Marché du travail: le Québec soutient la comparaison avec l’Ontario

La comparaison favorable avec le voisin se heurte toutefois aux défis que posent une pénurie de main-d’œuvre chronique et une faible productivité.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La comparaison favorable avec le voisin se heurte toutefois aux défis que posent une pénurie de main-d’œuvre chronique et une faible productivité.

La vigueur économique des trois dernières années a permis au marché du travail québécois de rattraper son retard, voire de combler en partie le fossé qui le sépare du marché ontarien. La comparaison favorable avec le voisin se heurte toutefois aux défis que posent une pénurie de main-d’oeuvre chronique et une faible productivité.

Depuis trois ans, le découplage se fait plus criant entre les économies du Québec et du Canada, avec un écart de croissance entre les PIB respectifs allant en se creusant et avec une démarcation prononcée de l’évolution des taux de chômage et de la progression des salaires. « Le Québec a réalisé des progrès notables comparativement à ses performances des vingt dernières années », conclut l’Institut du Québec (IdQ) dans une étude publiée mardi basée sur l’analyse de 29 indicateurs. Cette performance étant bien réelle, les auteurs de l’étude, Jérôme Lussier, Simon Savard et Sonny Scarfone, se sont demandé si le retard, jadis chronique, du marché du travail québécois par rapport à celui de l’Ontario, a pu se résorber, voire se renverser.

Parmi les points forts, l’étude retient que « le Québec est désormais champion du taux d’emploi des 25-54 ans ». La performance du Québec à ce chapitre surpasse celle de l’Ontario, notamment en raison de la participation significativement accrue des jeunes au marché du travail et au taux d’activité des femmes.

Le Québec tient également très bien la comparaison en matière d’intégration des immigrants au marché du travail, avec un taux de chômage des immigrants atteignant en 2018 un creux depuis que le Québec compile cette statistique, il y a 12 ans. « Même si l’Ontario continue de mieux performer à ce chapitre, l’écart de taux de chômage entre les immigrants et les natifs a connu son plus bas niveau au Québec au cours des trois dernières années. »

« Peu importe le groupe concerné — jeunes, femmes, immigrants, travailleurs expérimentés —, le Québec a enregistré une forte croissance de leur taux d’emploi au cours des dernières années », ajoute Jérôme Lussier, directeur associé à l’IdQ. « En ce qui concerne les femmes et les jeunes travailleurs, le Québec a même dépassé l’Ontario et continue de creuser son avance. Pour les immigrants et les travailleurs expérimentés, le Québec connaît une progression importante, même si l’Ontario préserve son avance. »

Côté négatif

Côté négatif, l’IdQ fait ressortir le déclin du bassin de travailleurs potentiels et la faible productivité persistante au Québec. « Au cours des trois dernières années, la population âgée de 15 à 64 ans a diminué en moyenne de 0,1 % au Québec — une première en 40 ans — alors qu’elle s’est légèrement accrue (+1 %) en Ontario. De plus, l’Ontario accueille proportionnellement plus d’immigrants. »

S’ajoute la répartition régionale du bassin de travailleurs, plus étendue en Ontario. Toujours au cours des trois dernières années, « 45 % des emplois nets créés en Ontario l’ont été en dehors de la grande région de Toronto, alors que seulement 12 % des emplois nets créés ici se retrouvaient à l’extérieur de la grande région de Montréal ».

L’IdQ retient également la variable démographique chiffrant à 140 000 le nombre de postes vacants au Québec au deuxième trimestre. Les récentes données de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) vont plus loin, indiquant que, même si le taux de postes vacants dans le secteur privé au Canada s’est stabilisé au troisième trimestre, il s’est maintenu à son niveau record de 3,2 %. Et le taux de postes vacants le plus élevé au pays, de 4 %, a été relevé au Québec, celui de l’Ontario étant de 3,2 %. La FCEI signale que 433 000 postes sont restés vacants au Canada — 120 000 au Québec — pendant au moins quatre mois au troisième trimestre.