Mieux vaut planifier

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Le REER n’est qu’un outil parmi d’autres et doit faire partie d’un réel exercice de planification financière.
Photo: Getty Images Le REER n’est qu’un outil parmi d’autres et doit faire partie d’un réel exercice de planification financière.

Ce texte fait partie du cahier spécial REER

Depuis sa création en 1957, le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) constitue l’un des véhicules d’épargne-retraite préférés des Québécois. Selon le recensement de2016, 35 % d’entre eux y avaient cotisé, une proportion identique à la moyenne canadienne.

Malgré son âge avancé, le REER demeure souvent mal compris. Commençons donc par régler le cas de deux expressions très courantes. Le début de chaque année est souvent baptisé « la saison des REER », en raison de la date limite de cotisation qui approche. En 2020, elle est fixée au 2 mars. Pourtant, on peut cotiser au REER toute l’année. « Il est même recommandé de prévoir une cotisation automatique mensuelle, puisque cela permet de profiter des hauts et des bas des marchés financiers, entre autres », explique Fernand Loiselle, planificateur financier à IG Gestion de patrimoine. Par exemple, si les marchés d’actions sont en baisse pendant un mois, l’investissement mensuel permettra d’en profiter pour en acquérir plus à moindre coût.

Ce qui nous amène à notre deuxième expression. On entend souvent des gens dire qu’ils vont « s’acheter un REER ». Or, ce n’est pas vraiment le REER qu’on achète. « Il faut le voir comme un contenant, dans lequel on place des produits financiers, comme un fonds commun de placement, un certificat de placement garanti ou autre », explique Laurie Therrien, planificatrice financière à Services financiers Therrien et Alain.

Impôt reporté

L’avantage principal d’un REER est que la cotisation peut être soustraite de son revenu imposable dans sadéclaration. Le contribuable peut donc recevoir un remboursement d’impôt. Les rendements accumulés à l’intérieur du REER sont à l’abri de l’impôt, mais les retraits du REER sont considérés comme un revenu imposable.

Pour cette raison, il est préférable de faire une planification financière pour s’assurer que le REER constitue le meilleur véhicule pour notre épargne-retraite. « À la base, onconsidère que c’est intéressant si l’on paie un taux d’imposition plusélevé au moment de cotiser qu’au moment de retirer l’argent, maisbien d’autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte », note Laurie Therrien.

Par exemple, un retraité qui a un très faible revenu pourrait avoir droit au supplément de revenu garanti du gouvernement fédéral. Mais s’il possède des REER et en tire un revenu, il pourrait se retrouver juste au-dessus du revenu admissible à ce supplément et ne plus y avoir droit. À l’inverse, la diminution du revenu imposable causée par la déduction de la cotisation au REER peut augmenter l’accès à des crédits d’impôt et àdes prestations gouvernementales.

Dans le cas où l’on prévoit que le taux d’imposition restera le même ou sera plus élevé à la retraite, mieux vaut peut-être opter pour le compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Mais ce n’est pas une règle absolue.

Faire croître son bas de laine

« La possibilité d’utiliser le régime d’accession à la propriété (RAP) est un autre atout du REER », indique Fernand Loiselle. Les contribuables peuvent retirer jusqu’à 35 000 dollars chacun (donc 70 000 dollarspour un couple) pour acheter ouconstruire une première maison. Il faut rembourser la somme sur une période de 15 ans, mais les remboursements ne débutent que deux ans après le retrait.

Comment décider ce que l’on place dans un REER ? « Puisque ce sontdes investissements à très longterme, on va généralement tenter d’aller chercher des produits qui offrent de bons rendements, tout en tenant compte de sa tolérance au risque », explique Laurie Therrien.

Ainsi, un certificat de placement garanti vous permettra de dormir sur vos deux oreilles, mais le rendement offert sera très minime en cette ère de bas taux d’intérêt. Un fonds commun de placement ou des fonds négociés en Bourse équilibrés ou axés sur la croissance présentent un peu plus de volatilité, mais offrent de meilleurs rendements à long terme. L’important est de tenir compte de tous les revenus que l’on aura à la retraite (fonds de pension del’employeur, prestations gouvernementales, REER, CELI, comptes non enregistrés, etc.) et de réaliser une réelle planification financière.

Attention aussi de ne pas cotiser plus que la limite, qui est de 18 % du revenu admissible gagné l’année précédente, pour un maximum en 2020 de 27 230 dollars. Toutefois, ces droits de cotisations s’accumulent si vous ne les utilisez pas. L’Agence du revenu du Canada indique chaque année aux contribuables combien ils ont le droit d’investir dans leur REER pour l’année en cours.

Pour ceux qui n’aiment pas épargner à l’aveuglette, les planificateurs financiers peuvent faire des projections en fonction des produits financiers détenus dans un REER et des tables publiées chaque année par l’Institut québécois de planification financière.

Le REER en chiffres

27 230 dollars
C’est la contribution maximale en 2020.
 
18 %
C’est la proportion du revenu admissible gagné l’année précédente que les contribuables peuvent y investir, mais sans dépasser la cotisation maximale. Attention : si vous participez à un fonds de pension ou à un régime de participation différée aux bénéfices (RPDB) offert par votre employeur, votre cotisation équivaudra à 18 % de votre revenu admissible de l’année précédente, moins le facteur d’équivalence (FE) calculé par votre employeur. Il faut bien regarder l’avis de cotisation de l’Agence du revenu du Canada avant de cotiser.
 
2 mars 2020 
Date limite pour cotiser au REER
 
95 % 
C’est la proportion des Canadiens qui pouvaient cotiser à un REER en 2016 et qui avaient des droits inutilisés, selon Statistique Canada.
 
41 154 dollars
C’est le montant moyen des cotisations inutilisées accumulées par les Canadiens en 2016, selon Statistique Canada.
 
55 à 64 ans 
Au Québec, un cotisant au REER sur trois a entre 55 et 64 ans, selon l’Observatoire de la retraite.
 
30 %
Au Québec, en 2015, c’est dans la tranche de revenu annuel située entre 40 000 et 59 999 dollars que l’on trouve la plus grande proportion de cotisants au REER (30 %), selon l’Observatoire de la retraite. Toutefois, leurs cotisations ne représentent que 17 % des cotisations totales des Québécois.
 
58 %
La plus grande partie des cotisations au REER provient des Québécois les plus aisés, dont le revenu total dépasse 80 000 dollars par année. En 2015, leurs cotisations représentaient 58 % du total, alors qu’ils comptaient pour 27 % du nombre de cotisants, rapporte l’Observatoire de la retraite.