Le 737 MAX de Boeing ne revolera pas avant l’an prochain

L’agence fédérale de l’aviation (FAA) entend prendre son temps pour examiner en profondeur les changements apportés par Boeing à l’avion.
Photo: David Ryder Getty Images / AFP L’agence fédérale de l’aviation (FAA) entend prendre son temps pour examiner en profondeur les changements apportés par Boeing à l’avion.

L’avion vedette de Boeing, le 737 MAX, ne revolera pas avant 2020, a prévenu mercredi le patron du régulateur aérien américain. Un coup dur pour le constructeur aéronautique, qui fait face à de nouvelles révélations, lors d’une audition au Congrès, sur la fiabilité de l’appareil.

« Il y a un nombre de procédures, d’étapes importantes qui doivent être franchies et si vous faites le calcul, chacune de ces étapes va prendre du temps », a répondu Steve Dickson lorsqu’on lui a demandé si son agence comptait encore certifier cette année le Boeing 737 MAX. « Cela va s’étendre en 2020 », a-t-il souligné sur la chaîne CNBC, réduisant à néant les espoirs de Boeing de voir le MAX remis en service, au moins aux États-Unis, au cours du mois de décembre. Le 737 MAX est cloué au sol depuis mi-mars, après deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts.

L’agence fédérale de l’aviation (FAA), sous le feu des critiques pour avoir confié à Boeing la certification de certains systèmes clés du MAX, dont le logiciel MCAS, mis en cause dans les accidents, entend prendre son temps pour examiner en profondeur les changements apportés par Boeing à l’avion, a répété Steve Dickson. D’autant qu’une enquête interne, conduite en novembre 2018 après l’accident d’un 737 MAX de la compagnie indonésienne Lion Air (189 morts) et dévoilée mercredi par le Congrès, a conclu qu’il pouvait y avoir un accident mortel impliquant cet avion tous les deux ou trois ans si des modifications n’étaient pas apportées au MCAS.

J’ai assisté à une usine en situation de chaos et ai fait part à la hiérarchie de mes inquiétudes sur la qualité de la production des mois avant le premier accident

 

Le régulateur a toutefois laissé le MAX continuer à voler jusqu’à l’accident, un peu plus de cinq mois plus tard, d’un appareil du même type d’Ethiopian Airlines (157 morts).

« Pouvez-vous admettre que c’était une erreur ? » a demandé à M. Dickson l’élu démocrate Hank Johnson, lors d’une audition ayant duré plusieurs heures. « De toute évidence, ce n’était pas satisfaisant », a simplement répondu M. Dickson.

« C’est la décision qui a tué les gens, dont ma fille », morte dans l’accident d’Ethiopian Airlines, a fustigé auprès de l’AFP Michael Stumo, père d’une victime. « C’est une grosse négligence. »

« Nous avons immobilisé l’avion quand nous avons eu des données allant dans ce sens », a répondu par courriel un porte-parole de la FAA.

« Les mesures que Boeing et la FAA ont prises à l’époque […] étaient en adéquation avec ce que prévoit la procédure en place », a renchéri un porte-parole de Boeing.

La FAA et Boeing faisaient le pari que l’avionneur allait vite effectuer les modifications nécessaires et que des catastrophes pouvaient être évitées si les pilotes étaient informés de la marche à suivre en cas de dysfonctionnement du MCAS.

Alertes ignorées

Edward Pierson, un ancien cadre de Boeing, a lui témoigné mercredi que ses multiples alertes sur des problèmes dans l’usine de production du MAX à Renton, près de Seattle, avant et après le premier écrasement, avaient été ignorées. « J’ai assisté à une usine en situation de chaos et ai fait part à la hiérarchie de mes inquiétudes sur la qualité de la production des mois avant le premier accident », a-t-il déclaré aux représentants. « J’ai encore fait part de mes craintes avant le second accident. Mais aucune mesure n’a été prise », a déploré cet ancien officier de la Marine américaine, qui a quitté Boeing en août 2018.

Sans répondre à ces critiques, Steve Dickson, à la tête de la FAA depuis quatre mois, a expliqué que les dysfonctionnements apparus lors de la certification initiale du MAX en 2017 étaient dus à une « communication fragmentée » et à des données parcellaires. « Nous devons améliorer le système », a-t-il dit, affirmant que la certification du MAX modifié en était l’occasion.