Bombardier: l’investissement de Québec a fondu de 600 millions

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon

La valeur de l’investissement de Québec dans le programme A220 de Bombardier (anciennement la CSeries) a fondu de 600 millions de dollars, a annoncé jeudi matin le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Cette évaluation ponctuelle — un « polaroïd » selon le ministre — sera revue à la hausse ou à la baisse lorsque Québec se retirera de l’aventure en 2026, en vertu du rachat de sa participation qu’il a négocié avec Airbus.

« Cette clause [de rachat] remplace une option d’achat qui était valide, dans l’ancienne transaction, à partir du 30 juin 2023, a expliqué le ministre en conférence de presse. Ce report dans le temps permet d’espérer un rachat à une meilleure valeur, considérant l’évolution et la croissance du programme. »

D’ici là, « on va tout faire pour essayer que ce projet-là soit un succès », a assuré le premier ministre François Legault. « On espère que la perte de 600 millions, on [puisse en] récupérer une partie d’ici 2026 », a-t-il déclaré.

En 2015, Québec a injecté 1,3 milliard dans le programme A220 de Bombardier. Jeudi, il a fait passer sa participation de 15 à 25 %, et ce, en ne mettant « aucun sou », « zéro cash », a souligné le ministre Fitzgibbon. La participation d’Airbus atteint donc 75 % d’ici le rachat de la participation de Québec par le groupe français, en 2026.

Des emplois maintenus

« Je pense qu’on a une bonne transaction, s’est félicité François Legault. Je voulais que les Québécois n’investissent aucun sou de plus, mais gardent les 3300 emplois [en aéronautique] ».

À ce sujet, le ministre Fitzgibbon a dit avoir obtenu « des garanties verbales ». Dans les 20 conversations qu’il a eues dans le dernier mois avec le président d’Airbus, Guillaume Faury, « le sujet numéro un » était « non seulement le maintien des emplois, mais la croissance », a-t-il fait valoir.

À son avis, il semble « assez clair » que les emplois seront maintenus. « L’expertise du A220 n’est pas à Toulouse, elle n’est pas à Hambourg, elle est ici », a-t-il déclaré.

Encore, le ministre estime que « 300, 400 » emplois supplémentaires pourraient être créés, puisque les installations de Mirabel sont en mesure de faire passer leur production de 50 à 185 avions annuellement.

Le PLQ montré du doigt

François Legault n’a par ailleurs pas manqué l’occasion de rappeler qu’à son avis, l’ex-gouvernement libéral a fait une erreur en investissant 1,3 milliard dans Bombardier en 2015. « On était d’accord pour sauver la série C, mais la transaction a été mal structurée par les libéraux et Dominique Anglade », a-t-il lancé.

L’élu libéral et ex-ministre des Finances Carlos Leitão a défendu cette décision. « Ce que Bombardier voulait [en 2015], c’était des liquidités pour poursuivre le travail de certification de l’avion de la CSeries et pour l’amener au marché », a-t-il rappelé. « Si on avait […] investi directement dans Bombardier Transport, on n’aurait pas eu notre mot à dire, on n’aura pas eu le contrôle du conseil d’administration, on aurait zéro influence dans ce dossier-là. »

En vertu de la transaction annoncée jeudi, « le secteur aéronautique basé à Montréal demeure aussi dynamique qu’il était, et même meilleur, parce que l’A220 a un carnet de commandes bien rempli », a-t-il affirmé. « Si on n’avait pas fait ça [le prêt en 2015], l’avion n’aurait pas été certifié, il n’aurait jamais volé. »

Bombardier doit s’expliquer

Son collègue, le chef intérimaire libéral Pierre Arcand, s’est néanmoins désolé de voir Bombardier quitter la famille d’avions A220. « M. Legault, qu’est-ce qu’il fait pour la protection de nos sièges sociaux actuellement ? Ce à quoi on assiste, c’est au démantèlement de Bombardier », a-t-il lancé.

L’élu solidaire Vincent Marissal a dit de l’annonce de jeudi qu’elle constituait « le moins pire de tous les mauvais scénarios ». Il a une fois de plus demandé des explications à Bombardier afin de comprendre « où est allé l’argent » qu’Investissement Québec lui a confié. Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a aussi demandé une « autopsie » de l’investissement fait par Québec. « On a un certain nombre d’assurances, mais ce n’est pas sans pensée pour le fleuron de Bombardier qui perd des pièces. Et une pensée toute particulière pour les travailleurs et travailleuses de La Pocatière, qui attendent toujours de connaître leur sort », a-t-il déclaré.

Bombardier Transport encore dans l’attente

Les rumeurs entourant l’acquisition de la division ferroviaire de Bombardier par le groupe français Alstom ne sont restées que cela — des rumeurs — jeudi, pendant que les employés de l’usine de Bombardier à La Pocatière retenaient leur souffle. « Il n’y a pas de transaction pour l’instant qui est finalisée », a souligné le premier ministre Legault. « Mais notre objectif est toujours le même : protéger les 1000 emplois qu’on a actuellement au Québec et surtout, surtout, surtout, protéger le développement futur. » Les trains, les tramways et les métros, « c’est l’avenir », a-t-il insisté. Son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a parlé d’une « business fondamentalement européenne », mais aussi d’un marché « exponentiel » en Amérique du Nord ; « humongous » en anglais. À son avis, les contrats pour la construction de trains connaîtront une importante croissance au cours des dix ou quinze prochaines années. « Et j’ai confiance : l’expertise que nous avons au Québec, aujourd’hui sous Bombardier, demain avec quiconque sera là, nous nous en servirons », a-t-il déclaré.