020 09 h 24

    Bravo

    Bravo monsieur Garneau. Je vous souhaite de réussir votre pari.