Il faudra réduire l’empreinte carbone des portefeuilles encore plus, selon le Fonds FTQ

Le président-directeur général du Fonds de solidarité FTQ, Gaétan Morin
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le président-directeur général du Fonds de solidarité FTQ, Gaétan Morin

Un an et demi après avoir annoncé son désir de réduire l’empreinte carbone de ses placements en Bourse de 25 % d’ici 2025, le Fonds de solidarité FTQ estime que sa cible doit être revue et sa direction travaille présentement sur un plan pour la suite des choses.

« Vingt-cinq pour cent, on s’entend, ce n’est pas assez, il faut aller au-delà de ça », a dit le p.-d.g. du Fonds, Gaétan Morin, en marge d’une allocution au Cercle canadien de Montréal.

En septembre 2019, le Fonds FTQ a dit qu’il avait jusque-là diminué l’empreinte de ses placements de 14 %, grâce à la création d’un nouvel indice boursier constitué d’entreprises sobres en carbone et répondant à des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Il a intégré 1,4 milliard de dollars à l’indice, une opération qui s’est également traduite par la vente de titres de sociétés à intensité carbone forte, entre autres dans le secteur du charbon thermique.

« Ces semaines-ci, on est en train de réfléchir à la manière permettant d’aller plus loin que la cible de 2025. On y est déjà, on le planifie déjà », a dit M. Morin. « On va continuer à faire des choix, on a commencé il y a deux ou trois ans. On va continuer à faire ces choix-là, de façon ordonnée, de façon consciente par rapport au rendement et au risque que ça donne à nos actionnaires. »

La Caisse de dépôt et placement du Québec a elle aussi lancé ce genre d’opération. L’institution vise une baisse de 25 % de l’empreinte carbone pour chaque dollar investi, avec le même horizon de 2025.

Créé au début des années 1980 pour soutenir les entreprises québécoises, aux prises avec une crise économique majeure, le Fonds de solidarité FTQ comptait au 30 novembre 2019 un actif net de 16,7 milliards, un peu plus de 3100 entreprises « partenaires » et plus de 700 000 actionnaires, qui reçoivent un crédit d’impôt lorsqu’ils investissent. En 2019, l’organisation a investi environ 1,2 milliard de dollars, un sommet. Dans les années 2020, la moyenne annuelle de ce que le Fonds prévoit « déployer dans l’économie » se chiffrera à un milliard, selon M. Morin.

En marge de ses investissements dans des sociétés inscrites en Bourse, le Fonds a commencé l’an dernier à accompagner des entreprises partenaires privées qui souhaitent améliorer leurs opérations sur le plan environnemental. L’intensité carbone de ces placements « est déjà plus faible que celle de nos investissements dans les entreprises cotées en Bourse », a indiqué M. Morin dans son discours. Ce type de travail « sur le terrain », que l’on retrouve aussi chez un autre fonds de travailleurs, Fondaction (CSN), permet d’analyser les activités et de trouver des pistes d’amélioration.

 
25 %
C’est la baisse de l’empreinte pour chaque dollar investi visée par la Caisse de dépôt et placement du Québec, à l’horizon de 2025.

Bombardier

Invité à dire si le Fonds FTQ a une opinion sur ce que Bombardier — dont le Fonds est actionnaire — devrait faire ou vendre pour redresser sa situation financière, M. Morin a dit qu’« on n’a pas de préférence là-dessus ». « On va laisser agir la haute direction de Bombardier et son conseil d’administration, qui auront tous les éléments en main pour pouvoir prendre une bonne décision, si décision il y a. On verra. »

« Bombardier, c’est une capitalisation énorme, ce sont des besoins énormes. Oui, on est grands, on a beaucoup d’actifs, mais c’est à coup de centaines de millions de dollars qu’il faut injecter », a dit M. Morin, selon lequel « c’est au-delà de nos moyens, malheureusement, et je dis ça avec un pincement au coeur ». Le placement du Fonds FTQ dans Bombardier se chiffre à 87,5 millions. La valeur boursière de l’ensemble des actions ordinaires, à la Bourse de Toronto, est de 3,2 milliards.

Pendant la dernière crise financière, a dit M. Morin, le Fonds FTQ s’est allié à d’autres institutions pour garantir l’accès de Bombardier à du crédit à court terme.