La situation financière des ménages québécois se distingue

À une progression rapide de la rémunération se greffent des allégements fiscaux contribuant à accroître la marge de manœuvre financière des familles.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À une progression rapide de la rémunération se greffent des allégements fiscaux contribuant à accroître la marge de manœuvre financière des familles.

Le découplage de l’économie québécoise se traduit par une situation financière des ménages contrastée à l’échelle canadienne. Inversement à ce qui est observé en Ontario et à la moyenne canadienne, les ménages québécois ont réduit leur taux d’endettement et accru leur taux d’épargne, puisant à même la vigueur du marché du travail et tirant parti d’un marché immobilier plus abordable, sur une base relative.

Les statistiques sur l’emploi ont permis au Québec d’enregistrer une autre année faste en 2019. À 5,3 % en décembre, le taux de chômage québécois est revenu au niveau de celui de l’Ontario, malgré une création d’emplois quatre fois plus rapide en Ontario qu’au Québec l’an dernier. Depuis trois ans, la hausse plus rapide des revenus après impôts des Québécois a marqué un tournant, écrit Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins.

Au cours de cette période, le découplage s’est fait plus criant entre le Québec et le Canada, avec un écart de croissance entre les PIB respectifs allant en se creusant et avec une démarcation prononcée de l’évolution des taux de chômage et de la progression des salaires.

Une étude de l’Institut du Québec publiée en novembre dernier concluait que « le Québec est désormais champion du taux d’emploi des 25-54 ans », la performance du Québec à ce chapitre surpassant celle de l’Ontario, notamment en raison de la participation significativement accrue des jeunes au marché du travail et au taux d’activité des femmes. Le Québec tient également très bien la comparaison en matière d’intégration des immigrants au marché du travail, avec un taux de chômage des immigrants connaissant en 2018 un creux depuis que le Québec compile cette statistique, il y a 12 ans, faisait ressortir l’Institut.

S’ajoute la réalité démographique du Québec, qui se distingue par un vieillissement plus marqué de la population. « Cette situation a épuré le bassin de main-d’oeuvre disponible, a fait grimper en flèche le nombre de postes vacants, exerçant une pression sur les salaires. Par le passé, les hausses annuelles se situaient entre 1 et 2 %. Depuis trois ans, l’augmentation de la rémunération des salariés avoisine plutôt les 3 % », poursuit Hélène Bégin.

À cette progression rapide de la rémunération se greffent des allégements fiscaux contribuant à accroître la marge de manoeuvre financière des ménages. Le taux d’épargne a augmenté « de façon considérable au Québec » pour avoisiner les 8 %. « En l’espace de cinq ans, le taux d’épargne en Ontario est passé de 4 à -0,6 % et celui du Canada, de 5,1 à 1,8 % », ajoute l’économiste.

Plafonnement de l’endettement

La progression soutenue des revenus a également conduit à un plafonnement de l’endettement au Québec, avec un taux d’endettement avoisinant 155 %. Celui des Ontariens se situe à 188 % et celui des Canadiens, autour de 175 %, une différence qui n’est également pas sans refléter l’écart notoire du prix des propriétés. En novembre dernier, « le niveau moyen des prix se situait à 331 525 $ au Québec, à 628 234 $ en Ontario et à 526 303 $ au Canada ». Avec des prêts hypothécaires comptant pour les trois quarts de la dette des particuliers, les prix relativement plus abordables au Québec induisent un ratio d’endettement total plus faible.

« Depuis trois ans, la hausse des revenus est semblable à celle du prix moyen des propriétés. Cela a contribué à mettre fin à la hausse du taux d’endettement au Québec », lit-on dans la petite étude de Mme Bégin. S’ajoute à l’équation un taux d’épargne favorisant les remboursements anticipés. De plus, « le vieillissement accéléré de la population du Québec peut faire en sorte que plusieurs ménages terminent de payer leur hypothèque ou sont en voie d’y arriver ».