Bombardier vend sa division ferroviaire à Alstom, selon le Wall Street Journal

Bombardier, qui traîne une dette à long terme de 9,3 milliards $US, avait signalé le mois dernier qu’elle étudiait ses options afin d’accélérer son désendettement.
Photo: Darryl Dyck Archives La Presse canadienne Bombardier, qui traîne une dette à long terme de 9,3 milliards $US, avait signalé le mois dernier qu’elle étudiait ses options afin d’accélérer son désendettement.

Après des semaines de rumeurs et de discussions, Bombardier, qui tente de réduire sa lourde dette, est sur le point de se détacher de sa division de construction de matériel roulant, qui passera dans le giron du géant français Alstom, a rapporté dimanche le Wall Street Journal sur son site Internet.

Un accord préliminaire d’une valeur de plus de 7 milliards $US serait intervenu, selon le quotidien new-yorkais, citant des sources anonymes au fait de la transaction. L’entente pourrait être annoncée dès lundi, selon le média.

Pour l’entreprise québécoise, cette transaction vient s’ajouter à la liste des nombreux actifs cédés — avions turbopropulsés Q400, jets régionaux CRJ et l’ex-C Series — au cours des cinq dernières années par le président et chef de la direction, Alain Bellemare.

Il s’agit également d’un important changement pour la multinationale, qui se concentrera désormais uniquement dans le secteur des jets d’affaires destinés à des clients fortunés.

L’annonce d’une transaction avec Alstom ne constitue pas une surprise, puisque Bombardier, qui traîne une dette à long terme de 9,3 milliards $ US, avait signalé le mois dernier qu’elle étudiait ses options afin d’accélérer son désendettement. Cela suggérait qu’elle était prête à se départir de l’une de ses deux principales divisions.

Certains médias avaient rapporté qu’une transaction allait être annoncée jeudi dernier, lorsque Bombardier a dévoilé ses résultats du quatrième trimestre après avoir cédé sa participation restante dans la Société en commandite Airbus Canada, qui contrôle l’A220, à Alstom et au gouvernement québécois.

Contrairement à la division aéronautique, Bombardier Transport, dont le siège social est situé à Berlin, en Allemagne, est beaucoup moins présente au Québec. Elle compte quelque 1000 employés à l’usine de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, ainsi qu’à Saint-Bruno, en banlieue sud de Montréal.

Structure de la transaction

Selon le Wall Street Journal, Alstom offrirait un montant en espèce et des actions.

Le quotidien américain avance que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) qui détient 32,5 % de Bombardier Transport aurait accepté de vendre sa participation pour ensuite acquérir une participation minoritaire dans l’entité combinée.

Le cabinet du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a indiqué que ce dernier ne commentera pas avant qu’une annonce soit rendue officielle.

Jointe par La Presse canadienne, la Caisse de dépôt et placement du Québec de a refusé de confirmer l’information et la structure de la transaction. « La Caisse ne commente jamais les rumeurs, ni les occasions de transactions qu’elle pourrait considérer ou ne pas considérer », a répondu son porte-parole, Maxime Chagnon.

Le président du syndicat des employés de l’usine Bombarder à La Pocatière, Claude Michaud, a également refusé de commenter la transaction, affirmant ne pas en avoir été informé.

Ensemble, Alstom et Bombardier Transport généreraient des revenus d’environ 18 milliards $ US selon l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux. Cela demeure toutefois loin du chiffre d’affaires de quelque 34 milliards $ US du géant chinois CRRC — le numéro un dans l’industrie.

« Quelque chose doit se produire dans le secteur du transport, avait expliqué l’analyste Chris Murray, d’Altacorp Capital, au cours d’un entretien téléphonique à La Presse canadienne, la semaine dernière, alors que des rumeurs faisaient état d’une offre imminente d’Alstom. Le fait est que les Chinois sont très présents dans cette industrie et (cette présence) va s’accroître. »

Aux prises avec des retards remarqués et des problèmes d’exécution avec certains contrats importants et des problèmes au Royaume-Uni, avec les Chemins de fer fédéraux suisses et en Allemagne, Bombardier a vu la performance de sa division ferroviaire être sérieusement ralentie en 2019, où elle a affiché un bénéfice avant intérêts et impôts en baisse de 97 %, à 22 millions $ US.

Un mariage entre Alstom et Bombardier Transport risque d’être scruté à la loupe par les autorités antitrust, ce qui pourrait retarder la conclusion de la transaction. L’an dernier, les autorités européennes avaient opposé leur veto à l’alliance proposée entre l’Allemande Siemens et Alstom.

« Nous pensons qu’une combinaison d’Alstom et de Bombardier Transport aurait plus de chance d’obtenir le feu vert par rapport à la précédente tentative d’Alstom et Siemens puisqu’il y a moins de chevauchement entre leurs portefeuilles respectifs et que les dirigeants des deux parties risquent de vouloir consentir à des concessions afin d’obtenir les approbations réglementaires », a estimé M. Poirier dans un rapport publié vendredi dernier.