Lagarde prudente sur le rôle de la BCE

Plus de 160 associations et universitaires ont demandé la semaine dernière à Christine Lagarde (sur la photo) «d’agir en faveur du climat» à travers la politique monétaire.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse Plus de 160 associations et universitaires ont demandé la semaine dernière à Christine Lagarde (sur la photo) «d’agir en faveur du climat» à travers la politique monétaire.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a réitéré lundi son souhait d’inclure les enjeux climatiques dans les décisions de la BCE, tout en prévenant qu’il ne pouvait s’agir du mandat principal de l’institution.

« Je suis fondamentalement convaincue du caractère central et prioritaire de la lutte contre le changement climatique », a-t-elle déclaré lors d’une audition au Parlement européen, mais « le mandat de la BCE n’est pas le changement climatique ».

« Le mandat prioritaire de la banque centrale, c’est la stabilité des prix », a-t-elle expliqué.

Lettre ouverte

Si d’ores et déjà, selon Mme Lagarde, « on pourrait parfaitement considérer » que la question fasse partie du « mandat secondaire », la question devra être prise en considération lors de l’évaluation de la stratégie de la BCE qu’elle lancera « dans les prochaines semaines ».

« J’espère vivement […] que nous pourrons aussi inclure le changement climatique comme élément fondateur, pour déterminer où, quand, comment et dans quelle mesure la Banque centrale européenne peut le prendre en considération », a affirmé la nouvelle présidente.

Dans une lettre ouverte, plus de 160 associations et universitaires ont demandé la semaine dernière à Christine Lagarde « d’agir en faveur du climat » à travers la politique monétaire. Le collectif demande notamment à la BCE « d’éliminer progressivement de son portefeuille les actifs issus d’activités fortement émettrices de carbone », en commençant « immédiatement par désinvestir dans les actifs directement reliés au charbon ».

L’évaluation des risques

Pour Mme Lagarde, il faut au minimum que les modèles macroéconomiques utilisés par la BCE pour ses prévisions « incorporent dans l’évaluation des risques » celui du changement climatique.

Celui-ci devrait également être pris en compte pour la supervision bancaire et « il serait probablement aussi souhaitable » que la BCE le prenne en compte pour « l’ensemble des opérations », a indiqué Mme Lagarde, en référence notamment au QE, son vaste programme de rachat d’actifs.

Mais la position de l’ancienne présidente du FMI, déjà exprimée lors du processus de confirmation devant le Parlement européen, suscite déjà les critiques, notamment de la part du président de la Banque fédérale allemande, Jens Weidmann.

Une telle politique serait « contraire aux règles prévues par le Traité européen » et il serait « erroné » d’utiliser la réglementation bancaire « pour fournir des incitations en matière de politique climatique », a-t-il expliqué en octobre.