Hydro-Québec au Maine: les opposants disent avoir 75 000 signatures pour un référendum

Le contrat avec le Massachusetts fait partie des efforts d’Hydro-Québec visant à écouler ses surplus.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le contrat avec le Massachusetts fait partie des efforts d’Hydro-Québec visant à écouler ses surplus.

Le projet d’Hydro-Québec et de son partenaire américain visant à exporter de l’électricité vers le Massachusetts pourrait se retrouver sur un bulletin de vote en novembre 2020, les organisateurs d’une campagne d’opposition au Maine ayant déposé lundi 75000 signatures dans le but de forcer la tenue d’une consultation populaire sur la question.

Le dévoilement de ces appuis survient au terme d’un processus de trois mois et demi pendant lequel les organisateurs, qui craignent entre autres les conséquences d’une ligne de transport sur les paysages et la nature du Maine, devaient recueillir au moins 63 067 noms pour que la pétition mène à une prochaine étape.

Mené avec Central Maine Power (CMP), le projet New England Clean Energy Connect (NECEC) est lié au contrat qu’Hydro-Québec a décroché auprès du Massachusetts en 2018, une entente de 20 ans qui rapporterait environ 10 milliards à la société d’État. CMP serait responsable de la portion américaine du corridor, qui traverserait par l’ouest le Maine en croisant le sentier des Appalaches.

« Pour les 25 villes qui ont exprimé leur opposition ou retiré leur appui, et pour les 75 000 électeurs du Maine qui ont signé la pétition, une chose est claire : ce projet est mauvais pour le Maine », a dit lundi une organisatrice de la campagne, Sandi Howard, lors d’une conférence de presse devant l’assemblée législative d’Augusta. Parmi les préoccupations des opposants, a-t-elle dit, figurent les effets du projet sur l’environnement et la faune, mais aussi les emplois dans l’industrie forestière et touristique.

Pas de rallonge

« Les gens du Maine ne font tout simplement pas confiance à CMP, la société de services publics la plus détestée au pays, avec le deuxième plus grand projet d’infrastructure de l’histoire du Maine », a poursuivi Mme Howard. « Nous ne voulons pas être la rallonge entre le Québec et le Massachusetts. »

L’annonce concernant l’atteinte du nombre requis de signataires n’est « pas nécessairement » une surprise, a dit une porte-parole d’Hydro-Québec, car les organisateurs de la pétition « ont mené plusieurs initiatives » pour recueillir des signatures. « Ces signatures doivent être validées par le secrétariat d’État », a indiqué Lynn St-Laurent. « On réitère que, peu importe l’issue de cet exercice de validation, peu importe le nombre avec lequel on se retrouvera à la fin, Hydro-Québec a l’intention d’être active dans le Maine pour s’assurer que tous les faits, tous les avantages de ce projet, soient bien disponibles à la population. »

Le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Éric Martel, a participé à une tribune téléphonique à la radio publique de l’État américain en décembre, profitant de ce passage pour dire que le projet, qui repose sur de l’énergie renouvelable à 100 %, équivaudrait au retrait de 750 000 voitures, qu’il créerait de l’emploi pendant la construction et qu’il contribuerait à réduire les émissions de gaz à effet de serre du Nord-Est américain.

Les détracteurs du projet souhaitent forcer l’annulation du permis qui a été octroyé par la Commission des services publics en mai 2019. Le projet doit encore recevoir les permis du Corps du génie de l’armée de terre et du département de l’Énergie.

La pétition a été officiellement lancée par Tom Saviello, un ancien élu républicain au Sénat du Maine, tandis que la campagne « Say No To NECEC » a été coordonnée par Sandi Howard. Les organisations souhaitant influencer le débat doivent s’inscrire auprès des autorités, ce qu’a fait Hydro-Québec à l’automne 2019. Mais la bataille a aussi attiré des compagnies de gaz naturel comme Calpine et Vistra Energy, qui ont formé un comité nommé « Mainers for Local Power ».

Le contrat avec le Massachusetts fait partie des efforts d’Hydro-Québec visant à écouler ses surplus. Plus récemment, la société d’État a signé une entente avec le Nouveau-Brunswick.