Changement climatique: ExxonMobil exonérée après des accusations de tromperie

L’entreprise a reconnu avoir utilisé deux estimations différentes du coût carbone.
Photo: Eric Piermont Agence France-Presse L’entreprise a reconnu avoir utilisé deux estimations différentes du coût carbone.

Un juge new-yorkais a débouté mardi l’État de New York, qui accusait le géant pétrolier américain ExxonMobil d’avoir trompé les investisseurs sur l’impact financier des changements climatiques sur son activité, après un procès vu comme un test par les défenseurs de l’environnement.

Dans une décision de 55 pages, le juge Barry Ostrager a estimé que la procureure de l’État de New York, qui avait voulu présenter ce dossier comme une illustration des efforts de dissimulation dont seraient coupables les compagnies pétrolières sur les changements climatiques, n’avait pas réussi à présenter « des preuves prépondérantes qu’ExxonMobil » avait « fait des déclarations ou des omissions sur ses pratiques et procédures ayant trompé des investisseurs responsables ».

1,6 milliard
C’était l’évaluation des dommages aux actionnaires qu’avançait l’État de New York dans la cause

L’État de New York, un bastion démocrate qui se veut à la pointe de la lutte contre les changements climatiques, n’a notamment « cité aucun témoin affirmant avoir été induit en erreur », a souligné le juge. Et tous les témoins cités, par l’accusation comme par la défense, se sont exprimés « de façon uniformément favorable à ExxonMobil », a-t-il ajouté. Parmi ces témoins, l’ex-secrétaire d’État américain Rex Tillerson, ancien p.-d.g. de l’entreprise, avait témoigné plusieurs heures durant pour expliquer la façon dont l’entreprise avait comptabilisé le risque climatique dans ses comptes et réfuter les allégations du procureur.

La décision est un camouflet pour la procureure de New York Letitia James, dont la plainte contre ExxonMobil avait fait suite à quelque trois ans d’enquête. Dans un bref communiqué mardi, elle s’est néanmoins félicitée d’avoir « obligé ExxonMobil à répondre publiquement de décisions internes qui ont trompé les investisseurs » et a promis de « continuer à se battre pour mettre fin aux changements climatiques ».

ExxonMobil a fustigé pour sa part un dossier qui a entraîné « le gâchis de millions de dollars des contribuables sans faire avancer les efforts pour réduire le risque des changements climatiques ». L’entreprise « continuera à investir dans la recherche de technologies innovantes de réduction des émissions, tout en répondant à la demande croissante d’énergie de la société », a-t-elle ajouté.

Dossier technique

Si beaucoup de militants pour l’environnement avaient vu dans cette affaire l’emblème du mépris des compagnies pétrolières pour leur impact sur le réchauffement climatique, le dossier était très technique : les audiences ont tourné autour d’outils pointus utilisés par l’entreprise pour évaluer la rentabilité d’investissements potentiels ou établir des projections à très long terme sur son activité.

L’accusation faisait valoir que l’entreprise utilisait une évaluation de son « coût carbone » différente selon qu’il s’agissait de ses présentations aux investisseurs ou de ses évaluations en interne sur la rentabilité de projets futurs. Pour le procureur, cette présentation était « trompeuse » et se serait traduite par une surévaluation des actions du groupe, avec des dommages pour les actionnaires se chiffrant potentiellement à 1,6 milliard de dollars.

L’entreprise, et notamment M. Tillerson, a reconnu avoir utilisé deux estimations différentes du coût carbone, mais a expliqué que cela correspondait à des niveaux de projection très différents, l’un « stratégique », l’autre plus « micro-économique », sans conséquences sur ses comptes ni sur les investisseurs. M. Tillerson, qui a dirigé ExxonMobil de 2007 à 2016, a même longuement témoigné pour expliquer l’importance croissante que l’entreprise, sous son règne, a accordée au risque climatique.

Ce jugement new-yorkais pourrait cependant n’être qu’un début. Les spécialistes s’attendent à ce que les actions en justice liées aux changements climatiques contre les compagnies énergétiques se multiplient aux États-Unis. Des villes et comtés de la Californie, comme d’autres États américains, ont déjà porté plainte en justice pour réclamer le paiement des dégâts ou des travaux rendus nécessaires par le réchauffement.

Et l’État du Massachusetts a porté plainte contre ExxonMobil fin octobre, accusant l’entreprise d’avoir trompé les investisseurs mais aussi les consommateurs sur l’impact climatique de ses produits.