Le futur émissaire de l'ONU veut imposer la publication du «potentiel de réchauffement»

Le désinvestissement se focalise encore uniquement sur les secteurs les plus émetteurs de CO2.
Photo: Ben Stansall Agence France-Presse Le désinvestissement se focalise encore uniquement sur les secteurs les plus émetteurs de CO2.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, futur émissaire climatique de l’ONU, veut que l’évaluation et la publication des risques climatiques pour les entreprises deviennent obligatoires, a-t-il indiqué mardi dans un discours à l’occasion de la COP25 à Madrid.

Aujourd’hui, environ 1100 entreprises des pays du G20 procèdent à une telle évaluation, recommandée fin 2016 par un groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD, pour Task-Force on Climate-Related Financial Disclosures). « Nous allons travailler à affiner ces normes et, pour ceux qui sont disposés à agir, à les rendre obligatoires pour que toutes les décisions financières puissent en tenir compte », a déclaré Mark Carney, qui succédera début 2020 au milliardaire Michael Bloomberg en tant qu’envoyé spécial de l’ONU pour le climat. « Les marchés ne doivent pas seulement prendre en compte le risque d’aujourd’hui, mais aussi le risque de demain », a-t-il ajouté, en enjoignant aux entreprises de prendre des mesures pour diminuer l’empreinte carbone de leurs portefeuilles.

Il y a cinquante nuances de vert, et il s’agit de la transition de toute l’économie

Il estime notamment qu’« à ce jour, les approches pour mesurer et gérer les implications financières des changements climatiques pour les investissements ont été inadéquates » et qu’il faut élargir les critères de mesure de l’impact climatique par les entreprises. D’après lui, la mesure de l’empreinte carbone n’est pas assez prédictive, le désinvestissement se focalise uniquement sur les secteurs les plus émetteurs de CO2 et les investissements dits « verts » sont encore trop réduits.

Il invite à s’intéresser à une autre mesure, le « potentiel de réchauffement » des investissements et activités d’une société donnée. Citant le colossal fonds de pension public japonais GPIF, qui a estimé que ses actifs étaient conformes à une trajectoire de +3,7 degrés, il a déclaré qu’au-delà de leur aspect « choquant », de tels chiffres devaient stimuler des actions concrètes pour inverser la tendance.

« Donc, même si c’est important de mettre l’accent sur les investissements très verts ou les désinvestissements d’activités très “marron” [polluantes, NDLR], il y a cinquante nuances de vert, et il s’agit de la transition de toute l’économie », affirme le banquier central. « Les entreprises doivent être récompensées ou pénalisées selon qu’elles sont du bon ou du mauvais côté de la transition », a-t-il conclu.

Fin juin, Mark Carney avait annoncé que la Banque d’Angleterre allait lancer un « test de résistance » aux changements climatiques pour le système financier britannique, quelques mois après avoir signé avec d’autres responsables de banques centrales une tribune expliquant que l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050 « demande une réallocation massive des capitaux ».