Le Bloc québécois crie victoire sur l’aluminium

En vertu de l’ACEUM, 70% de l’acier et de l’aluminium entrant dans la fabrication des automobiles doivent provenir de la zone de libre-échange.
Photo: iStock En vertu de l’ACEUM, 70% de l’acier et de l’aluminium entrant dans la fabrication des automobiles doivent provenir de la zone de libre-échange.

Victoire réelle ou prétexte pour remiser ses critiques ? Le Bloc québécois estime avoir remporté une bataille dans le dossier de l’ACEUM puisqu’Ottawa s’engage à presser le Mexique pour qu’il suive de près ses importations d’aluminium. Les observateurs, eux, soulignent que ce compromis était déjà dans les cartons du gouvernement fédéral.

Dans une lettre qu’elle a fait parvenir mercredi au Bloc québécois, la vice-première ministre, Chrystia Freeland, écrit qu’elle « demandera l’aide des États-Unis » pour inciter le Mexique à se doter d’un système de surveillance des importations d’aluminium. Le Canada s’est doté d’un tel système en septembre et les États-Unis ont prévu dans leur dernier budget des fonds pour faire de même. Or, les préoccupations sont du côté mexicain.

En vertu de l’ACEUM, 70 % de l’acier et de l’aluminium entrant dans la fabrication des automobiles doivent provenir de la zone de libre-échange. Toutefois, il n’y a que pour l’acier que l’accord précise que le métal devra, dans sept ans, être « coulé et fondu » en Amérique du Nord pour être considéré comme en provenant. Le Mexique importe de plus en plus d’aluminium chinois et russe, qu’il transforme un peu pour le rendre nord-américain.

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. La position de Mme Freeland n’a pas changé d’un iota.

Le mécanisme de surveillance permettrait de vérifier si le Mexique contourne l’esprit de l’ACEUM. Si tel est le cas, écrit Mme Freeland, « le Canada s’efforcera de travailler avec le Mexique et les États-Unis pour modifier l’accord afin d’y inclure une exigence « fondu et coulé » pour l’aluminium ». Il n’y a aucune garantie de résultat, donc.

« Chers amis, l’aluminium québécois est protégé », s’est pourtant exclamé Yves-François Blanchet devant ses députés mercredi. Il estime avoir obtenu un « gain extrêmement important ». Le chef bloquiste s’est renfrogné quand on lui a indiqué qu’il rangeait son artillerie pour bien peu, qualifiant une telle analyse de « calembredaine » et de « carabistouille ».

Le professeur Richard Ouellet, spécialisé en droit international économique à l’Université Laval, n’est « pas certain de voir le gain ». « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. La position de Mme Freeland n’a pas changé d’un iota. » Il admet cependant que de l’avoir couchée sur papier « met une certaine dose de pression ».

De même, le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, a salué le « pas de plus » fait par Ottawa tout en soulignant qu’il n’y a « pas de garantie supplémentaire ». Le président du syndicat des travailleurs de l’aluminerie d’Alma, Sylvain Maltais, s’est dit « satisfait », même s’il aurait voulu « encore beaucoup plus d’engagements ».