Analyse: et si les coûts de la crise climatique s’emballaient?

L’année qui vient de s’achever a été la plus chaude dans le monde après 2016, a rapporté mercredi l’Organisation météorologique mondiale. Sur la photo, un incendie de forêt attisé par la chaleur accablante dans le sud-est de l’Australie.
Photo: Saeed Khan Agence France-Presse L’année qui vient de s’achever a été la plus chaude dans le monde après 2016, a rapporté mercredi l’Organisation météorologique mondiale. Sur la photo, un incendie de forêt attisé par la chaleur accablante dans le sud-est de l’Australie.

Comme chacun le sait, la tendance est plus que préoccupante en matière de bouleversements climatiques. Mais cette tendance pourrait être trompeuse et l’avenir, encore plus sombre qu’il n’y paraît déjà.

L’année qui vient de s’achever a été la plus chaude dans le monde après 2016, a rapporté mercredi l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Globalement, les températures moyennes des cinq et dix dernières années ont été les plus élevées jamais enregistrées, dans un monde où, depuis 1980, chaque décennie a été plus chaude que la précédente et où la tendance ne semble pas près de s’arrêter, alors que la température annuelle mondiale est déjà de 1,1 °C plus élevée qu’à l’époque préindustrielle et que la trajectoire actuelle nous mène à une hausse totale de 3 à 5 degrés d’ici la fin du siècle.

Souvent perçues comme un obstacle à la lutte contre les bouleversements climatiques, les grandes entreprises se disent bien conscientes de l’ampleur du danger qui nous guette. Les grands problèmes environnementaux, comme les phénomènes météorologiques extrêmes et l’échec de l’action climatique, monopolisaient même, pour la première fois cette semaine, le haut du classement des principaux risques mondiaux qu’elles aident à dresser chaque année à l’occasion du Forum économique mondial de Davos.

« Le coût économique de l’inaction pourrait être faramineux », commentaient deux expertes du Forum dans un article jeudi. Aux États-Unis seulement, les catastrophes météorologiques et climatiques ont coûté 160 milliards $US en 2018.

Points de bascule

Et cela n’est rien, a averti jeudi le McKinsey Global Institute dans une étude sur le risque climatique dans 105 pays. On aurait tort de penser que les impacts notamment économiques et financiers des bouleversements climatiques continueront simplement d’augmenter proportionnellement à la température mondiale. C’est qu’on s’approche dangereusement de points de bascule à partir desquels quelques dixièmes de degré de plus suffisent pour déclencher des répercussions plus graves encore.

Des pays approchent, par exemple, du moment où certaines journées seront tout simplement trop chaudes pour permettre à un être humain de travailler à l’extérieur, sinon de survivre. Ce phénomène pourrait déjà toucher de 250 à 350 millions de personnes d’ici 2030 et réduire, en Inde seulement, le produit intérieur brut (PIB) du pays de 2,5 % à 4,5 % par an, estime McKinsey.

Les réseaux de transport électriques et d’autres infrastructures sont conçus pour résister à des catastrophes naturelles exceptionnelles, poursuit l’étude. Mais le réchauffement climatique ne cesse d’augmenter l’ampleur et la fréquence de ces catastrophes. « Au-delà d’une certaine force des vents, les pylônes électriques vont tomber. »

En Floride, le coût des ouragans pourrait passer d’une moyenne de 2 milliards à 4,5 milliards par année d’ici 2050, mais celui des événements catastrophiques qui ne se produisent que tous les 100 ans exploserait de 35 milliards à 80 milliards. Dans ces conditions, il y a fort à parier que les propriétaires auront du mal à trouver une compagnie d’assurances prête à les protéger et que la valeur de leurs maisons diminuera de 15 à 35 %.

Bonne et mauvaise nouvelles

Pour ne rien arranger, le concept de « point de bascule » ne se limite pas aux impacts socioéconomiques des bouleversements environnementaux. Les climatologues s’y réfèrent depuis de nombreuses années déjà pour nous mettre en garde contre les risques d’emballement incontrôlable du processus de réchauffement climatique. Ils évoquent même la menace d’une sorte de réaction en chaîne où l’atteinte d’un premier point de bascule (la fonte de la calotte glacière) conduit à un autre point de bascule (l’augmentation du niveau de la mer et la perturbation des grands courants marins), puis à un autre (le dégel du pergélisol et la libération des gaz à effet de serre qu’il contient), et encore un autre (accélération de la déforestation)…

Les scientifiques croyaient, jusqu’à tout récemment, que cette machine infernale ne se déclencherait pas avant 5 °C de réchauffement climatique. Certains pensent aujourd’hui que ce seuil pourrait être atteint à 3 °C, rapportait en novembre la revue Nature.

Il ne faut pas désespérer, disaient, cet automne, les grands acteurs de la finance regroupés au sein des Principes pour l’investissement responsable (PRI), une initiative des Nations unies. Rattrapés « par la réalité des changements climatiques », les gouvernements seront bientôt brutalement « réveillés », selon eux, et forcés de passer aux choses sérieuses par d’immenses pressions « alimentées par des craintes en matière de sécurité nationale, permises par les avancées technologiques et exercées de manière de plus en plus forte par les électeurs et les entreprises ». Selon nos experts, on atteindra ce point de bascule politique entre 2023 et 2025.