Bombardier abaisse encore ses prévisions financières

Bombardier devrait inscrire une perte d’exploitation d’environ 230 millions $US dans sa division Transport.
Photo: John MacDougall Agence France-Presse Bombardier devrait inscrire une perte d’exploitation d’environ 230 millions $US dans sa division Transport.

Les difficultés rencontrées dans sa division Transport ferroviaire forcent Bombardier à abaisser de nouveau ses prévisions financières. À la surprise des analystes, la multinationale québécoise s’est également engagée dans un exercice de désendettement accéléré, ce qui l’amène notamment à réévaluer sa participation dans l’ex-programme CSeries. Les investisseurs n’ont pas apprécié, l’action chutant de 32 % au terme de la séance jeudi.

L’action classe B de Bombardier a terminé jeudi à 1,22 $, en baisse de 57 ¢, ou de 31,8 %, par rapport à la fermeture précédente, après avoir touché un creux à 1,10 $ en cours de séance. Ce repli a accompagné le dévoilement de résultats financiers préliminaires pour le quatrième trimestre et l’exercice 2019 s’inscrivant en baisse par rapport aux prévisions. Les résultas officiels seront publiés le 13 février.

L’entreprise attribue cette révision aux « mesures prises pour réaliser des projets ferroviaires en redressement », à « l’échéancier de ses paiements d’étape et des nouvelles commandes de Transport », ainsi qu’au report de la livraison de quatre avions Global 7500 au premier trimestre de 2020.

Parmi les points saillants, Bombardier devrait inscrire une perte d’exploitation d’environ 230 millions $US dans sa division Transport, en raison notamment d’une charge d’environ 350 millions « liée à certains projets au Royaume-Uni, aux négociations avec les Chemins de fer fédéraux suisses et à des coûts de production et de fabrication accrus en Allemagne ». L’exercice comprend l’établissement de pénalités pour retards.

Bombardier avait multiplié les ratés l’an dernier, forçant le départ du président de sa division ferroviaire. Peu avant que la torontoise Metrolinx n’indique qu’elle envisageait des sanctions financières pour le non-respect du calendrier de livraison, Bombardier Transport venait d’essuyer les doléances de la Suisse, de New York, puis de la France.

Pour leur part, les flux de trésorerie disponibles pour le quatrième trimestre sont évalués à 1 milliard, soit 650 millions de moins que prévu. « Tandis que le déficit de flux de trésorerie disponibles devrait se résorber en grande partie en 2020, la résorption sera contrebalancée par l’incidence sur les flux de trésorerie des coûts supplémentaires comptabilisés dans les rajustements au quatrième trimestre chez Transport », ajoute Bombardier.

Sur le plan des liquidités, l’exercice devrait prendre fin avec une trésorerie autour de 2,6 milliards. S’y ajouteront les résultats de la vente du programme CRJ à Mitsubishi et des activités liées aux aérostructures à Spirit AeroSystems, qui devraient ajouter quelque 1,1 milliard à la trésorerie.

Désendettement

La multinationale a également précisé être engagée dans un processus d’accélération de son désendettement, et toutes les options stratégiques sont étudiées, incitant les analystes à faire des conjectures entre les scénarios de ventes partielles ou de scission de l’entreprise. Au 31 décembre 2018, sa dette à long terme se situait légèrement au-dessus de 9 milliards, les états financiers soulignant que la portion à échéance dans un à trois ans se chiffrait à 3,2 milliards.

Dans la foulée, après s’être retirée de l’aéronautique commerciale pour se concentrer sur les avions d’affaires, « Bombardier réévalue sa future participation dans Société en commandite Airbus Canada (SCAC) ». Dans le processus lui ayant permis de mettre la main sur le programme CSeries, Airbus détient un peu plus de 50 % de la coentreprise, Bombardier retenant 33,6 % et Québec, 16,4 %, contre une injection de 1 milliard en 2016.

« Tandis que le programme A220 [l’ex-CSeries] continue de livrer concurrence avec succès sur le marché et de démontrer sa valeur aux compagnies aériennes, les plus récentes indications du plan financier de SCAC appellent à investir des capitaux additionnels pour soutenir l’accélération des cadences de production, à repousser le moment de renouer avec le seuil de rentabilité et à générer un rendement moins élevé que prévu sur la durée du programme. Cela pourrait réduire significativement la valeur de la coentreprise. » Une dépréciation de la valeur de son placement fait l’objet d’une analyse, dont l’ampleur sera présentée lors de la divulgation des résultats finaux.

Dans une note diffusée jeudi, l’analyste Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, accole une perspective négative pour l’action de Bombardier, se disant notamment déçu par la performance projetée pour Bombardier Transport.