Programme A220: Québec discute avec Airbus et Bombardier

Airbus possède un peu plus de 50% du programme A220, comparativement à 33,6% pour Bombardier et 16,4% du côté d’Investissement Québec.
Photo: Frederic Scheiber Associated Press via La Presse canadienne Airbus possède un peu plus de 50% du programme A220, comparativement à 33,6% pour Bombardier et 16,4% du côté d’Investissement Québec.

Que fera le gouvernement Legault face aux besoins financiers du programme A220 ? Québec discute activement du dossier avec Bombardier et Airbus, a indiqué mardi le ministre de l’Économie, sans donner de détails, bien qu’une entente pourrait être conclue d’ici une dizaine de jours.

Deux semaines après que Bombardier a signalé que le plan d’affaires de la Société en commandite Airbus Canada (SCAC) « appelle à investir des capitaux additionnels » pour soutenir le rythme de production des avions à Mirabel, le ministre Pierre Fitzgibbon a affirmé qu’il ne pouvait « pas tout dire, car il y a des choses pour lesquelles on est en discussion ».

« Je pense que [le premier ministre François] Legault a été très clair, à savoir qu’il ne désirait pas que le gouvernement mette d’autre argent dans le programme C Series. Et à juste titre. Un milliard de dollars américains a été investi, c’est beaucoup d’argent », a dit M. Fitzgibbon lors d’une mêlée de presse en marge d’une consultation sur l’entrepreneuriat féminin à Montréal.

« Mon travail, c’est de m’assurer comment on peut structurer quelque chose, puis je n’irai pas au bout de mes pensées parce qu’on est au coeur de ça », a poursuivi le ministre. Il dit vouloir « respecter d’une part le fait qu’on a mis beaucoup d’argent là-dedans » tout en affirmant que « d’autre part, le A220, c’est un programme extraordinaire ».

Invité à dire si la solution éviterait à Québec de consacrer de nouveaux fonds au programme, M. Fitzgibbon a répondu qu’il y a « différentes formules qu’on regarde. Et honnêtement, je pense qu’on est probablement à dix jours de conclure, et j’aimerais ne pas aller trop loin dans mes pensées, car il y a plusieurs axes ».  

Bombardier et Airbus doivent présenter leurs plus récents états financiers le 13 février.

Airbus possède un peu plus de 50 % du programme, comparativement à 33,6 % pour Bombardier et à 16,4 % du côté d’Investissement Québec (IQ). Le programme a été cédé à Airbus en 2018 pour stimuler les ventes de l’appareil, caractérisé par une consommation de carburant plus faible.

Je pense que [le premier ministre François] Legault a été très clair, à savoir qu’il ne désirait pas que le gouvernement mette d’autre argent dans le programme C Series. Et à juste titre.

Il n’est pas impossible que le gouvernement offre à la société en commandite quelque chose comme des mesures incitatives, par exemple en matière de recherche et développement, a estimé Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d’étude en management des entreprises de l’aéronautique à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Centaines de millions

Après la prise de contrôle du programme par Airbus à l’été 2018, Bombardier y a injecté 225 millions dans les mois qui ont suivi. L’entente prévoyait aussi que Bombardier puisse y injecter 350 millions dans l’année suivant la clôture de l’opération et 350 millions par an lors des deux années suivantes, en contrepartie de parts sans droit de vote dans la société en commandite. « Tout besoin en trésorerie supplémentaire pendant ces périodes sera comblé proportionnellement par Bombardier, Airbus et IQ, cette dernière pouvant toutefois le faire à sa discrétion », peut-on lire dans les plus récents états financiers de Bombardier.

À la fin septembre 2019, selon des documents récents de Bombardier, la compagnie avait injecté « 575 millions sur un engagement initial de 925 millions ».

Or en procédant à une mise à jour de ses prévisions financières il y a deux semaines, Bombardier a signalé que « les plus récentes indications du plan financier de SCAC appellent à investir des capitaux additionnels pour soutenir l’accélération des cadences de production, à repousser le moment de renouer avec le seuil de rentabilité et à générer un rendement moins élevé que prévu sur la durée du programme ».

Bombardier s’est recentrée sur les avions d’affaires et le matériel roulant, délaissant l’aviation commerciale. La dette à long terme de la compagnie s’élevait à plus de 9 milliards de dollars américains au 30 septembre 2019. Ses liquidités sont d’environ 2,3 milliards.