Montréal, discret chef de file en cybersécurité

C’est dans la région métropolitaine qu’on retrouve le plus grand nombre de chaires de recherche dans le domaine de la cybersécurité au Canada, se réjouit le p.d-g. de Montréal International, Stéphane Paquet.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse C’est dans la région métropolitaine qu’on retrouve le plus grand nombre de chaires de recherche dans le domaine de la cybersécurité au Canada, se réjouit le p.d-g. de Montréal International, Stéphane Paquet.

Discrètement, Montréal est en voie de s’imposer comme un chef de file en cybersécurité.

« La cybersécurité, c’est un secteur qui se développe de façon exponentielle, a déclaré le président-directeur général de Montréal International, Stéphane Paquet, lors de l’annonce vendredi d’un nouvel investissement dans le domaine, en marge d’un grand Forum organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Dans le grand Montréal, la concentration de talents est vraiment impressionnante : on compte 17 000 spécialistes dans ce domaine-là ! C’est aussi dans la région métropolitaine qu’on retrouve le plus grand nombre de chaires de recherche en cybersécurité au Canada. »

Présent lui aussi à l’événement, le président d’Investissement Québec International, Hubert Bolduc, abondait dans le même sens. « J’aime dire qu’il y a possiblement plus de potentiel en cybersécurité dans le Grand Montréal qu’en intelligence artificielle », a-t-il déclaré avant de souligner que les deux secteurs font largement appel au même bassin de talents.

Si, contrairement à l’intelligence artificielle, la population générale a probablement peu entendu parler « du secret bien gardé » de la force du secteur montréalais de la cybersécurité, c’est peut-être parce que ce dernier oeuvre dans un domaine relativement récent et « plus sous-terrain », a expliqué en entrevue l’une des responsables du secteur pour Montréal International, Gwenaëlle Thibault. « Et puis, les entreprises ne le crient pas sur les toits lorsqu’elles sont victimes de cyberattaques ou qu’elles déploient plus de ressources pour se protéger. »

Outre ses nombreux programmes de recherche et de formation spécialisés dans les universités et même des cégeps, l’avantage du Québec dans le domaine tient au remarquable réservoir de talents et d’entreprises déjà présents et à l’attraction qu’ils exercent à l’étranger, a fait valoir Mathieu Grignon, directeur général des opérations canadiennes à GoSecure, l’entreprise américaine spécialisée en cybersécurité qui faisait l’objet de l’annonce vendredi et qui embauchera 70 experts de plus à son siège social canadien basé à Montréal.

Des pirates « éthiques »

Les crédits d’impôt offerts aux secteurs technologiques et la qualité de vie au Québec sont aussi des facteurs qui jouent en faveur de Montréal, a-t-il expliqué en entrevue. Mais pas autant que cette complicité qu’on retrouve entre les entreprises, les écoles et les chercheurs, que la grande vivacité de l’écosystème, avec ses grands rendez-vous internationaux et autres compétitions de piratage informatique, ou que son ouverture à d’autres champs d’études moins technologiques, mais malgré tout liés, comme la criminologie. « Les principales failles, auxquelles on a affaire, sont généralement humaines », explique Mathieu Grignon.

Son entreprise se targue de disposer de « l’une des plus grandes équipes de piratage éthique au Canada » et Laurent Desaulniers est l’un de ses plus fameux pirates. Payé par les clients pour trouver des moyens de mettre hors services leurs systèmes informatiques, voler leurs secrets industriels, jouer dans leurs données confidentielles et même s’introduire dans leurs bureaux, le directeur en test d’intrusion de GoSecure n’a souvent pas besoin de chercher bien loin.

« La principale faille de sécurité reste les mots de passe, confie-t-il. Et vous seriez étonné de voir combien de gens ont choisi : soleil123. » Quant aux mots de passe plus compliqués, on n’a souvent pas à les chercher plus loin que dans le premier tiroir du bureau sur un bout de papier.

En quête de talents

Tenu à guichet fermé avec plus de 600 participants au Palais des congrès de Montréal, le forum organisé par la CCMM avait pour thème « les échanges internationaux au coeur de la croissance économique ».

Des experts, chefs d’entreprises et décideurs publics y ont discuté d’exportations, d’investisseurs étrangers et des forces et faiblesses de la métropole. Une étude a été dévoilée sur les villes dont devrait s’inspirer Montréal en matière de connectivité internationale. Des prix ont été remis à des entreprises s’étant démarquées sur ces questions.

La question centrale qui est revenue sans cesse dans les discussions a été l’importance cruciale du réservoir de talents, la terrible menace que fait peser le problème de la rareté de main-d’oeuvre et l’attention de tous les instants qui devrait être portée à l’attraction et à la rétention de travailleurs étrangers.