Le raid américain contre l’Iran secoue les marchés financiers

Les prix du baril de pétrole ont pris jusqu’à 4% peu après l’annonce de la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani (sur la photo) dans une attaque ordonnée par le président américain Donald Trump en Irak vendredi.
Photo: Aamir Qureshi Agence France-Presse Les prix du baril de pétrole ont pris jusqu’à 4% peu après l’annonce de la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani (sur la photo) dans une attaque ordonnée par le président américain Donald Trump en Irak vendredi.

Les cours du pétrole ont flambé vendredi dans la foulée de la mort d’un haut dignitaire iranien lors d’un raid américain à Bagdad, un assassinat ciblé ravivant les craintes d’un affrontement violent entre les deux pays qui inquiète les bourses mondiales.

Les prix du baril ont pris jusqu’à 4 % peu après l’annonce de la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani avant de terminer en hausse de 3,5 % pour le Brent à Londres et de 3,1 % pour le WTI à New York.

La frappe, qui a suscité des réactions inquiètes dans le monde, a été ordonnée par le président américain Donald Trump après une attaque contre l’ambassade des États-Unis à Bagdad, mardi.

« Le marché prend la menace d’une escalade militaire au sérieux, en particulier parce que le gouvernement Trump est imprévisible dans ses actions », explique à l’AFP John Hall, du cabinet Alfa Energy.

Et l’Iran a d’ores et déjà promis de prendre sa « revanche sur l’Amérique criminelle pour cet horrible meurtre ».

« L’Iran pourrait bloquer le détroit d’Ormuz, s’emparer des pétroliers ou même les attaquer. Bien entendu, de telles actions susciteraient une réaction rapide de la part de pays tiers et cela pourrait mener à une guerre totale au Moyen-Orient », craint Réda Aboutika, analyste pour le courtier en ligne XTB.

Une hausse des prix du carburant engendrée par une perturbation majeure de l’offre d’or noir sur le marché mondial peut avoir pour effet de peser sur le budget des consommateurs, mais peut aussi profiter aux producteurs de brut.

Pactole pour le pétrole

Logiquement, du côté des valeurs, les titres des sociétés pétrolières faisaient partie des gagnantes du jour.

À Paris, Total a pris 1,13 % et TechnipFMC 1,06 %, tandis qu’à Londres, BP a gagné 2,75 % et Royal Dutch Shell 2,13 %.

Les compagnies aériennes ont en revanche été touchées de plein fouet par la crainte d’une hausse prolongée des prix du carburant : American Airlines a perdu 4,95 % à New York et Air-France KLM a lâché 7,92 % à Paris.

Les Bourses mondiales sont restées sur leurs gardes à l’image de Wall Street où le Dow Jones (-0,81 %) comme le Nasdaq (-0,79 %) et le S&P 500 (-0,71 %) ont terminé dans le rouge.

De leur côté, les places boursières européennes ont terminé en ordre dispersé. Celles de Paris (+0,04 %) et de Londres (+0,24 %) ont résisté, mais le Dax à Francfort (-1,25 %) et le FTSE MIB à Milan (-0,56 %) ont été gagnés par l’inquiétude.

Du côté des marchés asiatiques, Hong Kong (-0,32 %) et Shenzhen (-0,05 %) ont fini en baisse.

L’once d’or jouait quant à elle son rôle de valeur refuge et montait nettement à 1551,48 dollars vers 21 h 45 GMT contre 1529,13 dollars la veille.

Au Canada, la Bourse de Toronto affichait plus tôt dans la séance une croissance de 3 %, mais a perdu quelques plumes pour finalement clôturer sur une hausse de 0,8 %.

Les actions de plusieurs entreprises pétrolières de Calgary ont enregistré des gains vendredi, y compris celle de MEG Energy, qui a pris 4,2 %, et celle de Canadian Natural Resources, qui a progressé de 0,8 %. Par ailleurs, les titres d’ARC Resources, de Vermilion Energy et de Tourmaline Oil ont pris respectivement 2,9 %, 1,5 % et 1,9 %.

Déjà vu

Selon des analystes, il ne faut pas s’attendre à une augmentation immédiate des prix de l’essence à la pompe, mais cela pourrait se produire si les tensions persistent sur une période prolongée.

Les courtiers ont « encore en tête le souvenir du mois de septembre et des attaques de drones sur des infrastructures pétrolières en Arabie saoudite », avance Gregori Volokhine de Messchaert Financial Services. « Les mouvements sur les marchés avaient été effacés en quelques jours. »

Randy Ollenberger, directeur général de la recherche sur les actions pétrolières et gazières de BMO Marchés des capitaux, a signalé certaines craintes de voir une escalade du conflit, ce qui pourrait affecter la production saoudienne ou entraîner des problèmes avec les expéditions de pétrole à travers la région.

« Nous avons vu [le prix du baril de pétrole Brent] à 80 $US la dernière fois, avec une panne relativement brève », a-t-il souligné.

« Si l’Iran menait une action plus concertée pour perturber la production mondiale, il faudrait envisager des prix plus élevés que cela, auquel cas nous observerions certainement un mouvement encore plus important dans les actions canadiennes. »

Avec La Presse canadienne

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