Wall Street clôture sa pire semaine depuis la crise de 2008

La séance de vendredi a débuté avec les bourses asiatiques faisant écho à la cassure observée jeudi à New York.
Photo: Mark Schiefelbein Associated Press La séance de vendredi a débuté avec les bourses asiatiques faisant écho à la cassure observée jeudi à New York.

Dure semaine sur les marchés, la crainte de pandémie du coronavirus forçant les parquets boursiers à encaisser leur pire chute hebdomadaire depuis la crise financière de 2008. L’expansion mondiale du COVID-19 et la multiplication des foyers hors de la Chine ont forcé les analystes à esquisser un scénario de récession mondiale.

La dégringolade des cours s’est poursuivie vendredi, à un rythme toutefois plus lent, enfonçant plus à fond Wall Street dans sa phase de correction. L’indice symbolique Dow Jones a ramené sa perte en séance à 1,4 % pour clôturer à 25 409,36, gonflant son repli hebdomadaire à plus de 3500 points. Plus représentatif le S & P 500 a terminé vendredi à 2954,22, en baisse de 0,8 % sur la séance, de plus de 11 % sur la semaine. Les propos du président de la Réserve fédérale réitérant la solidité de l’économie américaine, mais disant que la Banque centrale se tenait prête à agir, ont permis d’atténuer les pertes. En Europe, les reculs hebdomadaires oscillent autour de 13 %.

Cette pire performance hebdomadaire des grands indices new-yorkais depuis octobre 2008 s’est matérialisée par un bond de l’indice VIX, dit de la peur, au-dessus des 40 points vendredi. Cet indice, qui mesure la volatilité du S & P 500, avait franchi la barre des 30 points jeudi, un niveau à partir duquel le marché entre en territoire où l’émotivité prend alors le dessus sur le rationnel.

 

Le sentiment de crainte a également poussé les investisseurs vers les obligations d’État de premier rang, allemandes et américaines. Le taux à 10 ans et à 30 ans sur la dette américaine a ainsi une nouvelle fois atteint un plus bas historique.

La séance a débuté avec les bourses asiatiques faisant écho à la cassure observée jeudi à New York. Au Japon, la Bourse de Tokyo a plongé de 3,7 %. En Chine, la Bourse de Hong Kong affichait un repli de près de 2,8 % en séance. Ailleurs, les Bourses de Corée, d’Inde ou encore de Singapour n’ont pas été pas épargnées, tombant de 3,3 %, de 3,6 % et de 3,2 % respectivement.

Croissance en baisse

Pour l’heure, les institutions révisent à la baisse leurs prévisions de croissance de l’économie mondiale prévoyant une incidence du coronavirus limitée dans le temps et misant sur un rattrapage au mieux à partir du deuxième trimestre, plus vraisemblablement au deuxième semestre. Les analystes retiennent pour les deux plus grandes économies de la planète une révision à la baisse, de 5,9 à 5,5 %, de la croissance du PIB chinois cette année et un recul de 25 points de base de la progression du PIB américain attendue cette année, à 1,5 %. La firme de recherche Oxford Economics a ajouté que, dans un scénario de pandémie mondiale, les États-Unis plongeraient en territoire de récession en 2020, entraînant l’économie mondiale dans leur sillon.

« Plus ça va durer, plus les gens vont prendre peur, menant à un affaiblissement de la confiance. Il va y avoir des confinements ou des villes qui seront bloquées, et c’est de l’activité économique en moins, de la consommation en moins, des ruptures en plus dans les chaînes d’approvisionnement », détaille Sylvie Matelly, directrice adjointe de l’Institut des relations internationales et stratégiques. « Le danger est que l’épidémie se propage plus globalement et plus rapidement que ce qui a été anticipé et entraîne des arrêts de production et des restrictions de déplacements en dehors de la région Asie-Pacifique », abonde Sara Johnson, directrice responsable de l’économie mondiale chez IHS Markit. « Les marchés financiers ont surréagi au risque d’impact négatif sur l’économie mondiale, mais cette réaction pourrait avoir des conséquences négatives » en retour dans l’économie réelle, ajoute-t-elle.

« La bonne nouvelle est que le choc frappe au moment où les ménages américains affichent une bonne santé économique, avec un bilan sain et une bonne progression du revenu personnel disponible », souligne Oxford Economics. Ce qui n’a pas empêché la firme de chiffrer à 4500 milliards $US leurs pertes boursières sur papier dans cette correction.

Chute des cours pétroliers

Dans l’immédiat, l’impact se fait sentir directement sur l’industrie touristique et les compagnies aériennes, qui abaissent la voilure en réponse à une demande plus frileuse. Le pétrole ressent également les effets d’un ralentissement économique mondial et d’une contraction plus sévère en Chine, grand consommateur d’or noir. Les prix du pétrole ont encaissé cette semaine leur plus importante chute hebdomadaire depuis 2008 à New York, depuis 2016 à Londres, avec un repli de 16 % et de 13,6 % respectivement.

À ce choc sur la demande s’ajoute celui attendu sur l’offre, avec nombre de multinationales s’en remettant à la Chine dans leur approvisionnement. L’effet d’ensemble traduit un choc économique qui nécessitera une réponse des banques centrales, notamment sous la forme d’une baisse des taux d’intérêt directeurs, et ce, dès mars, croit Oxford.

Avec l’Agence France-Presse