Victoire importante, mais temporaire, contre les déficits au Québec

Québec rapportait encore l’an dernier un surplus budgétaire équivalant à 1,7% de son PIB, alors que la Colombie-Britannique n’a pu faire mieux que l’équilibre et que l’Ontario et l’Alberta rapportaient respectivement des déficits de 1,4% et de 2%.
Photo: Getty Images Québec rapportait encore l’an dernier un surplus budgétaire équivalant à 1,7% de son PIB, alors que la Colombie-Britannique n’a pu faire mieux que l’équilibre et que l’Ontario et l’Alberta rapportaient respectivement des déficits de 1,4% et de 2%.

La dette du gouvernement du Québec n’est plus la même depuis sa loi antidéficit et la création du Fonds des générations. L’amélioration impressionnante de l’état des finances publiques québécoises devrait se poursuivre encore quelques années, mais requerra tôt ou tard de nouvelles adaptations afin de tenir compte du vieillissement de la population.

Au moment de l’adoption de sa Loi sur l’équilibre budgétaire (LEB) à la fin des années 1990, le gouvernement québécois avait connu une quarantaine d’années déficitaires consécutives, affichait l’une des plus lourdes dettes en proportion de son économie parmi les provinces canadiennes et était menacé d’une troisième décote rapide par l’agence de notation Moddy’s, rappelle le professeur et chercheur principal à la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université Sherbrooke Luc Godbout dans un nouvel article de la Revue fiscale canadienne intitulé : « Dette du Québec ; dompter la bête ». Non seulement la province fait-elle bien meilleure figure à ce chapitre aujourd’hui, en dépit notamment des ravages de la Grande Récession, mais elle a fini de rattraper son retard sur sa voisine ontarienne et s’apprête à la devancer.

À preuve, l’écart défavorable de 15 points de pourcentage qu’accusait la dette nette du Québec en proportion de la taille de son économie en 1997-1998 — à raison de 46 % de son produit intérieur brut (PIB) contre 31 % en Ontario — a presque complètement disparu aujourd’hui et devrait même être à l’avantage du Québec de 4 points de pourcentage d’ici 2023-2024. Le gouvernement québécois fait presque aussi bien par rapport à ceux de l’ensemble des autres provinces canadiennes, avec un écart moyen qui a fondu de plus de moitié depuis l’exercice 2006-2007, de 21,3 % à 9,7 %.

[...] on s’attend à ce que les finances publiques du Québec soient sous tension à long terme

Cette performance se reflète notamment sur l’ampleur des paiements des intérêts de sa dette, dont le poids est passé de 15,7 % de l’ensemble de ses dépenses à 8,5 % et pourrait diminuer encore, d’ici quatre ans, à 7,4 %, contre 8,9 % en Ontario. La cote de crédit du Québec s’est non seulement améliorée, elle est aujourd’hui meilleure que celle de l’Ontario et inférieure seulement à celle de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et de la Saskatchewan.

Deux facteurs importants

Luc Godbout y voit la marque de la Loi sur l’équilibre budgétaire, qui interdit, depuis 1996, les déficits à moins de circonstances exceptionnelles et que les gouvernements successifs n’ont pas osé remettre en cause de peur d’en payer le prix politique devant la population. Porté en plus par une économie plus vigoureuse qu’ailleurs, Québec rapportait encore l’an dernier un surplus budgétaire équivalant à 1,7 % de son PIB, alors que la Colombie-Britannique n’a pu faire mieux que l’équilibre et que l’Ontario et l’Alberta rapportaient respectivement des déficits de 1,4 % et de 2 %.

L’expert y voit aussi le résultat de la création du Fonds des générations, dans lequel le gouvernement québécois verse et fait fructifier, depuis 2006, des revenus de différentes sources, notamment de sa société d’État Hydro-Québec, dans le but de diminuer le transfert intergénérationnel du fardeau de la dette. Encore à plus de 8 milliards malgré trois versements au remboursement de la dette totalisant 11 milliards, la valeur comptable du Fonds devrait ainsi déjà avoir remonté à près de 21 milliards d’ici quatre ans.

Transition démographique

Ce cercle vertueux devrait donc continuer d’agir encore quelque temps, prédit Luc Godbout, « cependant, à partir de la fin de la prochaine décennie, les déficits budgétaires tendront à progresser ».

C’est qu’il faudra « faire face à l’important défi de la transition démographique ». Déjà en cours, la diminution du nombre de Québécois âgés de 20 à 64 ans ne fera pas que plomber la croissance économique, et par conséquent les revenus de l’État, elle poussera aussi à la hausse ses dépenses, notamment en matière de santé. « Ainsi, malgré des hypothèses misant sur une augmentation des taux d’emploi, sur la croissance de la productivité et sur l’évolution de la technologie dans le domaine de la santé, on s’attend à ce que les finances publiques du Québec soient sous tension à long terme », écrit le professeur de l’Université de Sherbrooke.

Dans ce contexte, et en dépit des succès remportés les dernières années à ce chapitre au Québec, « les finances publiques et les outils développés au cours des dernières décennies devront encore une fois s’ajuster pour une gestion efficace de l’endettement », conclut-il.