Lourde perte pour Bombardier en 2019

Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare

Bombardier a comptabilisé une lourde perte au terme d’un exercice financier 2019 marqué par une utilisation sensible des flux de trésorerie disponibles. L’entreprise a reconfirmé l’accélération de la phase de désendettement, ne disant mot quant aux rumeurs plaçant la française Alstom dans un rôle d’acheteur de Bombardier Transport.

Dans l’attente de la suite des choses, l’action classe B de Bombardier a avancé de 10 ¢, ou de 6,4 %, jeudi pour terminer la séance à 1,67 $, conférant à l’entreprise une capitalisation boursière légèrement sous les 4 milliards de dollars.

L’annonce des résultats financiers était attendue après l’avertissement, le 16 janvier dernier, d’une révision à la baisse de ses prévisions financières pour 2019, plombées notamment par les difficultés rencontrées dans la division Transport. Bombardier a comptabilisé des revenus consolidés de 15,8 milliards $US, en baisse de 3 % par rapport à 2018. Au final, le résultat net prend la forme d’une perte de 1,61 milliard, ou de 76 ¢ l’action, contre un bénéfice de 318 millions, ou de 9 ¢ l’action, l’écart comprenant notamment une charge de dépréciation de 1,6 milliard liée à son investissement dans la Société en commandite Airbus Canada (SCAC). Le résultat net ajusté fait ressortir une perte de 396 millions, ou de 25 ¢ par action, contre un bénéfice de 438 millions, ou 14 ¢ l’action en 2018.

1,61 G$
C’est le montant net de la perte affichée par Bombardier en 2019.

Par segment, les revenus dans le secteur aviation ont progressé de 2 %, à 7,5 milliards, alors que ceux en transport ont reculé de 7 %, à 8,23 milliards. Dans ce second segment, la division « Transport a poursuivi son redressement en réalignant la production et en révisant certains calendriers de livraison de projets […] Les coûts plus élevés que prévu pour mettre en oeuvre ces initiatives et pour soutenir les projets en redressement et en voie d’achèvement […] ont entraîné une baisse des résultats et des flux de trésorerie disponibles du secteur », a souligné l’entreprise. Il en a résulté des « modifications des estimations de coûts de plus de 500 millions » incluses dans les résultats de 2019.

La Caisse de dépôt a injecté 1,5 milliard dans ce secteur d’activité en contrepartie d’une participation initiale de 30 % dans BT Holdco assortie d’un rendement et de cibles de performance. Cette cible n’ayant pas été atteinte, la participation de la Caisse passe à 32,5 %. De plus, « le taux du droit à un rendement préférentiel en matière de liquidation de ses actions sera augmenté, passant de 9,5 % à 12 % » pour la période de 12 mois débutant le 12 février.

Liquidités

Au chapitre des liquidités, autre point sensible de Bombardier, les données de 2019 font ressortir une utilisation des flux de trésorerie disponibles de 1,2 milliard, contre un excédent de 182 millions en 2018. « L’utilisation plus élevée que prévu a découlé des investissements additionnels réalisés pour soutenir des projets ferroviaires complexes et pallier le report de livraisons, surtout au transport. »

Ces flux de trésorerie disponibles devraient être positifs en 2020, estime Bombardier. « La vente de notre participation dans SCAC, combinée avec les cessions aéronautiques antérieurement annoncées, générera plus de 1,6 milliard en trésorerie et éliminera près de 2 milliards de passif et d’engagements futurs. Les liquidités demeurent solides, avec une encaisse pro forma de plus de 4 milliards et des liquidités de 5,5 milliards. »

Coiffant néanmoins une dette de 9,3 milliards, Bombardier continue ainsi à examiner toutes ses options restantes qui lui permettraient notamment d’accélérer le désendettement et de rembourser la dette. « Ce processus se poursuit, même si l’entreprise n’a pas l’intention de fournir d’autres mises à jour pour le moment », écrit-elle.

Commande d’A220 pour Airbus

Airbus a essuyé une perte nette en 2019 liée à des amendes dans une affaire de corruption et une nouvelle charge pour l’avion de transport militaire A400M. Ses ventes se sont établies à 70,5 milliards d’euros, en hausse de 11 %. Pourtant, l’avionneur a annoncé une perte nette de 1,36 milliard d’euros pour 2019, plombé par 5,6 milliards de dollars de charges exceptionnelles. En excluant ces éléments, le bénéfice d’exploitation ajusté atteint 6,9 milliards. Face à Boeing englué dans la crise du 737 MAX, Airbus a repris en 2019 la couronne de premier avionneur civil mondial avec un carnet de commandes de 7725 appareils à la fin de janvier.

Dans le cadre de la montée en cadence de la production d’A220, qui nécessite des investissements notamment pour une nouvelle chaîne d’assemblage final à Mobile, l’avionneur a annoncé la signature d’un protocole d’accord avec la nigériane Green Africa Airways pour la vente de 50 A220-300, pour un montant de 4,6 milliards de dollars au prix catalogue. Depuis qu’Airbus est dans le programme, en juillet 2018, les commandes ont grimpé de 64 % et s’élèvent à 658 appareils à fin de janvier.

Agence France-Presse