Fitzgibbon demande une reddition de compte à Bombardier

Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, en compagnie du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, en compagnie du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon

Bombardier devra expliquer ce qu’elle a fait avec l’argent des Québécois, selon le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, mais pas devant les élus de l’Assemblée nationale. Il a ainsi répondu partiellement mercredi à la demande du député de Québec solidaire, Vincent Marissal, qui réclamait une commission parlementaire.

« M. le Président, la revendication du député de Rosemont est justifiée, a-t-il reconnu durant la période des questions. Je pense qu’effectivement le gouvernement a mis un milliard [de dollars US] dans la CSeries, le gouvernement a mis — via la Caisse de dépôt — deux milliards dans le service ferroviaire de Bombardier. Je pense qu’à juste titre il faut comprendre où est allé l’argent, il faut comprendre ce qui s’est passé. » Il a par la suite souligné que cette reddition de compte devrait être faite « après les transactions » pour alléger la dette de l’entreprise.

Une partie de cette dette de 9 milliards $US est liée au développement du controversé programme CSeries, renommé A220 lorsqu’il a été cédé à Airbus en 2018. Le gouvernement de Philippe Couillard avait injecté 1 milliard $US, en 2015, pour aider le fleuron québécois à achever le développement de ce programme et commercialiser ses avions. Bombardier cherche aujourd’hui une façon d’accélérer le remboursement de sa dette, mais n’a pas fait de demande au gouvernement, selon sa porte-parole Jessica McDonald.

Le député solidaire Vincent Marissal craint tout de même que le gouvernement sorte son chéquier. « La population québécoise, elle en a marre de se faire prendre pour un guichet automatique chaque fois que Bombardier prend des mauvaises décisions », a-t-il regretté. « Avant de mettre une cenne là-dedans, ça prend un plan de garantie des emplois et on veut absolument entendre la direction de Bombardier en commission parlementaire ici. »

« Une commission parlementaire, ça ne donne rien ça », a tranché le ministre Fitzgibbon. Il préconiserait plutôt une conférence de presse, en présence du président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare.

« Quand il va y avoir des transactions — là ce n’est pas le temps, on est en train de vérifier des choses, a-t-il dit. Quand ça va être fini, je pense que c’est justifié qu’on explique aux Québécois ce qui s’est passé considérant l’investissement qui a été fait. »

Une transaction bientôt

Le Wall Street Journal rapportait mardi que la société américaine Textron serait intéressée par l’acquisition de la division des avions d’affaires de Bombardier. En janvier, c’était l’agence Bloomberg qui écrivait que Bombardier était en pourparlers avec l’entreprise française Alstom pour fusionner sa division transport. La Caisse de dépôt et placement du Québec détient une participation de 30 % dans cette division qui produit des trains.

Quel sera le rôle du gouvernement québécois ? « Je dois être prudent dans mes commentaires, mais ce que je peux vous dire, c’est que je vais tout faire pour garder les emplois de la division avion et de la division train de Bombardier », a affirmé le premier ministre, François Legault, en mêlée de presse mercredi.

Le gouvernement évalue divers scénarios. « Le potentiel de croissance est surtout du côté des trains parce que le transport en commun — train, tramway, métro — il va s’en construire beaucoup dans les prochaines années. Alors que du côté des avions, on ne voit pas avant 20 ans les avions électriques, donc il va y avoir une pression avec le mouvement pro-environnement qui va être difficile pour la partie avion », a-t-il précisé.

M. Legault a rappelé que la division des avions d’affaires compte environ 13 000 emplois contre « seulement 1000 emplois dans la division des trains » au Québec. Il a ajouté que le gouvernement était « en train de faire une transaction qui est dans l’intérêt des Québécois ».

Le Parti québécois avait déposé une motion mardi pour demander au gouvernement de ne pas investir davantage de fonds publics dans Bombardier sans changements significatifs dans la haute direction. « C’est stupéfiant que le gouvernement de la CAQ ait refusé notre motion et est prêt à en mettre davantage sans garantie, a réagi Pascal Bérubé mercredi. L’administration d’Alain Bellemare est un fiasco. L’action est passée de 5 $ à 1 $, il a augmenté de façon importante sa rémunération, moins 2500 emplois, des décisions douteuses sur les actifs les plus importants de Bombardier. »

« Est-ce qu’on va faire un chèque de 2, 3, 4 milliards ? La réponse, c’est non », a affirmé le ministre Fitzgibbon en mêlée de presse. Bombardier Transport est présentement inscrit au registre des lobbyistes du Québec pour « l’achat de matériel roulant » pour les projets de transports collectifs à Québec, à Gatineau et dans la grande région de Montréal qui pourraient éventuellement être financés par le gouvernement.

On s’attend à avoir davantage d’information sur la stratégie de la multinationale québécoise lorsque sa haute direction présentera ses résultats financiers aux actionnaires le 13 février. À Ottawa, le premier ministre, Justin Trudeau, a indiqué que son gouvernement serait là « pour appuyer l’industrie aérospatiale et les travailleurs ».