Nemaska Lithium veut se protéger de ses créanciers

Vue aérienne de l'aire de concassage et tri du minerai
Photo: Nemaska Lithium Vue aérienne de l'aire de concassage et tri du minerai

L’entreprise Nemaska Lithium, qui tente toujours de sauver son projet de mine et d’usine de transformation de lithium, a annoncé lundi qu’elle compte demander à la Cour supérieure du Québec d’obtenir la protection contre ses créanciers.

Dans un communiqué de presse, la compagnie explique vouloir se « donner suffisamment de temps […] pour mener à bien ses efforts de refinancement afin de permettre l’achèvement de la construction de son projet Whabouchi, lesquels sont nécessaires en raison de la réévaluation des coûts précédemment annoncée ».

Les transactions sur ses actions ordinaires ont été suspendues à la Bourse de Toronto.

Nemaska Lithium souhaite transformer, dans une usine électrochimique à Shawinigan, du minerai de spodumène extrait de la mine Whabouchi — à quelque 300 kilomètres au nord de Chibougamau — en sels de lithium à valeur ajoutée. Ces derniers seraient ensuite vendus à des fabricants de matériaux de cathodes destinés aux batteries rechargeables au lithium-ion.

Dépassements de coût

Initialement estimé à 1,1 milliard en 2018, le projet a été marqué par des dépassements de coût de l’ordre de 375 millions, ce qui a forcé la compagnie à trouver plus d’argent, en plus d’interrompre la construction de son usine de Shawinigan.

Selon la direction de Nemaska, une ordonnance de la Cour fournirait « la protection nécessaire pour poursuivre le processus d’examen stratégique continu de la société ». Celle-ci a d’ailleurs indiqué qu’elle « pourrait demander à la Cour d’approuver le lancement d’un processus officiel de sollicitation d’investisseurs visant à obtenir du financement supplémentaire, à vendre des actifs, à conclure une coentreprise ou une combinaison de ces opérations ».

Au mois de novembre, la compagnie a indiqué qu’elle continuait à discuter avec Pallinghurst, un groupe d’investissement britannique, afin d’en arriver à une « structure de financement optimisée » pour le projet et de la soumettre au vote des actionnaires aussitôt que possible. Pallinghurst, qui a proposé cet été d’injecter 600 millions, s’est déjà décrit comme un investisseur à long terme. Le groupe détient par ailleurs 19,9 % des actions de Nouveau Monde Graphite, à Saint-Michel-des-Saints.

Le plus important actionnaire au capital-actions de Nemaska Lithium est Investissement Québec (IQ), qui possède un bloc d’environ 13 %. Au deuxième rang figure la société japonaise SoftBank, à 9,9 %. IQ a déboursé 80 millions pour les actions et a fourni 50 millions pour acheter des obligations garanties et remboursables par anticipation.

« Il n’y a aucun doute que nous avons les bons partenaires pour mener le projet à la production commerciale dans les délais prévus, afin de bénéficier de l’élan du marché que nous attendons dans les prochaines années », a dit le président et chef de la direction de Nemaska Lithium, Guy Bourassa, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes le 8 octobre 2019.

Nemaska Lithium est un « actif stratégique » pour le Québec, a affirmé au mois de novembre le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, cité par La Presse. Il a rencontré le président du fonds d’investissement. « Pallinghurst et le gouvernement sont alignés quant à ce qu’on veut faire avec notre lithium. Ils font leur travail de [vérification] et ont jusqu’à la fin de décembre pour prendre une décision. »

Avec Le Devoir