BlackRock s’investit d’un devoir climatique

Une manifestation pour le climat devant les bureaux de BlackRock à San Francisco en décembre dernier
Photo: Justin Sullivan Getty Images / Agence France-Presse Une manifestation pour le climat devant les bureaux de BlackRock à San Francisco en décembre dernier

BlackRock prend le virage climat. L’un des plus importants gestionnaires de fonds d’investissement au monde définit désormais les changements climatiques comme étant le risque d’investissement. « Dans un avenir proche, et plus tôt que prévu, il y aura une réaffectation importante du capital », prévient Larry Fink, président et directeur général de la firme.

Répondant à la pression de plus en plus forte en ce sens, le gestionnaire new-yorkais d’actif et titan de l’industrie des fonds négociés en Bourse (FNB), avec plus de 7000 milliards $US d’actifs sous gestion, dont les deux tiers sous forme indicielle, répond aux doléances « de la rue » réclamant des gestes concrets et immédiats. « Les changements climatiques sont devenus un facteur déterminant dans les perspectives à long terme des entreprises », écrit Larry Fink dans sa lettre annuelle adressée aux p.-d.g. de ce monde.

Les investisseurs soulèvent les effets notoires et systémiques que ces changements ont sur la croissance économique et la prospérité, « un risque que les marchés ont jusqu’à présent été plutôt lents à refléter. Mais la prise de conscience évolue rapidement et je pense que nous sommes au bord d’une refonte fondamentale de la finance », prévient-il. Rappelant le facteur d’anticipation qui caractérise les marchés, « dans un avenir proche, et plus tôt que prévu, il y aura une réaffectation importante du capital ».

Divulgation des investissements

Campé dans un rôle de fiduciaire, le géant de la gestion d’actifs entend placer « la durabilité au centre de [leur] approche d’investissement », faisant de ce critère « une partie intégrante de la construction du portefeuille et de la gestion des risques ».

Parmi les gestes concrets mentionnés, BlackRock évoque l’abandon des investissements présentant un risque élevé lié à la durabilité, tels les producteurs de charbon thermique, et le lancement de produits d’investissement filtrant les combustibles fossiles. Le gestionnaire jouera également la carte de la divulgation. Il demande aux sociétés dans lesquelles il investit au nom de ses clients de publier d’ici la fin de 2020 une divulgation conforme (ou similaires) aux directives SASB (Sustainability Accounting Standards Board) spécifiques à l’industrie et une déclaration des risques liés au climat conformément aux recommandations du TCFD (Task Force on Climate Related Financial Disclosures).

« Lorsque nous estimerons que les entreprises et les conseils d’administration ne produisent pas de divulgations efficaces en matière de développement durable ou ne mettent pas en oeuvre de cadres pour gérer ces problèmes, nous tiendrons les membres du conseil d’administration pour responsables », a ajouté Larry Fink.

« Les portefeuilles intégrés à la durabilité peuvent offrir de meilleurs rendements ajustés au risque. » À l’opposé, « au fil du temps, les entreprises et les pays qui ne répondent pas aux parties prenantes et n’abordent pas les risques de développement durable seront confrontés à un scepticisme croissant de la part des marchés et, à leur tour, à un coût du capital plus élevé », écrit-il.

Dans un texte publié en octobre dernier, The Guardian indiquait que BlackRock, Vanguard et State Street — les trois plus gros acteurs de l’industrie des FNB avec 70 % du marché — abritaient quelque 300 milliards $US d’investissements liés aux énergies fossiles dans leurs portefeuilles. Selon un décompte publié dans le magazine Ponderwall, ces trois acteurs figurent parmi les plus importants actionnaires de 40 % des entreprises inscrites en Bourse aux États-Unis, de 90 % des entreprises composant le S&P 500.