Un salaire maximum pour les riches du secteur public

Il fallait, selon Statistique Canada, avoir un revenu total d’au moins 236 000 $ par an pour faire parti des quelque 45 000 membres du club des 1 % des plus riches Québécois en 2017.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Il fallait, selon Statistique Canada, avoir un revenu total d’au moins 236 000 $ par an pour faire parti des quelque 45 000 membres du club des 1 % des plus riches Québécois en 2017.

Le gouvernement pourrait faire plus pour contenir l’envolée des revenus du 1 % des plus riches au Québec, avance une étude, à commencer par ceux qui doivent leur fortune à l’État.

Le Québec, comme les autres, a ses « super-riches », rappelle une étude sur le sujet de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) qui doit être dévoilée mercredi, alors que bat son plein le grand rendez-vous mondial des gens riches et célèbres à Davos, en Suisse. Ils s’appellent Lino Saputo (5,1 milliards), Alain Bouchard (3,7 milliards), Jean Coutu (2,4 milliards) ou, « à une échelle différente », appartiennent au fameux 1 % des plus riches dont les revenus, depuis une quarantaine d’années, ont augmenté beaucoup plus rapidement (+116 %) que ceux du reste de la population (+29 %).

Une part importante de cette classe privilégiée est issue du secteur privé, dont les patrons peuvent gagner des millions indépendamment des résultats de leurs entreprises, observe l’IRIS. Mais on y retrouve aussi des personnes qui tirent l’essentiel, sinon la totalité, de leurs revenus des contribuables québécois.

Trésor public

Encore là, on peut citer comme exemples les dirigeants des grandes sociétés d’État, comme le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Éric Martel, qui a gagné plus de 800 000 $ l’an dernier avec la prime de performance, ou le nouveau chef d’Investissement Québec, Guy LeBlanc, qui pourrait toucher près d’un million s’il atteint certains objectifs.

Comme il fallait, selon Statistique Canada, avoir un revenu total d’au moins 236 000 $ par an pour faire partie des quelque 45 000 membres du club des 1 % des plus riches Québécois en 2017, il faudrait aussi ajouter à la liste, entre autres, plus d’une trentaine de hauts fonctionnaires et autres gestionnaires du secteur public et quelques centaines de juges. Ce portrait serait également incomplet si on n’y ajoutait pas une bonne proportion des quelque 21 000 médecins omnipraticiens et spécialistes, dont les revenus moyens se sont respectivement élevés à près de 350 000 $ et 430 000 $ en 2017-2018.

Une multitude d’experts et d’organisations internationales ne cessent de nous mettre en garde contre les dangers que pose la concentration grandissante de la richesse entre les mains d’un petit groupe de la société, non seulement en matière de développement économique et social, mais aussi en matière de cohésion et de paix sociale, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir la chercheuse de l’IRIS Julia Posca, qui a collaboré à l’étude signée par Nicole Bernier. Le fait que ce phénomène se produise au sein même du secteur public peut apparaître « particulièrement problématique quand on sait la frustration que génère la quinzaine d’années de sous-investissement ».

116 %
Il s’agit de l’augmentation des revenus des 1 % les plus riches sur les quarante dernières années quand le reste de la population n’a vu ses revenus augmenter que de 29 %.

Plafond salarial

L’étude de l’IRIS plaide pour un renversement de la tendance imprimée par la révolution néolibérale des années 1980 en ajoutant des tranches d’imposition, notamment sur les revenus les plus élevés, pour revenir à une fiscalité plus progressive. « Il ne s’agit pas seulement de cibler les plus riches, mais de mieux répartir l’effort fiscal jusqu’en haut de la pyramide des revenus », dit Julia Posca.

L’étude explore aussi l’idée de fixer un salaire maximum aux dirigeants d’entreprises privées comme dans le secteur public. « Si le Québec est capable d’adopter une loi pour établir le salaire minimum, ne peut-il pas faire de même à l’autre extrémité du spectre salarial ? » demande-t-on.

Jusqu’à présent, quelques pays seulement, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, imposent un devoir minimum de transparence en obligeant les compagnies à dévoiler le ratio entre le salaire de leurs dirigeants et celui de leurs salariés. La ville de Portland, en Oregon, va plus loin et impose une surtaxe locale de 10 % aux entreprises dont les p.-d.g. gagnent au moins 100 fois plus que leurs propres employés et de 25 % au-delà du ratio de 250.

Au Québec, dit Julia Posca, la limite de rémunération des médecins pourrait, par exemple, être établie en fonction du salaire des autres professionnels de la santé et du salaire minimum afin de refléter, à la fois, la réalité du réseau et la capacité de payer de l’ensemble des Québécois. Quoi qu’il en soit, « le gouvernement doit donner l’exemple ».