La propriété de Canam de nouveau entièrement québécoise

Canam exploite 25 usines en Amérique du Nord qui fabriquent notamment des charpentes métalliques et des poutres d’acier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Canam exploite 25 usines en Amérique du Nord qui fabriquent notamment des charpentes métalliques et des poutres d’acier.

Deux ans et demi après avoir accueilli American Industrial Partners (AIP) comme actionnaire à 60 %, le groupe Canam, spécialisé dans les composants pour l’industrie de la construction, a annoncé lundi une transaction qui aura pour effet de remettre l’entièreté de la propriété de la compagnie entre des mains québécoises.

Évaluée à 840 millions, la transaction prévoit que Placements CMI, de la famille du président du conseil Marcel Dutil, la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ détiendront chacune un tiers des actions de la nouvelle société. Elle porte sur l’acquisition de la totalité des activités canadiennes de Canam, de même que certains actifs aux États-Unis et outre-mer.

La présence d’investisseurs locaux est « un must », a affirmé en entrevue téléphonique M. Dutil, qui a fondé Canam Manac en 1973. Dans le contexte d’une industrie soumise aux cycles économiques, un actionnariat complètement québécois permet d’éviter que des décisions se prennent « à Chicago ou à New York ». « Les décisions se prennent à Saint-Georges de Beauce. Quand vous êtes à Saint-Georges de Beauce, vous allez aux mêmes épiceries que les employés, les enfants jouent au hockey ensemble. »

American Industrial Partners est arrivée dans le portrait au moment où Canam souhaitait retirer ses actions de la Bourse de Toronto. Le président et chef de la direction, Marc Dutil, avait indiqué à La Presse canadienne en 2017 que la firme « [possédait] une expertise manufacturière » et qu’il s’agissait du partenaire idéal. Il était alors concevable que AIP demeure en place de « cinq à sept » ans, avait-il ajouté, cela permettant à l’entreprise de « penser à restructurer son capital » en temps et lieu.

La Caisse de dépôt et le Fonds FTQ sont des partenaires de très longue date de Canam, et les « valeurs sont alignées » entre les trois, a dit Marcel Dutil. Au moment de la transaction faisant d’AIP un actionnaire à 60 %, les trois détenaient l’autre bloc de 40 %.

Un fleuron

La transaction « rapatriera le contrôle de l’entreprise au Québec et lui permettra de poursuivre son expansion, toujours guidée par sa forte culture entrepreneuriale », a indiqué dans un communiqué le premier vice-président, Québec, Placements privés et Planification stratégique de la Caisse, Charles Émond. L’actionnariat entièrement québécois a également été souligné par le Fonds FTQ, dont la vice-présidente principale aux investissements, Janie Béïque, a parlé d’un « fleuron manufacturier ».

Les origines de Canam remontent à 1960 avec la naissance de Canam Steel Works, à Saint-Gédéon-de-Beauce. Le père de Marcel Dutil, Roger, figure parmi les fondateurs. Quelques années plus tard, en 1966, Marcel Dutil fondera Manac, spécialisée en construction de semi-remorques qui transporteront des poutrelles. L’entreprise Canam Manac est entrée en Bourse au milieu des années 1980. Vingt ans plus tard, une réorganisation a entraîné la vente de Manac.

À l’heure actuelle, Canam exploite 25 usines en Amérique du Nord dont les produits vont des charpentes métalliques aux poutrelles d’acier en passant par des bâtiments préfabriqués et des joints de dilatation (utilisés notamment pour composer avec le mouvement des ponts). La compagnie compte 4900 employés, dont 2400 aux États-Unis et 2000 au Canada. En Roumanie et en Inde, où Canam a des bureaux d’ingénieurs, on trouve quelques centaines d’employés.

Selon le communiqué de Canam, les « activités des filiales américaines Canam Steel Corporation et FabSouth ne sont pas touchées par cette transaction et demeurent la propriété conjointe d’AIP et du groupe d’investisseurs québécois, selon les termes de la transaction menée en 2017 ».