Le regain économique du Québec en huit points

Le taux de chômage se situe parmi les plus bas au Canada et ne peut être dissocié des tendances démographiques.
Photo: Getty Images Le taux de chômage se situe parmi les plus bas au Canada et ne peut être dissocié des tendances démographiques.

Jusque-là morose, avec une progression du PIB peinant à dépasser 1,5 % au sortir de la récession, l’économie du Québec maintient une cadence annuelle de 2,5 % depuis trois ans. Une « résilience » économique expliquée en huit points.

Au début du mois, dans une étude comparant le marché du travail du Québec à celui de l’Ontario, l’Institut du Québec relevait un avantage québécois au chapitre de la participation accrue des jeunes au marché du travail, au taux d’activité des femmes et en matière d’intégration des immigrants. Les auteurs rappelaient que ces constats avaient, pour trame de fond, un découplage entre les économies du Québec et du Canada ces trois dernières années.

Un écart de croissance qualifié la semaine dernière de volte-face par Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins, après un rebond plutôt modeste au sortir de la récession de 2008-2009. Outre l’accélération de l’économie mondiale à compter de la mi-2016, l’économiste retient huit grands facteurs explicatifs.

 
2,5%
C’est la cadence annuelle que maintient l’économie du Québec depuis trois ans.

Cette « période de résilience actuelle » de l’économie québécoise repose d’abord sur la stabilité de son marché immobilier résidentiel. « Historiquement, les marchés immobiliers du Québec et de Montréal ont toujours été moins cycliques que ceux du reste du Canada, notamment Toronto et Vancouver ».

S’y greffe la diversification industrielle d’une économie peu sensible au cycle de production pétrolière. « Les difficultés de ce secteur expliquent en partie la faible croissance du PIB réel canadien à la fin de 2018 et au début de 2019. »

Manque de main-d’oeuvre

On revient également au retour en forme du marché du travail, avec un taux de chômage se situant parmi les plus bas au Canada, qui ne peut être dissocié des tendances démographiques. Vigueur économique et vieillissement de la population… Il en résulte un manque de main-d’oeuvre généralisé dans les régions du Québec et les différents secteurs, avec des disparités régionales s’atténuant fortement en l’espace de quelques années, souligne Hélène Bégin.

Des régions fouettées par le cycle d’expansion des économies mondiale et américaine, retrouve-t-on comme quatrième facteur. Avec, comme élément suivant, une économie montréalaise redynamisée, une vitalité devenant plus visible « grâce à de nombreux projets d’infrastructures et de transport en commun ». Il en découle un renforcement de la situation des ménages et un climat soutenant la consommation, qui tirent leur source d’un resserrement du marché du travail et de la forte progression des revenus. Cet environnement favorable s’en trouve bonifié par le redressement des finances publiques, septième facteur retenu par l’économiste de Desjardins.

La marge de manoeuvre retrouvée a permis de réinjecter de l’argent dans l’économie sous forme de réduction du fardeau fiscal pour les particuliers et les entreprises, de fin de l’austérité et des restrictions pour les dépenses de l’État, et d’injection accrue de fonds dans le programme québécois des infrastructures.

Ce qui mène au huitième élément. « Depuis quelques années, les différents paliers de gouvernement ont débloqué des sommes importantes dans des projets d’infrastructure majeurs pour le réseau routier et le transport en commun, notamment à Montréal. »

Pour la suite ? Il y a ces tensions tarifaires et cette baisse de régime de l’économie mondiale, qui pèsent sur les exportations québécoises. « Le fait que le Québec dispose de plusieurs atouts devrait toutefois limiter les dommages sur le plan économique », croit Hélène Bégin.