Une autre année difficile en vue pour l’économie mondiale

Faisant face à l’hostilité commerciale des États-Unis et à un ralentissement de sa demande intérieure, l’économie chinoise poursuivra sa décélération d’un rythme d’expansion de 6,6% à 6,1% l’an dernier, à 5,9% cette année, puis 5,8% l’année prochaine et 5,7% l’année d’après.
Photo: Agence France-Presse Faisant face à l’hostilité commerciale des États-Unis et à un ralentissement de sa demande intérieure, l’économie chinoise poursuivra sa décélération d’un rythme d’expansion de 6,6% à 6,1% l’an dernier, à 5,9% cette année, puis 5,8% l’année prochaine et 5,7% l’année d’après.

Sortant à peine de son année la plus difficile depuis la dernière crise financière, l’économie mondiale n’aura droit qu’à un modeste rebond en 2020, prédit la Banque mondiale. Et seulement si elle parvient à éviter les nombreux pièges qui se dresseront sur son chemin.

Après avoir dégringolé l’an dernier de 3 % à seulement 2,4 %, son niveau le plus bas depuis la Grande Récession de 2008-2009, la croissance économique mondiale ne fera probablement pas mieux que 2,5 % cette année, a estimé mercredi l’institution internationale. Cette bien timide remontée ne sera toutefois pas généralisée, prévient-on, un grand nombre d’économies, dont celles des États-Unis, de la zone euro et de la Chine, semblant condamnées à poursuivre leur ralentissement. Qui plus est, « même pour obtenir cette modeste accélération, il faudra que plusieurs choses tournent bien », a prévenu Ceyla Pazarbasioglu, vice-présidente à la Banque mondiale en introduction la nouvelle édition des Perspectives pour l’économie mondiale de son institution.

Au moment de faire une nouvelle fois le point sur l’état de la situation, les économistes de la Banque mondiale n’ont pas eu le choix de réviser encore une fois à la baisse la plupart de leurs précédentes prévisions. En retrait d’un dixième de point de pourcentage par rapport au mois de juin, la croissance projetée dans les pays avancés est ainsi désormais de 1,6 % en 2019, de 1,4 % cette année puis de 1,5 % les deux années suivantes. Dans les économies émergentes et en développement, la correction à la baisse a été d’un demi-point de pourcentage à 3,5 % en 2019, 4,1 % cette année et 4,3 % l’an prochain.

Boomerang commercial

À tout seigneur tout honneur, les États-Unis, première économie du monde, devraient continuer de ressentir l’effet des tarifs commerciaux passés sur les échanges et l’investissement, de l’incertitude des entreprises et de l’épuisement de l’effet stimulant des baisses d’impôt du gouvernement Trump que la politique monétaire accommodante de la Réserve fédérale américaine ne parviendra pas complètement à compenser. De 2,9 % en 2018 et 2,3 % l’an dernier, la croissance poursuivra ainsi son ralentissement à 1,8 % cette année avant de se fixer à 1,7 % les deux années suivantes.

La situation se révèle encore plus difficile en Europe où plusieurs économies ont flirté, cette année, avec la récession, notamment en Allemagne. Toujours plombée par la crise du Brexit, la zone euro devra vraisemblablement se contenter d’un autre tassement de la croissance de 1,1 % en 2019 à 1 % cette année, avant d’assister à une maigre remontée à 1,3 % les deux années suivantes.

Faisant face, quant à elle, non seulement à l’hostilité commerciale des États-Unis, mais aussi à un ralentissement de sa demande intérieure, l’économie chinoise poursuivra sa décélération d’un rythme d’expansion de 6,6 % à 6,1 % l’an dernier, à 5,9 % cette année, puis 5,8 % l’année prochaine et 5,7 % l’année d’après.

En fait, explique la Banque mondiale qui ne donne pas de prévision sur le Canada seulement, le rebond de la croissance mondiale, qui devrait poursuivre sa lente remontée jusqu’à atteindre 2,7 % en 2022, est pour le moment essentiellement le résultat de l’amélioration de la situation dans seulement « quelques grandes économies » qui connaissaient jusque-là des moments particulièrement difficiles, comme l’Inde, le Brésil, l’Arabie saoudite et le Mexique.

Risques de détérioration

Il n’est pas impossible que l’avenir nous réserve de belles surprises, notamment si la désescalade de la tension commerciale entre les États-Unis et la Chine se fait plus rapidement qu’anticipé ou que de nouveaux traités commerciaux, comme l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), libèrent une énergie nouvelle.

Mais les risques d’une détérioration de la situation plus prononcée qu’attendue sont bien plus grands encore, prévient la Banque mondiale. « Ces risques comprennent une recrudescence des tensions commerciales et de l’incertitude des politiques commerciales, un ralentissement plus marqué que prévu dans les grandes économies et des turbulences financières dans les économies émergentes et en développement. »

Une telle aggravation de la situation se ferait au moment où les pays riches, comme les économies en développement, sont aux prises avec la quatrième et plus importante vague d’endettement des 50 dernières années, rappelle l’institution internationale. « Bien que le faible niveau actuel des taux d’intérêt atténue certains des risques associés à une dette élevée, les précédentes vagues [d’endettement] se sont soldées par des crises financières généralisées ».