Suspense autour de Bombardier

La division aéronautique ne serait pas vendue.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne La division aéronautique ne serait pas vendue.

Après des semaines de spéculations et d’hypothèses tant dans la classe politique qu’au sein de la population, tous les regards seront tournés vers Bombardier jeudi matin, la diffusion de ses états financiers permettant de faire le point dans la foulée des informations selon lesquelles Alstom prépare une offre pour la division des trains et des systèmes de métro.

La compagnie, qui cherche des moyens de réduire sa dette de 9,3 milliards $US, aura des « bonnes nouvelles » à annoncer, a signalé mercredi le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, sans toutefois révéler la nature de ce qui sera dévoilé. Quelques heures plus tôt, le média français BFM Business avait rapporté qu’Alstom présentera bientôt une offre pour la division Transport, mais qu’il souhaite d’abord prendre connaissance du portrait financier.

Sur la foi de plusieurs sources, BFM a écrit que le conseil d’administration de la société française Alstom, à la fois concurrente de Bombardier et partenaire dans certains projets, se réunira en fin de semaine pour mettre la touche finale à une proposition. La majeure partie des employés de Bombardier Transport sont en Europe. On en compte environ 1000 au Québec, comparativement à 13 000 dans les avions d’affaires.

Alstom aurait déposé une première offre non contraignante d’environ 7 milliards au cours des pourparlers, a ajouté le média français, selon lequel Bombardier recevrait de l’argent comptant tandis que la Caisse de dépôt et placement, actionnaire à 30 % dans la division Transport, recevrait des actions d’Alstom. Le prix de la deuxième offre serait plus bas, mais la proposition serait ferme, selon BFM.

Un quotidien allemand, Handelsblatt, indiquait mercredi soir que l’achat au coût de 10 milliards serait annoncé jeudi.

Bombardier n’a pas voulu commenter ces informations, tout comme Alstom. À la Bourse de Toronto, le cours du titre de Bombardier a grimpé de 10,5 %, à 1,57 $.

 

Examen des options

Le conseil d’administration de Bombardier s’est réuni hier, un exercice de routine qui précède la publication des états financiers. Mais la compagnie a récemment indiqué qu’elle étudie ses « options stratégiques » afin de réduire sa dette, attribuable en majeure partie au dépassement de coûts et aux retards dans le développement du programme CSeries il y a quelques années. Le conseil d’Alstom devait se réunir mercredi soir, selon Reuters.

Invité à faire le point, le ministre Fitzgibbon a affirmé mercredi qu’il avait « toute l’information », mais qu’il n’était « pas à l’aise d’en parler ». Au cours des dernières semaines, M. Fitzgibbon, qui suit le dossier de très près en raison de la somme de 1 milliard $US qu’Investissement Québec a injectée dans le programme CSeries en 2016, a souvent répété que l’objectif est de maintenir les emplois au Québec. « Je pense que c’est du positif, mais on va laisser Bombardier faire les annonces. »

Selon Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d’étude en management des entreprises de l’aéronautique à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, l’annonce portera visiblement sur la division Transport, mais aussi sur le rachat, par Airbus, de la participation de Bombardier dans le programme A220.

« On ne sait pas ce qui va se passer demain [jeudi] », a affirmé le président du syndicat des employés de l’usine de Bombardier à La Pocatière, Claude Michaud. Le complexe compte 364 employés, dont 205 syndiqués. On y assemble présentement des voitures Azur pour le métro de Montréal, un contrat qui assure du travail jusqu’en 2021. Si Alstom faisait l’acquisition de Bombardier Transport, quelle en serait l’incidence pour l’usine ? « Aucune idée. Je ne peux pas spéculer, que ce soit Alstom ou d’autres compagnies. Présentement, on est avec Bombardier. »

L’enjeu de la dette

Après avoir cédé le programme CSeries à Airbus en 2018, Bombardier a concentré ses efforts sur les avions d’affaires et le matériel roulant, mais la compagnie ne cache pas qu’elle cherche à réduire sa dette.

Bombardier n’a aucun paiement à faire pour le moment, mais une tranche de dette de 1,5 milliard vient à échéance en 2021. Outre la dette de 9,3 milliards $US, le bilan de Bombardier au troisième trimestre de 2019 montre des emprunts à court terme de 518 millions $US liés à Bombardier Transport.

Un prix de 7 milliards $US pour la division semble élevé, a estimé un analyste de Valeurs mobilières Desjardins, Benoit Poirier. Il mise plutôt sur 4,9 milliards $US, ou 2,5 milliards $US si l’on soustrait le bloc détenu par la Caisse de dépôt. Par ailleurs, « nous nous attendons à ce qu’une transaction impliquant le matériel roulant soit soumise à l’examen des autorités en matière de concurrence, ce qui pourrait retarder l’aboutissement de la transaction ».
 

Les nouvelles informations concernant Alstom sont survenues une semaine après celles du Wall Street Journal selon lesquelles Bombardier discutait de ses avions d’affaires avec Textron, qui fabrique les Beechcraft et les Cessna.


Avec Marco Bélair-Cirino

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 13 février 2020 04 h 12

    Une grenouille

    Il semble que Bombardier n'était qu'une grenouille géante voulant devenir un boeuf géant. La voilà qui dégonfle. Et Boeing serait le boeuf géant qui «bull....».