L’impact économique sème l’inquiétude

Les manifestants soutiennent les chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en, qui s’opposent au projet de gazoduc Coastal Gaslink en Colombie-Britannique.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les manifestants soutiennent les chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en, qui s’opposent au projet de gazoduc Coastal Gaslink en Colombie-Britannique.

La fermeture du réseau ferroviaire du Canadien National (CN) dans l’est du pays crée des remous dans l’économie : problèmes de réception de marchandises dans les ports, possible pénurie de propane et sentiment de panique chez les manufacturiers figuraient au coeur des enjeux vendredi quant à l’arrêt des activités du CN décrété la veille.

Au moment où le gouvernement Trudeau continue de préférer le dialogue et le consensus pour défaire les barricades, érigées pour soutenir les opposants à un projet de gazoduc en Colombie-Britannique, l’Association des administrations portuaires canadiennes (AAPC) a dit que « les conséquences se manifestent immédiatement ».

« Nous avons le plus profond respect pour les chefs héréditaires Wet’suwet’en et ceux qui leur témoignent leur solidarité », a indiqué l’AAPC.

Cependant, « nous commençons à voir des cas où certaines administrations portuaires canadiennes doivent détourner des navires et où les marchandises commencent à être redirigées vers des ports américains. Dans d’autres cas, les expéditeurs tentent de trouver d’autres solutions pour transporter les marchandises, y compris l’utilisation de camions. Quand on pense qu’un seul wagon de chemin de fer transporte l’équivalent d’environ trois camions, une perturbation prolongée du trafic ferroviaire aurait là aussi des répercussions majeures ».

Les entreprises n’ont pas de solution de rechange. Certaines me disent qu’elles privilégient le transport par camion, mais le réseau est déjà presque au maximum de sa capacité et il y a une pénurie de main-d’œuvre

Les manifestants soutiennent les chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en, qui s’opposent au projet de gazoduc Coastal Gaslink, en Colombie-Britannique. Les organisateurs de la barricade près de New Hazelton, dans la même province, ont quitté les lieux dans la nuit de jeudi à vendredi après avoir reçu l’assurance qu’ils pourront discuter avec des responsables fédéraux et provinciaux.

Une barricade au Manitoba a également été démantelée jeudi, selon CBC. Celle de Belleville, en Ontario, érigée par des Mohawks de Tyendinaga, demeure en place pour l’instant.

Peu de solutions de rechange

« Il y a vraiment un sentiment d’urgence et de panique », a dit la p.-d.g. de Manufacturiers et exportateurs du Québec, Véronique Proulx.

« Les entreprises n’ont pas de solution de rechange. Certaines me disent qu’elles privilégient le transport par camion, mais le réseau est déjà presque au maximum de sa capacité et il y a une pénurie de main-d’oeuvre. Pour certains, c’est plus cher, mais d’autres n’ont pas accès. »

Invitée à donner des exemples d’entreprises touchées, elle a nommé Danone, qui expédie du yogourt vers l’Ouestcanadien, et des sociétés du secteur automobile.

Supérieur Propane a affirmé vendredi que l’arrêt des activités du CN empêche l’approvisionnement des succursales dans le centre et l’est du Canada, ce qui pourrait affecter les clients « qui dépendent du propane pour chauffer et alimenter en énergie leurs résidences et entreprises, y compris de nombreux services essentiels tels que les hôpitaux et maisons de retraite ».

En raison de l’arrêt du transport ferroviaire à l’est de Toronto, « nous serons bientôt dans l’incapacité de maintenir notre rendement », a indiqué l’entreprise dans un communiqué.

Un certain nombre de voix se sont élevées au cours des derniers jours pour exprimer des craintes par rapport à la situation.

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec, la Chambre de commerce du Canada et l’Association québécoise du propane ont tour à tour affiché leur espoir de voir un règlement rapide à la situation.

L’arrêt du CN a eu pour effet de forcer Via Rail à suspendre, jeudi après-midi, ses propres activités. Les passagers se sont rués vers d’autres moyens, dont l’autobus. Chez Keolis, on a ajouté 12 voyages supplémentaires sur le tracé Montréal-Québec jeudi et 22 voyages supplémentaires vendredi.

La compagnie travaille également avec des sociétés partenaires pour augmenter sa capacité, au besoin.