Analyse: Bombardier au bout du chemin

L'usine de Bombardier Transport, à La Pocatière. Au Québec, les activités de transport terrestre représentent un millier d'emplois.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L'usine de Bombardier Transport, à La Pocatière. Au Québec, les activités de transport terrestre représentent un millier d'emplois.

Bombardier fera le portrait jeudi d’une santé financière qui devrait décevoir les investisseurs, prédit un analyste. N’empêche, il devrait ressortir du dévoilement des résultats financiers des « nouvelles positives » pour le Québec, a ébruité Pierre Fitzgibbon en mêlée de presse mercredi. Que déduire de cette petite « indiscrétion » du ministre de l’Économie ?

Sauvegarde des emplois et protection du milliard de dollars américains investis par Québec dans l’aventure du CSeries étaient les objectifs du ministre Fitzgibbon dans le cadre de ce énième processus de restructuration engagé par Bombardier. Sur cette base, le reportage du média français BFM Business citant des sources plaçant Alstom dans une position d’acheteur de Bombardier Transport (BT) prend tout son sens. Une éventualité qu’avait également soulevée l’agence Bloomberg à la fin de janvier.

Selon la réaction du ministre, on comprendrait ainsi que la division des avions d’affaires, qui procure quelque 13 000 emplois au Québec contre un millier pour les activités de transport terrestre, ne ferait pas partie de l’opération de délestage menée par Bombardier pour alléger une dette de plus de 9 milliards $US. On comprendrait aussi que les activités québécoises de BT se trouveraient, en définitive, pérenniser dans ce scénario prévoyant que la Caisse de dépôt, actionnaire à 30 % de BT, recevrait en contrepartie des actions d’Alstom, pour devenir le deuxième actionnaire en importance du groupe français, selon BFM.

Quant à l’autre dimension de l’opération, soit l’investissement public dans la Société en commandite Airbus Canada (SCAC)… les dernières déclarations du gouvernement indiquant que Québec n’injectera pas de nouveaux fonds dans le programme A220 laissent entendre que, tout au plus, on misera sur le potentiel commercial de l’appareil au prix d’une dilution de sa participation de quelque 16 %. Quoique l’entente initiale prévoie qu’Investissement Québec bénéficie d’un droit de sortie conjointe en cas de cession par Bombardier de sa participation dans le partenariat, peut-on lire. Une cession à Airbus que semble privilégier Bombardier, selon le Wall Street Journal.

Pour l’actionnaire

Pour l’actionnaire, si tout cela se confirme jeudi et si l’on fait fi des rumeurs ayant prêté à Bombardier l’intention de vendre sa division Avions d’affaires à l’américaine Textron, la « multinationale » québécoise deviendra, en définitive, un fabricant d’avions d’affaires oeuvrant dans une industrie hautement cyclique. Cela, en supposant que la vente de BT à Alstom soit suffisante pour permettre à Bombardier de surmonter ses problèmes d’endettement, de financement et de fonds autogénérés.

D’entrée de jeu, l’analyste Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, affirme qu’une transaction impliquant Textron serait difficile et peu optimale en raison d’un haut taux de duplication des activités respectives. Pour BT, il accole une valeur de 4,9 milliards $US à cet actif et chiffre à 2,5 milliards ce qui reviendrait à Bombardier pour se participation de 70 %. Il estime également que Bombardier n’obtiendrait aucune contrepartie de la cession de sa participation de quelque 34 % dans SCAC, sauf le délestage de son engagement restant d’injecter 350 millions $US sur deux ans dans le programme.

Cette évaluation est tributaire du poids accordé aux déficits actuariels dans les régimes de pension et à l’ampleur des ajustements à apporter relatifs à certains gros contrats ferroviaires et aux pénalités pour retard afférentes. Elle s’appuie également sur des préoccupations réglementaires liées à la concurrence en Europe, avec Bombardier comptant une soixantaine de sites de production dans le monde. Les médias européens évaluent toutefois que, contrairement à la fusion Alstom-Siemens rejetée l’an dernier après avoir alimenté la polémique, la Commission européenne exigera cette fois d’Alstom la vente d’actifs là où il y a atteinte à la concurrence sur les marchés intérieurs.

L’évaluation reflétera toutefois aussi le besoin d’Alstom d’accroître sa masse critique dans l’objectif de contrer l’offensive du géant chinois CRRC et de la japonaise Hitachi et de devancer Siemens dans un contexte de consolidation dans l’industrie.

Benoit Poirier ajoute dans son analyse qu’il portera son attention dans les résultats annoncés jeudi sur les flux de trésorerie disponibles que projettera Bombardier pour 2020, dont on prévoit qu’ils oscilleront entre 90 millions et 104 millions $US. Et l’analyste ne peut s’empêcher de croire que les investisseurs seront déçus par ce qui leur sera présenté.