Le partenaire américain d’Hydro se prépare pour un référendum

Les opposants au projet New England Clean Energy Connect craignent entre autres des conséquences négatives sur les paysages et l’environnement, en particulier sur le sentier des Appalaches.
Photo: Getty Images Les opposants au projet New England Clean Energy Connect craignent entre autres des conséquences négatives sur les paysages et l’environnement, en particulier sur le sentier des Appalaches.

Aux prises avec un mouvement d’opposition à son projet de corridor énergétique avec Hydro-Québec, Central Maine Power affirme qu’elle entend « évaluer toutes les options disponibles », mais que son objectif, dans l’immédiat, vise à s’assurer qu’elle puisse sortir gagnante de l’affrontement s’il y avait un référendum.

Le projet New England Clean Energy Connect, qui consisterait à passer par le Maine pour exporter l’électricité d’Hydro-Québec vers le Massachusetts, suscite de l’indignation dans l’État américain où les opposants ont récemment déposé 75 000 signatures pour que la question soit inscrite sur le bulletin de vote lors des élections de novembre 2020. Le secrétariat d’État du Maine est en train de vérifier ces signatures, un exercice prévu par la loi.

Dans les pages du Press Herald de Portland, où les lecteurs des deux camps affrontent leurs visions depuis des mois, un professeur de droit émérite de l’Université du Maine a écrit la semaine dernière que l’objectif des opposants — faire invalider un permis octroyé l’an dernier — est inconstitutionnel, car les règles ne permettent que de faire adopter ou invalider une loi.

« Le processus référendaire est au coeur des valeurs du Maine. Nous attendons avec impatience l’examen de la validité des signatures soumises. Si la démarche est approuvée, nous nous assurerons que les électeurs du Maine ont en main tous les faits au sujet du projet », a affirmé une porte-parole de CMP, Catharine Hartnett, dans une déclaration écrite. « Bien sûr, nous allons envisager toutes les options qui nous sont offertes, bien que notre objectif en ce moment vise la défaite de l’initiative. » Des options juridiques ne sont pas exclues, a-t-elle confirmé lorsque Le Devoir lui a demandé des précisions.

Quelles répercussions ?

Les opposants craignent que le projet NECEC, dont les coûts sont estimés à 950 millions $US, aura des conséquences sur les paysages et l’environnement, en particulier sur le sentier des Appalaches. Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui digèrent mal que l’électricité est d’abord et avant tout destinée à l’État voisin.

Hydro-Québec affirme généralement que le projet, rattaché à un contrat de 20 ans avec le Massachusetts, s’inscrit dans la décarbonation du Nord-Est américain, qu’il équivaudra à retirer plus de 700 000 véhicules de la circulation et qu’il entraînera la création de 1600 emplois pendant les travaux. Selon les informations sur le site Internet du projet, 151 des 236 kilomètres prévus pour la ligne passeraient par un corridor existant.

Le p.-d.g. de la société d’État, Éric Martel, a précisé lors d’un entretien avec Mainebiz en janvier que l’électricité acheminée vers le Massachusetts se retrouverait dans le réseau intégré de la Nouvelle-Angleterre, et donc qu’elle pourrait revenir au Maine.

Le contrat de 20 ans avec le Massachusetts a été décerné en 2018. Il prévoit la vente de 9,45 TWh par année, ce qui pourrait générer des revenus de 10 milliards sur la durée de l’entente. Lorsque la société d’État a été choisie, elle a indiqué que l’électricité serait destinée à environ un million de clients.

Le projet a jusqu’ici reçu les permis de la Federal Energy Regulatory Commission et de la Maine Public Utilities Commission (MPUC). Il doit encore recevoir les permis du U.S. Army Corps of Engineers et du Département de l’Énergie des États-Unis. Selon l’échéancier initial, la construction du projet devrait commencer en 2020.

Surplus

Hydro-Québec a multiplié les efforts au cours des dernières années pour écouler ses surplus. Selon une étude tout juste publiée par le Center for Energy and Environmental Policy Research (CEEPR), affilié au Massachusetts Institute of Technology (MIT), la société d’État pourrait jouer un rôle central dans la décarbonation de l’économie du Nord-Est américain, à condition toutefois d’accroître les capacités de transmission.

Dans leur étude, les auteurs imaginent cependant un scénario en fonction duquel la transmission d’électricité se ferait dans les deux sens. Dans l’éventualité où les réservoirs d’Hydro-Québec auraient besoin de se recharger, l’énergie solaire ou éolienne produite en surplus au Sud pourrait être acheminée vers le nord.

La capacité additionnelle de transport requise serait de 4000 mégawatts, selon les auteurs. En guise de comparaison, le projet NECEC prévoit une capacité de 1200 mégawatts.