Un deuxième gros transformateur laitier américain se restructure

Même si la consommation de produits laitiers est en hausse de près de 20 % la consommation de lait par habitant aux États-Unis a diminué de 40 % par habitant depuis 1975.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Même si la consommation de produits laitiers est en hausse de près de 20 % la consommation de lait par habitant aux États-Unis a diminué de 40 % par habitant depuis 1975.

Changement dans les habitudes de consommation et perte de marchés… L’industrie laitière se porte mal aux États-Unis. Borden Dairy est devenue, lundi, le deuxième grand transformateur en deux mois à se placer sous la protection des tribunaux.

Le numéro un Dean Foods l’a fait en novembre. C’est au tour de Borden Dairy de vouloir restructurer sa dette sous la protection des tribunaux. L’entreprise de Dallas, qui compte 3300 employés répartis entre 12 usines de transformation, affiche un actif et des engagements oscillant entre 100 et 500 millions de dollars américains selon les données publiées par l’agence Bloomberg.

Le transformateur, en activité depuis 160 ans, évoque l’érosion de ses marges bénéficiaires sous la pression haussière sur le prix des intrants difficilement transférable aux consommateurs dans un marché fortement concurrentiel et morcelé. À eux deux, Borden et Dean Foods revendiquaient l’an dernier 13,5 % des ventes de lait aux États-Unis.

Plus de 2700 fermes laitières ont fait faillite au cours des 18 derniers mois

Borden a déclaré une perte de 42,4 millions au cours de l’exercice clos le 7 décembre, s’ajoutant à celle de 14,6 millions en 2018, sur des ventes nettes de 1,2 milliard. L’entreprise fait toutefois ressortir ses bénéfices d’exploitation positifs, indiquant qu’elle a besoin d’une structure de capital plus viable afin de poursuivre ses activités sur une base plus solide.

En amont, les fermes laitières se veulent moins nombreuses. « Plus de 2700 fermes laitières ont fait faillite au cours des 18 derniers mois », écrit l’entreprise dans sa documentation déposée en cour. Malgré l’hémorragie, l’industrie laitière américaine, largement subventionnée, demeure dans un état de surproduction, pouvait-on lire dans un texte de Libération publié la semaine dernière.

Une surproduction traditionnellement épongée, en partie, par l’exportation. Mais les guerres commerciales du président Donald Trump ont provoqué la fermeture de ces débouchés, sous les ripostes tarifaires venant du Mexique, du Canada ou de la Chine, qui ont été récupérés par d’autres pays.

S’ajoute, pour Dean et Borden, la perte d’importants clients, Walmart et Kroger ayant décidé de se doter de leurs propres infrastructures de transformation de lait à faibles coûts. S’y greffe un changement dans les habitudes de consommateurs, les Américains s’en remettant davantage aux boissons végétales.

Même si la consommation de produits laitiers est en hausse de près de 20 % la consommation de lait par habitant aux États-Unis a diminué de 40 % par habitant depuis 1975, selon les données du Département américain de l’agriculture citées par les médias. De 29 % depuis un peu plus de 20 ans, passant de 24 gallons par année en 1996 à 17 gallons en 2018, peut-on lire dans un texte de l’Associated Press.

Dean Foods avait soulevé la même problématique dans ses documents soumis à la cour en novembre. Le transformateur venait d’afficher des pertes dans sept de ses huit derniers trimestres, avait repris Le Bulletin des agriculteurs. Sur un chiffre d’affaires de 7,8 milliards en 2018, en baisse de 38 % sur dix ans, rappelait le quotidien Les Échos.