Un nouveau départ pour l’entreprise SNC-Lavalin

Même si la reconnaissance de culpabilité pourrait entraîner «certains risques à court terme», SNC-Lavalin ne croit pas qu’il y aura de conséquences négatives sur l’ensemble de la compagnie à plus long terme.
Photo: Julien Besset Agence France-Presse Même si la reconnaissance de culpabilité pourrait entraîner «certains risques à court terme», SNC-Lavalin ne croit pas qu’il y aura de conséquences négatives sur l’ensemble de la compagnie à plus long terme.

Plombée depuis des années par l’incertitude découlant des accusations déposées en 2015, SNC-Lavalin a maintenant les coudées franches et les investisseurs croient que la compagnie vit un nouveau départ, si l’on se fie aux experts et à la réaction du marché après l’annonce d’une reconnaissance de culpabilité de sa filiale SNC-Lavalin Construction inc., qui a entraîné le retrait des accusations contre la société mère.

La firme de génie-conseil, à qui la justice reprochait ses activités passées en Libye, entre 2001 et 2011, a indiqué d’entrée de jeu que l’abandon des chefs d’accusation qui pesaient sur le Groupe SNC-Lavalin inc. et SNC-Lavalin International inc. « atténue l’incertitude et les distractions qui ont contribué à miner le rendement » de la compagnie montréalaise.

 
28,70 $
C’est le prix de l’action de SNC-Lavalin à la clôture des marchés, mercredi, le titre ayant gagné 19 %.

Même si la reconnaissance de culpabilité pourrait entraîner « certains risques à court terme », SNC-Lavalin ne croit pas qu’il y aura de conséquences négatives sur l’ensemble de la compagnie à plus long terme. Selon l’avocat de l’entreprise, Me François Fontaine, « ça n’a pas d’impact sur la possibilité de soumissionner pour les contrats publics, ce qui aurait été le cas d’un accord de réparation » avec les procureurs fédéraux.

Après l’annonce, le cours du titre a bondi d’environ 23 %, à près de 30 $, revenant ainsi au niveau qu’il affichait au printemps dernier. L’action a terminé la séance à 28,70 $, en hausse de 19 %.

L’arrêt des procédures dissipe l’incertitude, a estimé Michel Magnan, titulaire de la Chaire de gouvernance d’entreprise Stephen-A.-Jarislowsky à l’Université Concordia. « Comme investisseur, le niveau de risque vient d’être réduit. Et au chapitre des profits futurs, l’incertitude quant à leur capacité de soumissionner pour des contrats est levée. » Pas seulement sur des contrats publics, a-t-il dit, car des clients du secteur privé pourraient aussi être rassurés. Sans compter le fait que la direction pourra concentrer davantage d’efforts au développement des affaires plutôt qu’à une défense.

Effet sur la confiance

La compagnie a répété dans son rapport annuel 2018 que l’absence d’un accord de réparation avec les procureurs fédéraux a eu des conséquences néfastes « sur la confiance que nous accordent nos clients et partenaires d’affaires ». Au Canada, son effectif est passé d’environ 20000 personnes en 2013 à 8500 au début de 2019. En 2018, SNC-Lavalin a enregistré 29 % de ses revenus au Canada, comparativement à 17 % aux États-Unis, 20 % en Europe, 10 % en Arabie saoudite et 7 % dans les pays de l’Asie-Pacifique.

L’hiver dernier, au moment des révélations concernant des pressions qu’aurait subies la ministre de la Justice pour écarter les procédures judiciaires à la faveur d’une entente de réparation, des experts avaient affirmé au Devoir qu’une éventuelle condamnation aurait pu entraîner de sérieux problèmes. Du coup, SNC-Lavalin aurait pu se heurter à des difficultés pour participer à des appels d’offres et obtenir du financement auprès d’organisations internationales.

L’entente « devrait écarter la majeure partie de l’incertitude liée aux procédures judiciaires de l’entreprise », a écrit mercredi un analyste de Valeurs mobilières Desjardins, Benoit Poirier, dans une note envoyée aux clients. La somme de 280 millions que SNC-Lavalin versera sur cinq ans « est inférieure aux 500 millions que nous avions prévus dans une analyse de type “somme des parties” ». En dépit d’un peu d’incertitude à court terme, « nous croyons que ceci sera compensé par l’impact positif de l’entente ».

Son plus important actionnaire, la Caisse de dépôt et placement du Québec, croit qu’il s’agit d’une « bonne nouvelle que SNC puisse clore ce chapitre difficile », selon un porte-parole. L’institution détenait près de 20 % des actions de SNC-Lavalin au 31 décembre 2018, un bloc d’environ 1,6 milliard. La Caisse a durci le ton face à l’entreprise cet été lorsque la direction a annoncé une nouvelle réorganisation. Elle a cependant applaudi à la fin du mois d’octobre quand SNC-Lavalin a confirmé le président par intérim dans ses fonctions et qu’elle a présenté les premiers résultats du recentrage de la compagnie sur les services d’ingénierie.

L’Autorité des marchés financiers n’a pas souhaité faire de commentaire.

Avec Améli Pineda