Le Québec, un premier de classe qui pourrait faire encore mieux

Malgré les progrès importants réalisés ces dernières décennies, le Québec continue d’afficher le pire taux de décrochage au pays.
Photo: Jessica Hill Associated Press Malgré les progrès importants réalisés ces dernières décennies, le Québec continue d’afficher le pire taux de décrochage au pays.

Le système éducatif québécois fait plutôt bonne figure lorsqu’on le compare au reste du monde. Comme l’éducation n’a jamais été aussi importante pour le bien-être des individus et des sociétés, le Québec part donc de moins loin pour améliorer le sort des laissés-pour-compte.

C’est le bulletin qui note les systèmes d’éducation des pays tous les trois ans. Dévoilée mardi, l’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a testé les compétences et demandé l’opinion de 600 000 élèves de 15 ans dans 79 pays et économies, notamment en matière de compréhension de lecture, de sciences et de mathématiques.

L’enjeu est fondamental, a rappelé le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, et pas seulement en raison du pouvoir émancipateur de l’éducation sur les plans personnel, culturel ou politique. « Sans une solide instruction, les jeunes risquent de rester en marge de la société, incapables d’affronter les défis du monde du travail de demain, et les inégalités vont continuer de se creuser. »

Or, non seulement les pays développés font-ils moins bien dans ce classement que les provinces les plus riches de la Chine, mais leur performance stagne depuis une dizaine d’années en dépit d’une augmentation moyenne de 15 % de leurs dépenses en éducation. Pire encore, dit l’OCDE, un élève sur quatre « ne parvient pas à effectuer les tâches les plus simples en compréhension de l’écrit, ce qui signifie qu’il aura probablement du mal à réussir dans un monde de plus en plus instable et numérique », et moins d’un élève sur dix est à même de faire la différence, dans un texte, entre un fait et une opinion.

Bonne note pour le Québec

Généralement, plus une société est riche et plus son système d’éducation performe, dit l’OCDE. Mais si les efforts financiers supplémentaires déployés par les gouvernements ces dernières années n’ont pas donné de résultats, c’est que la réalité change plus vite que le monde de l’éducation et la vision que l’on en a, expliquait mardi l’un de ses experts dans le Financial Times. Selon lui, une trop grande proportion des nouveaux budgets est allée à « des choses qui n’ont pas d’effets sur les performances », comme la réduction de la taille des classes ou l’ajout d’assistants à l’enseignement.

Le Canada, et particulièrement le Québec, fait toutefois mieux que la plupart des autres pays. Avec un score global de 519 points en lecture, le Québec se classerait seulement derrière la Chine, Singapour, l’Estonie et la Finlande, ainsi que l’Alberta et l’Ontario. Les élèves québécois font encore mieux en mathématiques, ne s’inclinant que devant certains Chinois et les Singapouriens, et presque aussi bien en sciences, avec une note qui lui conférait le sixième rang mondial et la deuxième place au Canada, derrière l’Alberta.

Inégaux devant l’école

Notre attention devrait particulièrement aller à ces jeunes qui, même à 15 ans, n’ont toujours pas les habiletés minimales « pour poursuivre des études et participer pleinement à la vie dans la société moderne », faisait valoir un expert dans le Globe and Mail mardi. C’est presque le quart des élèves des pays développés, disait-on tout à l’heure. Au Canada, cette proportion est plus faible, entre 13 % et 16 %, selon les compétences étudiées, et encore plus faible au Québec, à seulement 12 %.

Beaucoup de travail reste néanmoins à faire, observaient le mois dernier dans Le Devoir des économistes du Groupe de recherche sur le capital humain de l’UQAM. Malgré les progrès importants réalisés au cours des dernières décennies, le Québec continue d’afficher le pire taux de décrochage au pays et plusieurs jeunes, notamment des garçons, ont toujours du mal à trouver leur place à l’école.

Une partie de ces problèmes découle des inégalités socioéconomiques, rapportent les résultats du PISA. Si, au Québec, les écarts de performance entre les élèves issus de milieux plus ou moins favorables sont inférieurs à la moyenne des pays de l’OCDE et très proches de la moyenne canadienne, ces différences, notamment de richesse et de niveau d’éducation des parents, restent un facteur explicatif du retard de certains élèves.

Mais pour réduire ces inégalités, « il faut intervenir bien avant l’entrée à l’école », soulignaient nos chercheurs de l’UQAM. « Il faut investir plus dans les tout-petits en difficulté et leurs parents. Il faut s’attaquer à la pauvreté des parents et assurer un milieu de vie favorable, que ce soit en matière d’habitation, d’emploi ou de soutien social. »