Des mythes à déboulonner

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Contrairement à la croyance populaire, l'investissement socialement responsable n'exclut pas d'office le secteur pétrolier. 
Photo: Getty Images Contrairement à la croyance populaire, l'investissement socialement responsable n'exclut pas d'office le secteur pétrolier. 

Ce texte fait partie du cahier spécial REER

De nombreuses idées reçues circulent encore au sujet de l’investissement responsable.​
 

Les produits ISR affichent un moins bon rendement que les produits classiques

Faux

En 2015, une méta-analyse de Deutsche Asset Management et l’Université de Hambourg disséquait les conclusions de 2200 études menées sur divers marchés depuis les années 1970. Dans 90 % des cas, la performance des entreprises qui misent sur des critères ESG est la même ou meilleure que celle des sociétés qui n’en ont pas. Autre exemple : l’indice boursier Jantzi Social Index (JSI), qui suit 50 compagnies canadiennes jugées responsables, a généré un rendement annualisé de 6,53 % depuis sa création en 2000. C’est comparable à ceux du S & P / TSX Composite (6,32 %) et du S & P / TSX 60 (6,36 %).

Les frais sont toujours plus élevés pour les produits ISR

Faux

Les frais de gestion pour les produits d’investissement responsable ressemblent à ceux des produits classiques. Du côté de Desjardins, par exemple, le ratio de frais de gestion pour les fonds d’actions canadiennes classiques évolue entre 2,14 % et 2,39 %. Il est de 2,26 % pour le Fonds SociéTerre Actions canadiennes. Chez RBC, le Fonds équilibré Vision RBC (produit responsable) est de 2,06 %, contre 2,11 % pour le Fonds équilibré classique. La situation diffère un peu du côté des fonds négociés en Bourse (FNB) offerts par les conseillers robots. Par exemple, Wealthsimple facture les mêmes frais de gestion sur ses portefeuilles responsables que sur les autres, mais les gestionnaires de ces FNB, eux, coûtent légèrement plus cher (entre 0,15 % et 0,2 % de plus). C’est l’investisseur qui paie ces frais. Toutefois, cela reste loin des frais des fonds communs, qui dépassent généralement 2 %.

On ne trouve jamais de pétrolières dans les produits ISR

Faux

Certains produits, comme le REER sans pétrolière de la Caisse d’économie solidaire et le REER du Fonds de travailleurs Fondaction CSN, excluent d’office le pétrole, mais ce genre de filtre négatif ne constitue pas la norme. Certains offrent des produits thématiques qui vous assurent de ne pas investir dans l’or noir, tel le Fonds Desjardins SociéTerre Technologies propres. Ce type de fonds concentre toutefois votre investissement dans un seul secteur (ici, les technologies propres).

L’ISR, c’est seulement une question d’écologie

Faux

L’investissement responsable repose sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Les gestionnaires sont libres de les appliquer comme bon leur semble lorsqu’ils composent un fonds. Ils peuvent donc exclure ou inclure les énergies fossiles ou d’autres produits, porter une attention particulière à la gouvernance, au traitement des travailleurs, ou encore aux répercussions dans une communauté. Certains fonds visent des thèmes très précis. Le fonds commun de placement BMO leadership féminin, par exemple, investit principalement dans les entreprises nord-américaines qui favorisent la mixité au sein de leur équipe de direction.

L’ISR, ce n’est que pour les actions

Faux

On trouve aussi de plus en plus d’obligations vertes publiques et privées. Épargne Placements Québec en offre d’une durée de cinq ans à 2,6 % par année. Le gouvernement garantit ces titres. Il est toutefois impossible de reprendre son argent avant l’échéance. Desjardins propose un Fonds SociéTerre Obligations gouvernementales qui se spécialise dans les obligations vertes émises par des États, des banques de développement et des entreprises.