Statu quo pour la Fed malgré le coronavirus

L’impact du coronavirus se fait déjà sentir sur nombre d’entreprises avec, en première ligne, les compagnies aériennes.
Photo: Nicolas Asfouri Agence France-Presse L’impact du coronavirus se fait déjà sentir sur nombre d’entreprises avec, en première ligne, les compagnies aériennes.

La Réserve fédérale américaine (Fed) a laissé mercredi ses taux inchangés à l’issue de sa première réunion monétaire de l’année, malgré la pression de Donald Trump, favorable à une nouvelle baisse, et l’incertitude que fait peser le nouveau coronavirus sur les perspectives de l’économie mondiale.

Le taux directeur reste donc inscrit dans une fourchette comprise entre 1,5 et 1,75 %.

La décision a été unanime au sein des membres du comité monétaire de la Fed, qui estime que cette politique monétaire doit notamment permettre à l’inflation de revenir à son taux cible de 2 %. L’inflation annuelle aux États-Unis était de 1,5 % en novembre, selon l’indice PCE, le plus suivi par la Fed pour mesurer l’évolution des prix.

La banque centrale confirme sans surprise sa pause entamée en décembre, après avoir abaissé les taux à trois reprises d’affilée. Pendant deux jours, les membres du comité monétaire ont examiné à la loupe la situation économique des États-Unis, où la plupart des indicateurs sont au vert : emploi, services, confiance des consommateurs… Seul le secteur manufacturier est en récession, victime de la guerre commerciale avec la Chine.

Coronavirus

Mais alors que le Fonds monétaire international prévoyait une reprise de la croissance mondiale cette année, les perspectives mondiales sont désormais assombries par l’épidémie du nouveau coronavirus. « Le coronavirus introduit une nouvelle forme d’incertitude. […] Les ruptures dans la chaîne d’approvisionnement mondiale peuvent être importantes », a ainsi indiqué à l’AFP Diane Swonk, économiste en chef pour Grant Thornton. « Il est encore trop tôt pour agir, mais la Fed doit montrer qu’elle regarde cela de près. »

Pour l’économiste Joel Naroff, le coronavirus influencera les décisions de la Fed « si cela affecte durablement les marchés et s’il y a des signes clairs de ralentissement de l’économie ».

L’impact du coronavirus se fait déjà sentir sur nombre d’entreprises avec, en première ligne, les compagnies aériennes. Air Canada suspend temporairement tous ses vols directs à destination de Pékin et de Shanghai. D’autres transporteurs aériens dans le monde ont aussi modifié leurs activités. British Airways a interrompu tous ses vols à destination de la Chine et American Airlines a suspendu ses vols à destination et en provenance de Shanghai et de Pékin. Lufthansa a annoncé la suspension immédiate de tous ses vols vers et en provenance de la Chine continentale. Ces transporteurs ont rejoint plusieurs lignes aériennes asiatiques qui ont suspendu ou réduit considérablement leurs services en raison des craintes liées au nouveau virus.

Plusieurs secteurs touchés

En plus de bousculer les déplacements, cette décision augmentera les inquiétudes concernant l’impact économique plus large de l’épidémie du coronavirus. Des constructeurs automobiles aux sous-traitants informatiques en passant par l’industrie du luxe, les multinationales du monde entier s’interrogent : l’épidémie de coronavirus qui secoue la Chine va-t-elle se propager également à leurs résultats financiers ?

Mercredi, le géant taïwanais de la tech Foxconn a annoncé que ses centres de production en Chine resteraient à l’arrêt jusqu’à la mi-février et que ses ouvriers pourraient différer leurs retours. Cette décision pourrait déclencher une réaction en chaîne négative chez les fabriquants de téléphones intelligents, d’écrans plats ou d’ordinateur, tous clients de Foxconn.

General Motors, PSA, Renault et Nissan avouent suivre de près l’évolution de la situation. Toyota a même déjà annoncé la suspension de sa production en Chine, au moins jusqu’au 9 février. Cette crise tombe également très mal pour Elon Musk, dont la nouvelle usine géante de Shanghai, la seule de la marque Tesla en dehors des États-Unis, vient de livrer début janvier ses premières voitures électriques Model 3.

Dans ce contexte, Apple a donné mardi des objectifs inhabituellement larges pour le trimestre en cours et son patron, Tim Cook, a indiqué qu’il travaillait sur « des plans pour atténuer » la baisse éventuelle de la production de ses fournisseurs chinois. Starbucks, quant à lui, a refusé de livrer la moindre prévision de son prochain chiffre d’affaires en raison « de la situation changeante liée au coronavirus ». La chaîne emblématique a déjà dû fermer la moitié des plus de 4000 cafés qu’elle compte en Chine continentale.

Côté canadien, Imax a indiqué avoir reporté la sortie de cinq films après la fermeture de plus de 60 000 cinémas chinois, dont plus de 600 des siens. Le spécialiste des écrans géants de cinéma est en pleine expansion en Chine, qui héberge environ 40 % de ses salles de cinéma. Des sociétés comme Canada Goose Holdings, la Financière Sun Life, Teck Resources et Magna International — qui compte près de 19 000 employés en Chine — suspendent leurs projets de voyage ou demandent à leur personnel de travailler à domicile.

Bombardier, qui emploie quelque 8000 travailleurs en Chine, a indiqué qu’il « surveillait l’évolution de la situation ».

Avec le Devoir

Air Canada suspend ses vols vers la Chine

Air Canada suspend temporairement, du 30 janvier au 29 février 2020, tous ses vols directs à destination de Pékin et de Shanghai, après que le gouvernement du Canada a recommandé d’éviter les voyages non essentiels en Chine continentale. Les voyageurs touchés seront prévenus et se verront offrir des options, notamment des places à bord de vols exploités par d’autres transporteurs lorsque ce sera possible ou un remboursement complet. Air Canada déplore cette situation et présente ses excuses pour les sérieux bouleversements que cette mesure pourrait avoir sur les plans de voyage de ses clients. La plus grande ligne aérienne du Canada effectue 33 vols par semaine vers la Chine au départ de Toronto, de Montréal et de Vancouver, et affirme que la réduction de capacité est relativement faible.

 



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