Washington et Pékin concluent une trêve commerciale

L’afflux supplémentaire d’importations américaines en Chine pourrait compliquer la vie des exportateurs québécois, notamment de porc et de grains.
Photo: Sébastien St-Jean Agence France-Presse L’afflux supplémentaire d’importations américaines en Chine pourrait compliquer la vie des exportateurs québécois, notamment de porc et de grains.

Washington et Pékin ont conclu mercredi une trêve dans la guerre commerciale à laquelle ils se livrent depuis deux ans. Qualifiant l’entente « d’étape historique », Donald Trump a suspendu les nouveaux tarifs douaniers qu’il avait encore en réserve en échange de la promesse par la Chine d’acheter pour 200 milliards $US supplémentaires d’importations américaines, de mieux protéger la propriété intellectuelle et de s’engager dans une deuxième phase de négociations.

« Aujourd’hui marque une étape historique, une étape qui n’avait jamais été franchie avec la Chine, vers un accord commercial juste et réciproque entre les États-Unis et la Chine », a déclaré le président américain, alors qu’à un peu plus de deux kilomètres de là son procès en destitution se déplaçait de la Chambre des représentants au Sénat.

Cet accord va être profitable « à la Chine, aux États-Unis, au monde entier », a déclaré son homologue chinois, Xi Jinping, dans une lettre dont le vice-premier ministre chinois, Liu He, s’est fait le porteur à la séance de signature.

Entente préliminaire

Dans l’entente de 86 pages, la Chine s’engage à acheter pour 200 milliards d’importations américaines de plus par rapport au niveau de 2017 au cours des deux prochaines années, dont 78 milliards de biens manufacturiers, 32 milliards de produits agricoles, de 52 milliards en énergie fossile et de 38 milliards en services. Ces achats supplémentaires sont censés aider les États-Unis à réduire leur déficit commercial avec le premier pays exportateur au monde, grand sujet de préoccupation de Trump.

L’accord comprend aussi des dispositions relatives à la protection de la propriété intellectuelle et aux conditions de transferts de technologies.

Le contentieux américain (et de nombreux autres pays) à l’égard des subventions de Pékin à certaines industries et sociétés d’État a été renvoyé à une deuxième phase des négociations qui serait lancée lors d’une visite prochaine de Donald Trump en Chine. Elle aurait toutefois peu de chance, de l’aveu même de ses conseillers, d’être conclue avant la tenue des élections présidentielles américaines de novembre.

De son côté, Washington ne s’est engagé qu’à réduire un peu (de 15 % à 7,5 %) ses tarifs sur une partie (120 milliards) des importations chinoises et à suspendre les sanctions commerciales qu’il avait encore en réserve contre la Chine. Pour le reste, ses droits de douane punitifs, qui frappent actuellement quelque 360 milliards, ou 65 %, des importations chinoises aux États-Unis, selon le Oxford Economics, continueront de s’appliquer, comme Pékin maintiendra ses représailles qui visent 145 milliards, ou 57 %, de ses importations en provenance des États-Unis.

Cette masse de tarifs ne pourra être levée qu’après la conclusion de la phase 2 des négociations, a-t-on dit à Washington.

Selon le gouvernement Trump, l’accord signé mercredi ajoutera un demi-point de pourcentage de croissance à l’économie américaine. La Chambre de commerce américaine et le principal syndicat agricole du pays ont affiché moins d’enthousiasme que le locataire de la Maison-Blanche, insistant tous sur « le travail restant à faire ».

Cette trêve dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine est bien belle, mais que fait-on maintenant de la guerre Canada-Chine ?

Cette entente est malgré tout « bienvenue », a précisé sur Twitter la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgina, dont l’institution rapporte et dénonce depuis des mois l’incidence désastreuse des tensions commerciales sur l’économie mondiale.

Et la guerre Canada-Chine ?

Pour le monde, la trêve conclue entre les titans américain et chinois est « une bonne nouvelle tant que ça dure », a observé en entretien téléphonique au Devoir Patrice Dallaire, diplomate en résidence à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval. Cet accord ne vient toutefois pas renforcer la cause du libre-échange, ni celle d’un commerce mondial régi par les mêmes règles pour tous, dont le Canada s’est fait un grand défenseur, déplore l’expert. « C’est même le contraire. Il faudrait plutôt parler de gestion du commerce. »

Bien que les engagements pris par la Chine ne précisent pas quels types de produits américains elle achètera en plus grande quantité, il n’y a pas de doute que le soya et le porc seront du nombre, a expliqué au Devoir Ramzy Yelda, analyste principal des marchés chez les Producteurs de grains du Québec.

L’afflux supplémentaire d’importations américaines pourrait compliquer la vie des exportateurs québécois, dit-il, mais nuira surtout au Brésil qui a remplacé les États-Unis comme premier exportateur agricole mondial. « Tout cela est des vases communicants. »

Mais la tension entre Washington et Pékin a aussi eu pour effet de glacer d’un coup les relations diplomatiques et commerciales entre le Canada et la Chine dans la foulée de l’affaire Meng Wanzhou, rappelle Ramzy Yelda. « Cette trêve dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine est bien belle, mais que fait-on maintenant de la guerre Canada-Chine ? »

Avec l’Agence France-Presse