La demande de pétrole sera minée par le coronavirus en 2020, dit l’OPEP

Le secteur du transport aérien est fortement touché par l’épidémie de coronavirus.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Le secteur du transport aérien est fortement touché par l’épidémie de coronavirus.

L’OPEP a fortement revu à la baisse, de 19 %, mercredi, sa prévision de croissance de la demande mondiale de pétrole brut cette année à cause de l’épidémie du nouveau coronavirus et de son impact sur la Chine.

« L’impact de l’épidémie de coronavirus sur l’économie chinoise a ajouté aux incertitudes concernant la croissance économique globale en 2020 et par extension sur la croissance mondiale de la demande de pétrole en 2020 », indique l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) dans son rapport mensuel. Elle prévoit désormais une croissance de la demande de 0,99 million de barils par jour (mb/j) cette année, prévision fortement revue à la baisse de 0,23 mb/j par rapport aux précédentes estimations du mois dernier.

En Chine, « les carburants pour le transport, notamment l’aviation, devraient être touchés au premier semestre 2020 », note l’OPEP. L’impact a été exacerbé par la coïncidence de l’épidémie avec la période du Nouvel An chinois, durant lequel les Chinois se déplacent habituellement pour retrouver leur famille ou voyager à l’étranger. Les carburants avaient justement représenté une composante majeure de la croissance de la demande chinoise ces dernières années, remarque l’OPEP.

De plus, en accentuant le recul du prix du pétrole, l’épidémie menace les économies du Golfe, dont la Chine est un des principaux partenaires commerciaux, qui luttaient déjà pour soutenir les cours et sortir de leur dépendance à l’or noir.

La Chine, qui absorbe un cinquième de la production pétrolière des six nations du Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis), a réduit la cadence de ses raffineries et vu sa demande et ses importations de pétrole baisser face au confinement de facto imposé à des villes chinoises de plusieurs millions d’habitants.

Lundi, les cours du pétrole ont atteint leur plus bas niveau depuis un an, la Chine représentant plus d’un tiers de la croissance de la demande mondiale. Depuis début janvier, les deux barils de référence ont perdu environ 20 %.

Selon Bill Farren-Price, de Petroleum Policy Intelligence, « le virus aura un impact important sur la demande de pétrole chinoise » et « si les confinements continuent au deuxième trimestre […] les conséquences sur l’économie réelle seront plus profondes ».

Les échanges de produits non pétroliers entre Pékin et le Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont explosé en 20 ans, passant de quelques milliards de dollars à près de 200 milliards. La Chine a par ailleurs massivement investi dans les pays du Golfe, et les fonds souverains de ces derniers lui ont rendu la pareille.

Tourisme

Si les répercussions de l’épidémie, qui a fait plus de 1100 morts depuis décembre, ne se font pas encore sentir sur les investissements, le secteur du tourisme a commencé à en pâtir. Plus de 1,6 million de touristes chinois se sont rendus dans le Golfe en 2018, la majorité à Dubaï qui espère dépasser le million en 2020. Mais la plupart des vols en provenance de la Chine ayant été suspendu, les objectifs de la cité-État pourraient être revus à la baisse.

Dans le Golfe, dont les recettes dépendent à plus de 70 % de l’or noir, les répercussions de l’épidémie ne font qu’ajouter aux perspectives moroses si des réformes ne sont pas engagées pour accélérer la diversification de l’économie. Les revenus pétroliers peuvent permettre aux pays du CGG d’investir dans d’autres secteurs. Le FMI a publié la semaine dernière un rapport dans lequel il avertit le CCG que sa richesse financière (plus de 2000 milliards de dollars) pourrait s’épuiser d’ici 15 ans.

La chute des prix du pétrole de 2014 avait déjà mis à mal les finances des pays du CCG, les forçant à emprunter et à puiser dans leurs actifs pour combler leur déficit budgétaire persistant.