Retombées modestes en vue pour l’ACEUM

Les représentants des partis d’opposition au comité parlementaire chargé de l’examen du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en vue de sa ratification n’ont pas caché leur insatisfaction mercredi.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Les représentants des partis d’opposition au comité parlementaire chargé de l’examen du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en vue de sa ratification n’ont pas caché leur insatisfaction mercredi.

Le Canada sera plus riche de presque 7 milliards de dollars et de 38 000 emplois avec le nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) que si Donald Trump avait mis sa menace à exécution et avait simplement retiré son pays de toute entente de libre-échange, estime Ottawa.

Les économistes du ministère fédéral du Commerce international ont dévoilé mercredi l’étude d’impact de l’ACEUM que réclamaient depuis des semaines avec impatience les partis d’opposition.

Le document de 82 pages prédit un modeste gain net de 6,8 milliards, équivalant à un quart (0,249 %) de point de pourcentage du produit intérieur brut (PIB) canadien, le maintien de 38 000 emplois, équivalant à un sixième de 1 % (0,16 %) du total canadien, et des augmentations réelles des salaires d’un demi-point de pourcentage (0,504 %).

Ces gains ont été calculés non pas par rapport à ce que le Canada avait déjà avec l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) depuis 1994, mais par rapport à la situation qui aurait prévalu si, au lieu de déboucher sur un ACEUM, les négociations de renouvellement de l’ALENA avaient échoué et le président américain avait mis à exécution sa menace de sortir son pays de toute entente commerciale avec le Canada. Dans ce cas, ce sont les règles de base de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se seraient appliquées, expliquent les auteurs de l’étude d’impact, et le Canada et le Mexique ne profiteraient pas non plus d’une exemption spéciale par rapport aux tarifs commerciaux de Donald Trump dans l’acier et l’aluminium.

Seulement deux options

Les représentants des partis d’opposition au comité parlementaire chargé de l’examen de l’ACEUM en vue de sa ratification n’ont pas caché leur insatisfaction mercredi. D’abord pour avoir tellement attendu l’étude d’impact d’un accord conclu en novembre 2018 et auquel quelques modifications seulement ont été apportées en décembre dernier. Mais aussi pour ne pas pouvoir comparer la réalité au temps de l’ALENA avec celle qui s’appliquera si le Canada se décide à imiter les États-Unis et le Mexique et ratifie à son tour l’ACEUM.

« Je suis très déçu. […] Comment sommes-nous censés nous faire une idée de l’impact du nouvel accord par rapport à ce que l’on a déjà ? » a demandé le député conservateur Randy Hoback.

Il a tout de suite été très clair dans le camp canadien qu’un statu quo avec l’ALENA ne faisait pas partie des options offertes par le président américain au Canada, a expliqué l’économiste en chef de Commerce international, Marie-France Paquet. « Seulement deux options se présentaient à nous : un nouvel accord ou pas d’accord et des tarifs. »

D’autres études

Dans leur propre étude d’impact dévoilée en avril, les États-Unis avaient comparé l’ACEUM et l’ALENA. On avait conclu, là aussi, à des retombées économiques modestes qui pouvaient aller d’une perte nette de 23 milliards $US (–0,12 % du PIB) à un gain de 235 milliards $US (1,21 %) selon l’importance relative accordée au climat d’incertitude.

« On sait que l’incertitude peut avoir un impact important sur l’activité économique, mais c’est très difficile à mesurer. Nous, on n’a pas essayé de le faire », a déclaré Marie-France Paquet.

L’Institut C.D. Howe a proposé sa propre étude d’impact économique cet été, dans laquelle il n’a pas cherché, lui non plus, à en mesurer l’effet sur l’incertitude, mais qui concluait que le passage de l’ALENA à l’ACEUM se traduirait par une perte nette pour le Canada de 10 milliards (0,4 % du PIB). Cette étude, toutefois, se basait sur certaines hypothèses discutables, a observé l’économiste.

Dans tous les cas, on conclut que la hausse du contenu minimal nord-américain requis dans la fabrication automobile se traduira par une augmentation modeste du prix des véhicules et, par conséquent, par une diminution de leurs ventes.