ACEUM: signature d’un nouvel accord de libre-échange amélioré

La vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, et ses homologues américain, Robert Lighthizer, et mexicain, Jesus Seade, se sont empressés, mardi, à Mexico, de signer cette nouvelle mouture de l’accord.
Photo: Marco Ugarte Associated Press La vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, et ses homologues américain, Robert Lighthizer, et mexicain, Jesus Seade, se sont empressés, mardi, à Mexico, de signer cette nouvelle mouture de l’accord.

Cette fois-ci est la bonne, croient le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui ont convenu d’une nouvelle version de l’accord commercial destiné à remplacer l’ALENA et susceptible, cette fois, de remporter l’adhésion du Congrès américain.

La Maison-Blanche républicaine et la majorité démocrate à la Chambre des représentants sont finalement tombées d’accord sur une version amendée de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) qui serait également acceptable aux yeux des Mexicains et des Canadiens. La vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, et ses homologues américain, Robert Lighthizer, et mexicain, Jesus Seade, se sont empressés, mardi, à Mexico, de signer cette nouvelle mouture de l’accord, originalement conclu il y a un an, dans l’espoir qu’elle soit enfin ratifiée.

Selon ce qui en a transpiré jusqu’à présent, les amendements à l’accord original prévoiraient notamment un mécanisme de surveillance du respect des droits syndicaux des travailleurs au Mexique et l’imposition rapide de pénalités en cas de violation. Une disposition empêchant la fabrication, avant dix ans, de versions génériques moins chères de certains médicaments a aussi été enlevée. Le Mexique aurait également accepté une définition plus contraignante de l’origine nord-américaine de l’acier utilisé par son industrie automobile.

Le nouvel ALENA est meilleur pour le secteur de l’aluminium que l’élimination de l’ALENA et qu’avec l’actuel ALENA

Convenue au terme de longues et difficiles tractations avec le camp démocrate, cette version amendée de l’ACEUM a semblé combler de joie Donald Trump, selon qui l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en vigueur depuis 25 ans était « le pire traité commercial jamais signé » par son pays, et qui a qualifié la nouvelle mouture de l’accord destiné à le remplacer de « meilleur et plus important accord commercial jamais par les États-Unis ».

La leader de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, s’est aussi félicitée de l’entente, la qualifiant « d’infiniment meilleure » que sa version précédente et de « victoire pour les travailleurs américains ». Un avis que partageait le président du puissant syndicat américain AFL-CIO, Richard Trumka, qui parlait « d’un modèle pour les négociations commerciales à venir ».

Plusieurs experts tendent, cependant, à relativiser les changements obtenus au terme de deux ans d’incertitude et de coups de gueule du président américain. « La valeur intrinsèque de l’accord n’est pas qu’il modernise l’ALENA, mais plutôt ce qu’il permet d’éviter : une possible rupture désastreuse du commerce entre les États-Unis et ses plus importants partenaires commerciaux », a résumé Gregory Daco, économiste en chef à Oxford Economics.

Ratification

Fort de l’exceptionnelle entente entre la Maison-Blanche et l’opposition démocrate, le nouvel accord pourrait être soumis et ratifié par la Chambre des représentants avant la fin de ses travaux le 20 décembre, croit-on. Quant au Sénat américain, il ne pourra « très probablement » pas en faire autant avant la fin du procès en destitution de Donald Trump, soit en janvier ou en février, y a indiqué pour sa part, le leader de la majorité républicaine, Mitch McConnell.

Le Mexique était le seul des trois pays à avoir ratifié la version originale de l’ACEUM et ne devrait pas avoir de mal à répéter l’opération, a laissé entendre son président, Andrés Manuel López Obrador.

Ayant depuis un an pris le parti d’attendre que son imprévisible voisin américain s’engage en faveur de l’ACEUM avant de le faire lui-même, le Canada ne pourra pas entreprendre le processus de sa ratification avant la reprise des travaux parlementaires, le 27 janvier. « Nous, on veut essayer de faire tout ça le plus rapidement possible », a indiqué le leader parlementaire du gouvernement, Pablo Rodriguez.

Bien que minoritaire, le gouvernement libéral de Justin Trudeau devrait au moins pouvoir compter sur l’appui de l’opposition conservatrice qui s’était montrée favorable à la version originale de l’ACEUM.

L’aluminium québécois

Mais mardi, les partis d’opposition essayaient surtout d’en savoir le plus possible sur la nature précise de la nouvelle entente. On s’inquiétait notamment du fait que l’aluminium n’y ait pas eu droit au même resserrement des règles d’origine que l’acier, laissant plus de marge de manoeuvre aux Mexicains qui voudraient, par exemple, choisir l’aluminium chinois au détriment, particulièrement, de celui du Québec.

« L’avantage ainsi conféré au Mexique en fait ni plus ni moins la cour arrière de la Chine pour disposer des produits de sa surcapacité », avait dénoncé par communiqué le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard.

Si la nouvelle mouture l’ACEUM ne vient pas avec de nouveaux gains pour les producteurs d’aluminium canadiens, elle ne leur enlève rien non plus de ce qu’ils avaient gagné avec sa première version, a précisé Chrystia Freeland, en conférence de presse à Mexico. En plus d’être les seuls grands producteurs à ne plus être soumis aux tarifs commerciaux de Donald Trump, ils profiteraient, avec l’ACEUM, de l’augmentation du seuil minimum de contenu nord-américain dans l’industrie automobile de 62,5 % à 70 %. « Le nouvel ALENA est meilleur pour le secteur de l’aluminium que l’élimination de l’ALENA et qu’avec l’actuel ALENA », a-t-elle résumé.

Avec l’Agence France-Presse, Associated Press et La Presse canadienne