Investir en harmonie avec ses valeurs

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Depuis quelques années, les options responsables dans des produits comme les Fonds communs de placement, les fonds négociés en bourse ou les obligations vertes se sont multipliées.
Photo: Getty Images Depuis quelques années, les options responsables dans des produits comme les Fonds communs de placement, les fonds négociés en bourse ou les obligations vertes se sont multipliées.

Ce texte fait partie du cahier spécial REER

L’investissement socialement responsable (ISR) ne se limite pas à exclure les pétrolières. Il vise à choisir ses investissements en fonction de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

Cette définition vaut pour les grands joueurs institutionnels comme la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), autant que pour les individus qui cotisent à leurs REER ou à leurs CELI. Traditionnellement, les investisseurs n’avaient d’yeux que pour les bilans financiers d’une entreprise dans laquelle ils envisageaient de placer leur argent. On analysait par exemple les revenus, les frais d’exploitation et l’endettement pour évaluer les perspectives de rendement et le niveau de risque.

De crises en catastrophes

Cependant, certaines crises ont donné de l’importance à des critères de nature plus sociale ou environnementale. Dans les années 1960, par exemple, des militants américains ont lancé aux États-Unis un mouvement de désinvestissement de l’Afrique du Sud, visant à mettre fin à l’apartheid. Les entreprises actives dans ce pays se sont vues menacées d’abandon par plusieurs de leurs grands investisseurs et un bon nombre, dont IBM et General Motors, y ont cessé leurs activités. Le gigantesque déversement de pétrole en Alaska de 1989, causé par le naufrage d’un navire pétrolier d’Exxon Valdez, constitue un tournant dans la montée des critères ESG. En réaction à cet événement, un groupe d’investisseurs s’est coalisé avec des organisations environnementales, pour à terme établir le Global Reporting Initiative, devenu le standard en reddition de compte des critères ESG.

« Les catastrophes et les crises ont souvent donné de l’élan à l’investissement responsable », souligne l’experte en finance durable Rosalie Vendette, ex-leader de pratique ESG au Mouvement Desjardins devenue consultante indépendante. En 2000, les Nations unies ont invité les dirigeants d’entreprises à s’engager dans le Pacte mondial et à intégrer les facteurs ESG dans leur gestion. Le Pacte compte aujourd’hui plus de 13 000 signataires dans plus de 170 pays. Près de 3000 investisseurs institutionnels, dont la CDPQ, Desjardins et le Fonds de solidarité de la FTQ, ont aussi signé les Principes pour l’investissement responsable, une initiative de l’ONU lancée en 2006.

Des approches très diverses

« Depuis quelques années, les options responsables dans des produits comme les Fonds communs de placement, les fonds négociés en bourse ou les obligations vertes se sont multipliées », indique Lyne Larochelle, représentante en épargne collective chez Investia Services financiers. Pourtant, des investisseurs sont parfois étonnés de voir les titres boursiers qui s’y trouvent. Surtout lorsqu’un fonds qui s’affiche comme « responsable » ou même « vert » place une partie de ses actifs dans des compagnies pétrolières.

« Les gens qui débutent en investissement responsable croient que cela se limite à exclure des secteurs ou des entreprises, mais les approches sont beaucoup plus diverses que cela », souligne Dustyn Lanz, chef de la direction de l’Association pour l’investissement responsable (AIR).

Rosalie Vendette explique qu’il existe au moins six approches. La plus connue reste celle du filtrage négatif, qui exclut des secteurs ou des entreprises. Le tabac, les armes à feu et, plus récemment, les énergies fossiles sont le plus souvent visés. On peut aussi filtrer positivement et investir dans les meilleurs élèves d’un secteur. Par exemple, on peut opter pour la pétrolière qui s’efforce le plus d’améliorer son bilan environnemental et social. Certains gestionnaires tiennent compte des facteurs ESG, mais en les incluant parmi d’autres informations financières. D’autres respectent une thématique, comme les technologies propres ou la diversité de genre. Enfin, l’investissement d’impact vise à sélectionner des titres dont les retombées positives sur le plan social ou environnemental peuvent être adéquatement mesurées.

La sixième approche se produit en aval, lorsque les gestionnaires de fonds ont investi dans une entreprise. Ils peuvent ensuite s’engager en tant qu’actionnaires et faire pression auprès d’une entreprise pour qu’elle modifie certains aspects de sa gestion ou de ses opérations, afin de devenir plus responsable.

Lyne Larochelle conseille donc de bien étudier un produit pour s’assurer qu’il correspond à nos valeurs. « Il est important de savoir qu’on peut avoir un réel impact environnemental et social en faisant attention à nos choix d’investissement, souligne-t-elle. Collectivement, nos investissements nous donnent un vrai pouvoir. » 

L’investissement responsable en chiffres

50,6 %

C’est, au Canada, la part des actifs sous gestion qui peuvent être qualifiés d’investissements responsables, pour une valeur de 2132 milliards de dollars sur un total de 4213 milliards de dollars d’ASG.

31 000 milliards $

Le montant, en 2018, des actifs en investissement durable dans les cinq principaux marchés(États-Unis, Europe, Japon, Canada, Australie–Nouvelle-Zélande), soit une augmentation de 34 % en deux ans.

69

Il s’agit du nombre de fonds communs de placement (FCP) d’investissement responsable qu’offrent au total 16 sociétés que l’on trouve sur le marché alors que 10 autres sociétés offrent 23 fonds négociés en Bourse (FNB) d’investissement responsable.

12 milliards $

Voilà ce qu’ont totalisé les FCP responsables du côté des investisseurs individuels, au Canada, en 2019, soit 0,7 % du total de l’actif de ces produits. Les FNB du même type représentaient 654 millions de dollars, soit 0,3 % au total.

72 %

C’est la part des investisseurs individuels canadiens en 2019 qui ont répondu au sondage annuel de l’AIR ayant exprimé de l’intérêt envers cette forme d’investissement, mais la même proportion admettait la connaître peu ou pas du tout.

Sources : AIR, Global Sustainable Investment Alliance, Institut des fonds d’investissement du Canada