Une nouvelle aide publique à l’économie de plus en plus prévisible

L’épidémie de coronavirus a d’importantes répercussions sur les activités des compagnies aériennes et des manufacturiers, notamment.
Photo: Prasit Rodphan Getty Images L’épidémie de coronavirus a d’importantes répercussions sur les activités des compagnies aériennes et des manufacturiers, notamment.

L’épidémie de COVID-19 dans une économie mondiale déjà fragile, mais aussi une pluie d’imprévus économiques au Canada laissent de plus en plus entrevoir une baisse imminente des taux d’intérêt, mais peut-être pas seulement.

Officiellement, il est encore trop tôt pour savoir si les économies développées auront besoin d’un autre coup de pouce des pouvoirs publics pour éviter le pire au cours des prochains mois. Alors que le COVID-19 étend graduellement son rayon d’action, plus personne ne doute évidemment qu’il aura un impact sur la croissance mondiale, mais son ampleur reste à déterminer.

Apparu au coeur de la deuxième économie mondiale, le virus arrive dans un cycle économique déjà essoufflé après plus de dix ans de croissance ininterrompue et fragilisé pas la montée de l’endettement et la démolition systématique des règles multilatérales internationales par le président américain. Pour le moment, les analystes prédisent, notamment, une baisse de 5,9 % à 5,5 % de la croissance économique chinoise cette année et de 1,75 % à 1,5 % de la croissance américaine. Mais dans un scénario de pandémie mondiale, les États-Unis plongeraient en récession dès cette année, prévient la firme de recherche Oxford Economics.

Si les pouvoirs publics chinois et d’autres pays de la région ont commencé à déployer des mesures monétaires et budgétaires pour aider leurs économies à passer à travers cette nouvelle épreuve, la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne estiment qu’il est encore trop tôt pour se faire une idée. Il faut dire que la Fed a déjà baissé son taux directeur à trois reprises l’an dernier pour le porter entre 1,5 % et 1,75 % et que la BCE est déjà au taux plancher de 0 %, en plus d’injecter dans l’économie 20 milliards d’euros par mois en liquidités. L’inquiétude grandissante et la spectaculaire dégringolade des marchés boursiers des derniers jours laissent croire cependant qu’on ne restera pas longtemps sur les lignes de touche.

Problèmes intérieurs

Petite économie ouverte sur le monde, le Canada n’est pas à l’abri de ces perturbations. La fin de l’année dernière s’était déjà révélée pour le moins difficile non seulement en raison de la guerre des tarifs entre les États-Unis et la Chine, mais aussi d’un ensemble de facteurs intérieurs allant de la fermeture de l’usine de General Motors à Oshawa à la grève au Canadien National, en passant par l’hiver précoce dans les Prairies et une sorte de blues des consommateurs canadiens. Dévoilés ce vendredi, les chiffres sur la croissance en décembre devraient confirmer une stagnation de l’économie au dernier trimestre de 2019 que tout le monde espérait alors voir immédiatement suivie par un rebond en début d’année.

Mais voilà, c’était sans compter avec l’apparition d’un certain coronavirus sur la scène internationale, mais aussi sans savoir que le transport ferroviaire allait être bloqué de nouveau au Canada.

Il n’en fallait pas plus, jeudi, pour que Bank of America réduise du tiers ses prévisions de croissance au Canada, de 1,5 % à seulement 1 % en 2020.

Jusque-là convaincue que la Banque du Canada devait garder ses taux d’intérêt inchangés au moins cette année, la majorité de la dizaine d’experts du comité de politique monétaire de l’Institut C.D. Howe a recommandé jeudi au gouverneur Stephen Poloz d’abaisser une première fois, la semaine prochaine, son taux directeur de 1,75 % à 1,5 %, et, une autre fois encore, de 1,5 % à 1,25 %, à sa prochaine réunion du mois d’avril.

Ottawa plus riche qu’on le pensait

On sait la banque centrale déjà extrêmement préoccupée par le niveau d’endettement des ménages canadiens et, par conséquent, réticente à leur rendre le crédit trop facile. Mais il pourrait y avoir un autre moyen pour les pouvoirs publics de stimuler l’économie du pays.

Dans un nouveau rapport sur la « viabilité financière » des gouvernements au Canada, le directeur parlementaire du budget (DPB) à Ottawa a constaté jeudi que si la plupart des provinces, à l’exception notable du Québec, appliquent des politiques budgétaires condamnées à alourdir encore plus leur endettement, il n’en va pas de même du gouvernement fédéral. Ce dernier disposerait même d’une marge de manoeuvre budgétaire plus importante que le DPB ne le pensait jusque-là et pourrait adopter, au besoin, de nouvelles baisses d’impôt ou de nouvelles dépenses équivalentes non pas à 1,4 %, mais à 1,8 % du produit intérieur brut (ou 41 milliards), sans craindre d’augmenter sa dette nette à long terme.