Les ventes de voitures électriques en forte croissance au Québec

Le Québec a institué en 2018 un système obligeant les constructeurs à atteindre des cibles de vente de véhicules électriques.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le Québec a institué en 2018 un système obligeant les constructeurs à atteindre des cibles de vente de véhicules électriques.

La croissance des ventes de voitures électriques au Québec s’est poursuivie de plus belle en 2019 : leur nombre atteignait 65 000 à la fin de novembre, selon les plus récentes données, alors qu’il tournait autour de 37 000 vers la fin de 2018. Dans certains cas, toutefois, ceux qui magasinaient un des véhicules sur le marché ont entendu deux mots qu’ils ne voulaient pas entendre : « liste d’attente ».

« La croissance pourrait être plus forte encore », croit Daniel Breton, porte-parole de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ). « Il y a une majorité de constructeurs qui n’ont pas de véhicules chez les concessionnaires. C’est un réel enjeu. On ne parle pas de plusieurs semaines d’attente. On parle de plusieurs mois d’attente. »

Dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques, le gouvernement québécois a établi à l’automne 2015 une cible de 100 000 véhicules électriques (100 % électriques ou hybrides rechargeables) d’ici la fin de 2020, en route vers un objectif de 300 000 en 2026. Mises en évidence au Salon international de l’auto de Montréal, où une quarantaine de modèles devraient être déployés, elles ont depuis 2017 leur propre événement, le Salon du véhicule électrique.

Pour mettre les 65 000 voitures électriques en perspective, un chiffre publié par le Circuit électrique sur son site Internet, rappelons que le parc québécois comprenait, en 2018, 4,8 millions de véhicules de promenade, soit 2,8 millions d’automobiles et 1,9 million de camions légers. Les données montrent que les véhicules multisegments, les VUS et les camions se vendent relativement bien, ici comme ailleurs.

Disant avoir discuté avec différents constructeurs, M. Breton croit que l’année 2020 pourrait encore être marquée par le phénomène des listes d’attente. « Je trouve ça un peu décourageant, car je me rappelle qu’il y a dix ans, huit ans, six ans, quatre ans, tous les constructeurs nous disaient : “S’il y a une demande, on va y répondre.” Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est que ce n’est pas le cas. »

Un concessionnaire Nissan de l’île de Montréal consulté par Le Devoir a indiqué que, pour l’achat d’une version particulière de la Leaf, l’attente peut être de six à huit mois. Si le client n’a pas de préférence quant aux caractéristiques du modèle, l’attente peut descendre à un ou deux mois. Chez Hyundai, un concessionnaire a dit qu’il y a une liste d’attente pour la Kona, mais pas pour la Ioniq.

Des progrès, dit un regroupement

« L’industrie a fait des progrès considérables en ce qui concerne l’augmentation de la capacité pour répondre à la demande des consommateurs », dit Mark Nantais, président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, qui réunit Fiat-Chrysler, Ford et General Motors au Canada. Dans le cas de certains modèles, les stocks sont généreux, a-t-il dit, alors que pour d’autres modèles, les constructeurs sont peut-être en train d’accélérer la production.

Cela dit, on est passé de 7 modèles en 2011 à plus de 40, indique M. Nantais. Malgré les hausses annuelles parfois très fortes au chapitre des ventes, dit-il, « le pourcentage des ventes totales est de 2 % ou 3 %, peut-être 4 % ». Il y a, d’une part, « pas mal de gens qui n’achètent pas ces voitures » et, d’autre part, « ce qui est positif, un nombre croissant de consommateurs qui les veulent ».

Dans un communiqué diffusé jeudi pour souligner la croissance des ventes, CAA-Québec a mentionné l’effet stimulant des subventions à Québec et à Ottawa, qui peuvent atteindre 13 000 $, « mais aussi parce que l’autonomie de plusieurs modèles populaires se compare désormais à celle d’une voiture à essence ».

« Depuis 2012, nos ventes augmentent chaque année », dit Yannic Asselin, conseiller en électrification des transports chez Bourgeois Chevrolet, à Rawdon. Ce concessionnaire a décidé il y a quelques années de s’investir à fond dans la voiture électrique en la plaçant au coeur de son modèle d’affaires. Il n’a pas de liste d’attente. « Depuis un an ou deux, beaucoup de concessionnaires veulent embarquer dans le bateau. […] Si on retourne trois ou quatre ans dans le passé, on se faisait regarder par du monde qui disait : “Qu’est-ce qu’il fait là, lui, à vendre des voitures électriques ?” Alors, des concessionnaires essaient d’embarquer, mais c’est plus difficile pour eux. »

Le rôle de la réglementation

Le Québec a institué en 2018 un système obligeant les constructeurs à atteindre des cibles de vente de véhicules électriques. « Là où on ne s’en sort pas, c’est que la réglementation a un rôle extrêmement important à jouer, croit M. Breton. Ce qu’on voit chez beaucoup de constructeurs, c’est que là où ils décident de diriger leurs efforts de vente et de distribution de véhicules électriques, c’est vers les marchés où la réglementation est de plus en plus sévère, nommément la Chine et l’Europe. »

Le Canada est à la remorque de la réglementation américaine, a-t-il dit. « Quand un gouvernement comme celui de Donald Trump recule sur un paquet de normes environnementales, dont les normes pour les véhicules, ça fait en sorte que les constructeurs ont beaucoup moins de pression pour fournir des véhicules zéro émission en Amérique du Nord, dont au Canada. »

L’infrastructure, pendant ce temps, se déploie. Hydro-Québec continue d’étendre son Circuit électrique. Le réseau compte aujourd’hui près de 2400 bornes, ce qui comprend 290 bornes à recharge rapide. On devrait ajouter cette année de 150 à 160 nouvelles bornes rapides, a dit un porte-parole.